Le moustachu Steven Dubois était sur le fil du rasoir, mais au sens figuré. La cloche du tour ultime venait de sonner, il était cinquième et dernier de cette finale du 1000 mètres, et il a eu l’audace de passer.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

L’homme qu’il a frôlé n’était nul autre que son illustre coéquipier Charles Hamelin. Il lui a chipé sa deuxième position, sur une manœuvre intérieure à couper le souffle. Les marqueurs de piste ont revolé, tandis que Dubois filait derrière l’intouchable Sud-Coréen Hwang Dae Wong.

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Steven Dubois lors de la finale du 1000 m

Déséquilibré, Hamelin n’a pas été en mesure de conserver sa troisième place, échappant de peu ce qui aurait constitué son premier podium du week-end.

Avant même que les arbitres revoient la scène sur vidéo, Dubois est allé s’excuser à l’ancien champion mondial. « Pour être honnête, j’aurais dû hésiter [avant le dépassement], a candidement admis le patineur de 22 ans. En même temps, j’ai tenté ma chance. Quand j’ai vu Charles pousser un peu [son patin] gauche, je me suis dit : OK, je pense que je réussis à passer proprement. »

Les arbitres lui ont donné raison, confirmant sa troisième médaille d’argent consécutive aux Championnats des Quatre Continents de patinage de vitesse courte piste, dimanche après-midi, à l’aréna Maurice-Richard de Montréal.

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Dubois en a ajouté une quatrième à l’issue de la super finale de 3000 m qui scellait sa deuxième place au classement cumulatif. 

Dubois en a ajouté une quatrième à l’issue de la super finale de 3000 m qui scellait sa deuxième place au classement cumulatif. « Je visais un podium dans chaque distance, mais certainement pas quatre fois la médaille d’argent », a admis le nouveau héros de l’équipe canadienne.

Sur le coup, Hamelin n’a pas caché son mécontentement à son jeune coéquipier, avec qui il s’entraîne six jours sur sept.

« Je ne mentirai pas, j’étais fâché », a reconnu le triple champion olympique en mêlée de presse, avec Dubois qui écoutait à ses côtés. « Ça arrive, c’est le courte piste. Ce n’est pas toujours des petits Calinours avec des cœurs… Mais tu dois en revenir. Oui, j’ai été fâché pendant un bout de temps. Mais je suis un gars comme ça. Après deux minutes, je ne suis plus fâché. Et let’s go, faut gagner le relais. »

Avec Pascal Dion et Cédrik Blais, les Canadiens n’y sont pas parvenus – les Sud-Coréens, encore – mais ils ont néanmoins mis la main sur la médaille d’argent, une cinquième pour Dubois.

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Charles Hamelin

Agile et manifestement en forme, même s’il était dans une phase d’entraînement à haut volume, l’athlète de Lachenaie a démontré toute l’étendue de son potentiel.

Bon prince, Hamelin a souligné les « excellentes courses » de son compatriote : « Je lui ai dit tantôt : il peut sortir de là la tête haute et s’inspirer un peu de ça pour les prochaines compétitions. »

Dubois tourne maintenant les yeux vers les Coupes du monde du mois prochain, mais surtout les Mondiaux de Séoul, à la mi-mars. Sa prestation du week-end n’a fait que renforcer une ambition annoncée avant même le début de la saison : la médaille d’or au classement cumulatif, rien de moins.

Pour y arriver, a-t-il analysé, il ne devra plus attendre à la dernière minute avant d’enclencher le turbo. « Je vais devoir apprendre à plus laisser mes jambes sur la glace, à vraiment m’investir plus dans le milieu de la course pour réussir à être mieux placé avant la fin. »

À l’image de Hwang Dae Heon, quintuple médaillé d’or à Montréal. « C’est un peu une cible qu’on a ici au Canada et dans pas mal tous les pays, a souligné Hamelin. C’est un patineur très, très fort. Un jour, on percera le mystère sur la façon de le battre. »

> Pour visionner la finale du 1000 m 

Avec son cœur

Déçue de sa prestation de la veille au 1500 m (5e), sa distance de prédilection, Courtney Sarault a livré une bagarre de tous les instants en finale du 1000 m, dimanche, pour décrocher l’argent derrière la Sud-Coréenne Choi Min Jeong. « [Samedi], je pensais trop à mes jambes, à ma fatigue, au fait que je ne me sentais pas à 100 %, a expliqué la Néo-Brunswickoise de 19 ans. Aujourd’hui, j’ai juste décidé d’oublier ça et de vraiment m’engager dans la course. Ça a marché parce que j’ai totalement oublié tout ce qui se passait dans mes jambes. J’ai juste couru avec mon cœur. »

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Courtney Sarault

Oups…

Sarault n’a cependant pas eu le même succès avec sa tête un peu plus tard en super finale du 3000 m… Quand elle a entendu la cloche annonçant le dernier tour, elle n’a pas réalisé qu’elle était destinée à la Sud-Coréenne Choi, qui avait pris deux tours d’avance dès les premiers instants de l’épreuve. Sarault a donc lancé sa lame sur la ligne, croyant l’emporter alors qu’il lui restait deux tours à faire… Cette étourderie a permis à la Sud-Coréenne Seo Whi Min de lui voler la médaille d’argent au cumulatif. « Disons simplement que je ne suis pas très bonne en maths », commenté Sarault, qui a hérité du bronze. « Quand j’ai entendu la cloche, j’imagine que ça a été un déclencheur pour moi : oh, c’est le dernier tour, let’s go ! J’étais vraiment concentrée sur la Coréenne parce que c’était entre elle et moi pour la deuxième place du général. J’ai oublié que c’était une cloche pour Choi, pas pour moi… C’est un peu frustrant, mais c’est un bon apprentissage. Je ne ferai pas la même erreur si je fais cette course aux Championnats du monde ! »

Oups (bis)

Alyson Charles a elle aussi eu un moment d’égarement en super finale du 3000 m, croyant à tort que son entraîneur Frédéric Blackburn lui avait crié de disputer les sprints intermédiaires. Le temps qu’elle réalise sa méprise et se relève, elle avait dépensé une bonne quantité d’énergie en vain. Septième de l’épreuve, la Montréalaise de 21 ans a reculé d’une place au classement général, terminant au cinquième rang. Plus tôt, elle a fini cinquième de la finale du 1000 m. « C’était bon, sauf que je suivais Choi et quand elle a déclenché, j’ai voulu aller vers l’avant avec elle. Clairement, dans les courbes, elle est une coche au-dessus de moi. Elle est capable de les négocier avec beaucoup plus d’aisance et de vitesse. Moi, à cette vitesse, je les attaque moins. C’est un mélange de technique et d’habitude. » Médaillée d’argent au 500 m la veille, Charles a également gagné l’argent au relais dimanche avec Sarault, Claudia Gagnon et Danaé Blais.

Dandjinou chauffe son petit moteur

William Dandjinou a atteint sa première finale B du week-end, se classant huitième au classement cumulatif du 1000 m. Le longiligne athlète de 18 ans se réjouissait de cette expérience en prévision des Mondiaux juniors à la fin du mois. « Je ne m’attendais pas à faire des podiums. Avec mon entraîneur Sébastien Cros, on essaie de travailler sur la prise de risques, à aller à fond même quand le résultat n’est pas là. Si l’intention est là, tu travailles quelque chose. Si on fait une analogie avec les voitures, les autres ont un moteur plus gros et plus puissant. Si je suis capable de les challenger avec mon petit moteur en ce moment, ça devrait bien aller quand je vais avoir le gros moteur. »