(Mont-Tremblant) À l’approche de la Coupe du monde de bosses de Tremblant, présentée samedi, les skieuses acrobatiques Chloé et Justine Dufour-Lapointe doivent se réinventer pour suivre la concurrence.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Au bas de la piste, le contraste était saisissant. Vers la fin de la séance d’entraînement, jeudi après-midi, la championne mondiale française Perrine Laffont a exécuté un cork 720 avec une grande facilité. Un peu plus tôt, en haut de parcours, Chloé Dufour-Lapointe s’était cassé les dents sur le même saut, une vrille mêlée à un saut périlleux en diagonale.

De plus en plus, cette figure, introduite par l’Américain Jonny Moseley aux Jeux olympiques de 2002, devient une référence sur le circuit féminin de la Coupe du monde de bosses, qui s’arrête à Mont-Tremblant samedi. Les juges en tiennent compte dans leur notation, ce qui force les athlètes à innover dans les airs et à dépasser les limites du possible.

Après s’être secouée, Dufour-Lapointe a descendu le reste de la pente en bordure du parcours. L’entraîneur Michel Hamelin a relevé ses lunettes fumées pour s’entretenir avec la vice-championne olympique de 2014, manifestement frustrée.

« J’en ai juste fait un aujourd’hui et je me suis plantée », expliquera Chloé un peu plus tard. « Le saut était mou, il y avait des traces ; ça ne me permettait pas d’avoir les pieds larges comme je le fais [habituellement]. »

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Chloé Dufour-Lapointe, en janvier 2019

Cette figure, Chloé Dufour-Lapointe et sa sœur Justine la pratiquent depuis trois, quatre ans. Comme elle n’était pas mûre pour les derniers Jeux à PyeongChang, le duo a convenu avec l’entraîneur de ne pas l’utiliser et de s’en tenir au 360. Justine a gagné l’argent, après l’or de Sotchi en 2014.

Les entraînements pour le cork se sont néanmoins poursuivis en marge de la préparation olympique, avec le projet de l’exécuter dès la première saison du cycle de Pékin 2022.

« L’an dernier, on s’est vraiment dit : “On se fout des résultats, on va voir comment ça va aller” », a expliqué Hamelin en fin de journée.

Le but, c’est vraiment de se concentrer sur les nouveaux sauts et de les faire en Coupe du monde.

Michel Hamelin, entraîneur de Chloé et Justine Dufour-Lapointe

En 2018-2019, Justine est montée deux fois sur le podium en tentant la manœuvre, y compris une troisième place à Tremblant. Chloé a fini quatrième dans la station des Laurentides, sans tenter le coup. À deux reprises, elle a raté d’un rang la super finale réservée aux six meilleures avec son nouveau saut.

« Le but, cette année, c’est de ne faire aucun 360 », a résumé Hamelin. Ça veut donc dire le cork ou un saut périlleux arrière avec une vrille, parfois bonifié d’une prise de ski.

Adaptation

Les athlètes de la jeune génération, comme Laffont, 21 ans et médaillée d’or olympique, ou la Japonaise Anri Kawamura, 15 ans et troisième mondiale, ont commencé à répéter ces figures dès leurs débuts dans des clubs, a noté Hamelin.

« Elles n’ont pas vraiment appris à faire des 360, elles ont appris à faire des corks ou des grabs, plein de choses comme ça. Elles sont comme plus naturelles. »

L’approche de ces sauts exige également une souplesse et un état d’esprit différents : « Il faut être plus détendu, les angles du corps ne sont pas les mêmes que pour un saut technique [comme un périlleux]. »

Pour Chloé et Justine, qui ont commencé en Coupe du monde respectivement en 2007 et en 2010, l’adaptation est importante.

De plus en plus, je sens [que Chloé et Justine] pourront y arriver. Le standard [que les jeunes] ont établi dans les dernières années est incroyable. En ce moment, on court après ça. Mais on veut faire quelque chose de nouveau.

Michel Hamelin

« Ce qui était le plus challengeant pour moi et pour elles, c’était de continuer d’allumer le feu ici, a poursuivi le coach en se frappant la poitrine. Il faut qu’elles le veuillent. »

Troisième à Thaiwoo le mois dernier, Justine se fait philosophe et demande du temps pour s’adapter.

« Notre vie a changé, a constaté l’athlète de 25 ans. Je ne me vois tellement pas comme la petite fille de 16 ans qui commençait en Coupe du monde. On a du vécu, on vieillit. On n’a plus la même vie, ce n’est plus le même feeling.

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Justine Dufour-Lapointe, en janvier 2019

« La beauté dans tout ça, c’est qu’on s’adapte. C’est normal d’avoir des creux dans une carrière, mais [le but], c’est d’en ressortir. Ça prouve à quel point on est fortes de vouloir continuer. Pas juste de continuer en faisant les mêmes choses, mais en faisant de nouveaux sauts. »

« En cherchant la solution, a renchéri Chloé, 28 ans. Notre sport n’évolue pas en ligne droite. On dirait qu’ils cherchent la meilleure équation pour que ce soit bon à la télé, bon sur place. Les athlètes, on doit s’adapter. C’est une chose extrêmement difficile. »

Surtout quand les petites jeunes veulent prendre la place.