(Calgary) Denny Morrison quitte le patinage de vitesse en tant que roi des retours et grand bénéficiaire de la générosité d’un coéquipier.

Donna Spencer
La Presse canadienne

Vainqueur d’une médaille d’or et d’argent aux Jeux olympiques à la poursuite par équipe et d’une médaille d’argent et de bronze en distances individuelles, le Britanno-Colombien de 34 ans prend sa retraite et sera honoré, samedi, dans le cadre de la Coupe du monde tenue à Calgary.

Sa médaille d’argent acquise en 2014 lorsque son coéquipier Gilmore Junio lui a cédé sa place au 1000 mètres a représenté l’histoire touchante de ces Jeux olympiques d’hiver dans le camp canadien.

La carrière de Morrison a également été définie par sa résilience physique et mentale, après avoir repris la compétition au plus haut niveau après un grave accident de moto en 2015, suivi d’un accident vasculaire cérébral moins d’un an plus tard.

« Mon histoire est intimement liée à celle de Gilmore, a reconnu Morrison à La Presse canadienne. C’est son exemple de générosité et sa décision de faire ce qu’il y a de mieux pour l’équipe et j’en ai été le bénéficiaire. »

Une participation à ses quatrièmes Jeux d’hiver en 2018 semblait plus qu’improbable compte tenu des blessures subies lorsqu’une voiture tournant à gauche a percuté sa moto à une intersection à Calgary en mai 2015.

En plus d’une fracture de la jambe droite, Morrison a subi une commotion cérébrale, une perforation d’un poumon, une déchirure du ligament croisé antérieur à son genou, des ecchymoses au foie et aux reins et une petite fracture d’un os près de sa colonne vertébrale.

Un accident vasculaire cérébral moins d’un an plus tard en faisant du vélo avec sa femme Josie aux États-Unis a constitué un autre obstacle à surmonter.

Mais Morrison s’est qualifié pour être à PyeongChang, en Corée du Sud. Il a terminé 13e au 1500 mètres après avoir remporté le bronze sur cette distance quatre ans plus tôt.

Morrison quitte le sport à égalité avec Gaétan Boucher pour le plus grand nombre de médailles olympiques chez les patineurs canadiens longue piste.

Morrison revendique également 11 médailles aux championnats du monde, dont deux d’or.

Travailleur infatigable

« C’est un athlète très particulier, a avoué son coéquipier et champion olympique de 10 000 m, Ted-Jan Bloemen. Il a toujours été une grande source d’inspiration pour moi. »

Morrison était animé du sentiment que s’il n’offrait pas son meilleur sur l’ovale, il laissait tomber ses coéquipiers à l’entraînement.

« Le dicton est "nous sommes ce que nous faisons à plusieurs reprises. L’excellence n’est donc pas un acte, mais une habitude", a souvent répété Morrison.

« Si j’étais fatigué, je disais "Je suis venu ici aujourd’hui pour m’entraîner et c’est ce que je fais." »

Morrison a aidé le Canada à remporter l’argent à la poursuite par équipe lorsque l’événement a fait ses débuts olympiques en 2006.

Son objectif était la conquête de trois médailles d’or à Vancouver quatre ans plus tard, mais il n’a pas été à la hauteur de ses ambitions dans ses distances individuelles.

Morrison s’est repris pour gagner l’or à la poursuite avec le Montréalais Mathieu Giroux et le Saskatchewanais Lucas Makowsky.

Morrison soutient que ce dénouement a pavé la voie à ce qui s’est passé avec Junio en 2014.

« Ayant raté mon coup dans les deux épreuves individuelles, mon entraîneur et mes coéquipiers sont venus me voir et m’ont dit :’OK, nous pouvons le faire. Nous avons une autre chance de remporter une médaille d’or aux Jeux olympiques ici au Canada chez nous, se souvient-il.

« Cela m’a forcé à réaliser que c’est un sport d’équipe. Si je veux réaliser quelque chose individuellement pour moi, je dois devenir un meilleur coéquipier. Après 2010, Gil et moi avons commencé à nous entraîner ensemble.

« L’histoire culmine en 2014, mais je pense que si je n’avais pas connu cet échec à Vancouver, je n’aurais peut-être jamais vu l’importance de ce travail d’équipe et bâti cette relation avec Gilmore au cours de ces quatre années d’entraînement ensemble. »

Morrison s’est fracturé la jambe en ski de fond à moins de 13 mois des Jeux d’hiver de 2014 à Sotchi, en Russie. Il a chuté au 1000 mètres aux essais canadiens, Junio s’assurant ainsi sa qualification.

Patinage de vitesse Canada a demandé à Junio à Sotchi s’il était disposé à céder sa place à Morrison sur cette distance, ce que Junio a généreusement fait.

Morrison a décroché une médaille et cela a élevé Junio au rang de héros populaire au Canada.

« Je pense que c’est quelque chose que Denny et moi avons vécu et raconté souvent, a mentionné Junio. Chaque fois que quelqu’un en parle, c’est toujours très sympa de voir comment cela a vraiment touché beaucoup de gens au pays. »

Junio a disputé le 500 mètres à Sotchi et à PyeongChang et continue de concourir pour le Canada.

Malgré une opération au genou après les Jeux olympiques de 2018 — une séquelle de son accident de moto — Morrison envisageait un nouveau retour à la compétition.

Il veut cependant poser sa candidature à l’école de médecine dans le but de travailler avec les athlètes à l’avenir.