Absent pendant une saison complète pour soigner un cancer, le planchiste Maxence Parrot a connu un hiver au-delà de ses espérances. Éprouvé et dérouté par la maladie, il en est sorti avec un amour renforcé pour son sport. Entrevue.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Après avoir conclu dimanche dernier l’une des meilleures saisons de sa carrière, Maxence Parrot fera face à son test le plus important dans deux semaines. Il se soumettra alors à des examens sanguins et d’imagerie visant à confirmer que des cellules cancéreuses ne sont pas réapparues.

Cette intervention a beau être de routine pour un patient en rémission comme lui, elle entraîne son lot d’angoisse.

« C’est stressant, c’est sûr, a convenu le planchiste de 25 ans jeudi dernier. En fait, ce n’est pas quelque chose dont je parle beaucoup. Tu es le premier à me poser la question. Pendant les cinq premières années, ils disent que ça peut revenir. Oui, j’ai peur que ça revienne. Parce que je n’ai pas envie de repasser à travers ça. »

Pour éviter l’accablement, Parrot se tourne vers une recette éprouvée au fil de sa carrière sportive. « Ça ne sert à rien de m’en faire avec quelque chose que je ne sais pas ou que je ne contrôle pas. Je vais donc aller faire mon scan et attendre les résultats. »

En ce moment, je me sens bien. Je suis énergique, je n’ai pas de symptômes, mes dernières prises de sang étaient impeccables. Quelles sont les chances que ça arrive ? J’essaie de ne pas trop stresser avec ça. Mais je suis quand même un peu nerveux.

Maxence Parrot

Dimanche dernier, sous la pluie dans une station au nord de Lillehammer, l’athlète de Bromont a conclu sa saison en frappant un grand coup, remportant la médaille d’or en descente acrobatique aux X Games de Norvège.

Deuxième derrière son compatriote Mark McMorris au moment de s’élancer pour son quatrième et dernier essai, il a réussi toutes ses manœuvres sur les rampes avant d’exécuter deux triples sauts périlleux à la perfection. « Il m’a fait peur ! », a lancé le descripteur anglophone en visionnant la reprise. « J’étais terrifié ! », a renchéri le commentateur.

Extatique en franchissant le fil, Parrot a mis les mains sur son casque. Avant même l’annonce du classement final, il savait qu’il surpasserait McMorris, qui l’avait battu de justesse la veille au grand saut. Aucun autre concurrent n’avait réussi trois manœuvres triples différentes sur le dernier tremplin.

Cette huitième médaille d’or aux X Games avait une saveur particulière : elle était sa première en descente acrobatique depuis celle d’Aspen en 2014. Autant dire dans une autre vie pour celui qui avait raté toute la saison précédente pour soigner un cancer.

Pourtant, ce matin-là, Parrot avait senti toute la fatigue des derniers mois lui tomber sur les épaules. « Ça demande de très grands efforts physiques de faire tout ce qu’on fait. On voyage beaucoup. Je ne veux pas me comparer aux autres athlètes, mais gagner tire énormément de jus. C’est épuisant mentalement aussi. Le stress, passer à travers les pratiques, les demi-finales, les finales. À la fin, j’en avais un peu plein mon casque. »

Après avoir appris être atteint d’un lymphome de Hodgkin, le 21 décembre 2018, Parrot s’est engagé dans un véritable marathon. Il a commencé par le plus difficile : six mois de traitements de chimiothérapie sur une base bimensuelle. La joie des succès initiaux a graduellement cédé le pas à l’épuisement et au dégoût de l’hôpital.

Tout le long de la chimio, je pensais me rendre à mon dernier traitement avec le sourire. Mais j’étais tellement faible à la fin, tellement à terre, que je n’ai jamais célébré intérieurement.

Maxence Parrot

Une nouvelle apprise à mi-parcours l’a cependant encouragé à tenir le coup : le report des X Games d’Oslo de mai à août, où ils se sont déroulés à l’intérieur avec des épreuves de motocross et de skateboard.

Non seulement Parrot tenait à y être, mais il voulait gagner, a-t-il annoncé, le visage émacié, lors d’une conférence de presse à Montréal en mai.

Une bravade ? « C’était complètement une façon de me motiver à finir mes traitements, a-t-il répondu. Mais j’avais vraiment confiance en moi aussi. Les grands défis, je les savoure. Pendant six, sept mois, j’étais comme dans une cage. »

Malgré une préparation minimale et des conditions très particulières — la rampe sortait du toit de l’aréna et les concurrents ne pouvaient voir l’extrémité du tremplin —, Parrot s’est imposé au grand saut.

« C’est un moment que je n’oublierai jamais », témoigne son préparateur mental, Jean-François Ménard, qui l’accompagnait pour l’occasion. « Pouvoir gagner cette compétition-là moins de deux mois après ses derniers traitements, c’est quasiment surhumain. J’attribue beaucoup ça à sa force psychologique. Tous les jours, il se visualisait gagnant aux X Games. Il était hors de question pour lui de ne pas être prêt. »

À son retour, Parrot s’est écroulé « pendant trois, quatre semaines ». « Je dormais 12, 13 heures par nuit, j’avais de la misère à me lever. Ça m’a fait réaliser que les choses seraient peut-être différentes dans le futur. J’avais peur un peu que la saison, avec tous les voyages, la pression, les entraînements, les compétitions, ce soit un peu trop. »

Il a réaménagé son horaire pour ne privilégier que les événements majeurs. En décembre, à l’Air + Style de Pékin, seule Coupe du monde FIS à son agenda, il a gagné l’or au grand saut. Un mois plus tard, le vice-champion olympique a répété l’exploit aux X Games d’Aspen, le plus important rendez-vous de la saison.

La descente acrobatique lui a moins souri : 16à Aspen, 13au Dew Tour, 27e au US Open. Le format « jam » aux X Games était un apprentissage, les conditions étaient mauvaises aux deux autres compétitions et le Québécois a préféré jouer son va-tout, ce qui a provoqué des chutes.

« J’aurais pu faire des descentes plus simples et facilement finir quatrième, cinquième ou sixième, mais ces positions n’ont pas d’importance pour moi. »

Tout s’est mis en place dimanche dernier à Hafjell, où il a enfin pu savourer l’or en slopestyle.

Je suis extrêmement content de ma saison. Ce n’est pas ma meilleure, mais parmi les meilleures. Je ne m’attendais pas nécessairement à avoir une saison aussi fructueuse après tout ce à travers quoi j’ai dû passer l’an dernier à cause du cancer. […] Je suis vraiment allé au-delà de ce que je pensais pouvoir accomplir.

Maxence Parrot

Parrot passera le prochain mois à Whistler pour souffler un peu, s’amuser sur sa planche et tourner quelques images. Il prévoit de premières vraies vacances en mai, quelque part dans le Sud, selon les aléas de la COVID-19. Il se préparera ensuite pour la prochaine saison préolympique.

Un documentaire sur son épreuve doit sortir l’automne prochain. Parrot appréhende un peu le moment où il le visionnera pour approbation.

« Ce ne sont pas des choses dont il est facile de parler. Ça rappelle de mauvais souvenirs. Mais ça fait partie de ma vie. Il faut que je fasse la paix avec ça. Je ne peux pas dire que j’en suis là encore. Ce qui m’est arrivé, c’est sûr que c’est un cauchemar. En même temps, chaque fois que je me remémore tout ça, que je revois des images de moi pendant les traitements, ça me ramène sur terre. Ayoye ! Je suis chanceux de m’en être sorti, d’être sur ma planche aujourd’hui ! Ça me rend juste vraiment joyeux de voir que j’ai réussi à passer à travers ça. »