Samedi, Tessa Virtue était à Vancouver avec des dizaines d’athlètes pour célébrer le 10e anniversaire des Jeux olympiques. Le rallumage de la vasque lui a rappelé le moment où 14 000 personnes l’avaient accompagnée pour chanter l’Ô Canada après la remise de sa médaille d’or. Elle avait 20 ans, son partenaire Scott Moir, 22.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

« On était si naïfs et si innocents », s’est remémorée la patineuse artistique, mercredi. Elle était de passage à Montréal pour animer un clavardage organisé par le Comité olympique canadien et Classroom Champions.

PHOTO DARRYL DYCK, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

La vasque olympique de Vancouver

« Ce goût du succès nous a vraiment mis en appétit. On a passé les huit années suivantes à courir après ce sentiment qu’on a eu à Vancouver. On l’a finalement vécu de nouveau à PyeongChang. »

Double médaillée d’or en Corée du Sud, en danse et en équipe, Tessa Virtue a vécu un « crash » au lendemain de ses troisièmes JO en 2018. Rien d’exceptionnel, mais elle a peiné à concilier ses propres émotions et l’accueil triomphal reçu au pays.

« Après les Jeux, j’ai eu du mal. Je naviguais dans cette période difficile sachant les attentes des autres, qui avaient leur idée de comment je devrais me sentir et agir ! Soudainement, on était lancés un peu plus sous les projecteurs. À tout le moins au Canada. On avait gagné, c’était un conte de fées. Mais on avait de la difficulté à réconcilier tout ça. Je sentais que nous étions pris entre l’arbre et l’écorce. Ça prend du temps. »

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Tessa Virtue et Scott Moir après leur triomphe aux Jeux de PyeongChang, en 2018

Au même moment, du jour au lendemain, elle avait perdu son « filet de sécurité ». Celui tissé par la quinzaine d’entraîneurs et spécialistes qui l’entouraient et la guidaient vers le seul but de reconquérir la médaille d’or.

« Ça a été dur parce que pendant longtemps, toutes mes décisions étaient filtrées par cet unique prisme : est-ce que ça va m’aider à devenir championne olympique ? Maintenant, je porte plusieurs chapeaux et j’essaie de nouvelles choses. Je divise mon temps et mon énergie entre 100 différents projets sans avoir cette gratification d’investir chacune des parcelles de ma personne sur une chose. »

Ce retour à Montréal a provoqué un autre pincement. Pendant les deux dernières années de sa carrière, elle a vécu dans la métropole pour l’entraînement.

« Une partie de la transition post-olympique était que je m’ennuyais de cette ville. Je m’y sentais comme à la maison. C’est ici qu’on a le plus grandi comme athlètes et probablement comme personnes. On était tellement chanceux. On vivait dans la Petite-Bourgogne, on s’entraînait à Saint-Henri [au centre Gadbois]. […] Je me sens ancrée et inspirée ici à Montréal. D’avoir pu revenir s’entraîner au Canada et d’expérimenter la culture québécoise est ce qui a rendu notre retour si spécial. »

Après PyeongChang, Virtue et Moir ont pris part à des spectacles un peu partout dans le monde. Ils auraient pu monnayer leur renommée pendant des années, voire des décennies. Mais il était clair depuis le début qu’ils s’arrêteraient après deux ans. L’automne dernier, ils ont organisé une tournée d’adieu qui les a menés d’un bout à l’autre du Canada, incluant des arrêts à Laval et à Québec. « On a coché toutes les cases du patinage, à tout le moins celles que nous jugions indispensables. »

De l’âge de huit ans à 30 ans, à l’exception d’une pause après les JO de Sotchi, Virtue a patiné au côté de Moir. Il lui murmurait « je suis avec toi » avant le début de chaque routine. Cette séparation professionnelle force la réflexion, mais éveille aussi la « reconnaissance » de la part de la patineuse.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Tessa Virtue et Scott Moir au palais des glaces de Gangneun, en 2018

« C’est différent maintenant, mais je dois dire qu’en ce qui concerne nos projets à l’extérieur de la glace, nos préférences et nos passions étaient si différentes que c’était tout naturel de poursuivre nos avenues chacun de notre côté. On se soutient l’un et l’autre de façon incroyable. C’est vraiment le moment de se suivre et de se voir fleurir l’un et l’autre des lignes de côté. C’est un nouveau chapitre magnifique. »

La retraitée ne s’ennuie pas. En moyenne, elle calcule ne passer qu’une journée par mois dans sa résidence de London, sa ville natale. « J’ai toujours gardé un pied à l’école [NDLR: elle envisage de faire un MBA] et je suis assez chanceuse dans mes partenariats avec les marques, les conférences et les engagements avec les médias. J’ai plusieurs collaborations emballantes qui s’en viennent dans les prochains mois. J’ai aussi la chance de prêter mon concours à des œuvres de charité qui me permettent de me servir de ma plateforme pour redonner. »

Celle qui a probablement été l’athlète olympique la plus connue au pays durant la dernière décennie est toujours populaire. En 2018, ESPN l’avait inclus dans sa liste des 25 athlètes féminines les plus célèbres du monde, établie en fonction de l’intérêt sur Google, de la valeur des contrats de publicité et de l’attractivité sur les réseaux sociaux. Virtue a 380 000 abonnés à sa page Instagram où elle pose parfois avec un tube de dentifrice d’une marque connue et dans des vêtements de ses commanditaires.

La compétition lui manque, mais pas les spectacles. À l’occasion, elle chausse les patins pour donner ses conseils à deux couples britanniques d’origine canadienne qui s’entraînent à Montréal.

Virtue sera d’ailleurs sur place aux Championnats du monde disputés au Centre Bell du 16 au 22 mars.

« Je suis impatiente d’encourager la prochaine génération. Il y a tellement de profondeur et de talent. J’ai très hâte d’assister au changement de la garde. La foule sera électrique, ça ne fait pas de doute. Une partie de moi souhaitera être sur la glace — quelle expérience pour un Canadien — mais je serai très heureuse de m’asseoir et de réaliser que c’est le temps de passer le flambeau. »

Tessa Virtue en bref

• Ville natale : London (Ontario)
• Âge : 30 ans
• 1m65 50 kg
• Spécialité : danse sur glace
• Partenaire : Scott Moir
• 3 Jeux olympiques : 3 médailles d’or, 2 d’argent (patineuse la plus décorée de l’histoire)
• Championnats du monde : 3 or, 3 argent, 1 bronze
• 8 titres nationaux
• 1 titre mondial junior

Clavardage d'Équipe Canada

Tessa Virtue était à la Maison olympique canadienne à Montréal pour animer un clavardage du Comité olympique canadien (COC) destiné à des élèves partout au pays. Ceux-ci avaient au préalable suivi un programme de quatre semaines mettant en vedette des athlètes olympiques et paralympiques. Les leçons étaient axées sur l’établissement d’objectifs et la persévérance. Virtue a répondu aux questions avec Neville Wright (bobsleigh), Evan Dunfee (athlétisme), Josh Dueck (ski alpin) et Priscilla Gagné (judo). Plus tôt, l’ex-nageur Benoît Huot, l’autre ambassadeur du programme parrainé par Classroom Champions, avait animé le clavardage en français avec Joëlle Numainville (cyclisme), François Coulombe-Fortier (taekwondo), Hervé Lord (parahockey sur glace) et Camille Bérubé (natation).