Kim Boutin couvre à elle seule la presque entièreté de la page d’accueil du site internet des tout premiers Championnats ISU des Quatre Continents, qui seront présentés à Montréal, samedi et dimanche.

La Presse

La grande vedette du patinage de vitesse courte piste n’y sera pas. Du moins, pas à titre de compétitrice. Blessée à un genou, la triple médaillée olympique a dû déclarer forfait, à titre préventif.

Mercredi matin, l’athlète de 25 ans filait pourtant sur la patinoire de l’aréna Maurice-Richard avec ses coéquipières. Mais elle a passé la quasi-totalité de la séance d’une heure en queue de peloton. Son inclinaison dans les virages était moins prononcée, sa posture plus relevée, sa vitesse moins élevée.

À l’amorce d’un protocole de retour progressif sur glace, Boutin cherchait ainsi à protéger son genou gauche, handicapé par une « petite » tendinite après une série d’entraînements soutenus la semaine dernière. Deux journées de repos ne lui ont pas permis de guérir la blessure.
Mardi, elle a convenu avec son entraîneur Frédéric Blackburn et son physiothérapeute qu’il valait mieux jeter l’éponge pour les Quatre Continents, même si la douleur est « minime ».
La Sherbrookoise d’origine aurait pris la même décision pour une Coupe du monde. Elle aurait poussé davantage pour des Mondiaux ou des Jeux olympiques.

« Mon objectif, c’est les championnats du monde cette année », a rappelé Boutin, qui a réitéré son désir « très très précis » d’y décrocher le titre général. « Le but, donc, c’était de ne pas traîner ça. Parce que si c’est mal guéri, ça peut être très long. »

Après un record du monde sur 500 mètres à Salt Lake City et une razzia de médailles d’or à Montréal, en novembre, Boutin a poursuivi sa saison extraordinaire le mois dernier en Asie, remportant deux autres médailles d’or, une d’argent et une de bronze à Nagoya et à Shanghai. Cette dernière Coupe du monde s’est terminée par une première victoire au relais pour l’équipe féminine en près de cinq ans.

« Honnêtement, cette équipe-là me fait rêver à de grandes choses qu’on peut réaliser. J’ai des papillons chaque fois que j’en parle. »

En l’absence de sa meneuse, la formation canadienne comptera sur trois représentantes moins expérimentées dans les épreuves individuelles, soit les Montréalaises Alyson Charles et Camille De Serres-Rainville, promue en raison du retrait de Boutin, ainsi que la Néo-Brunswickoise Courtney Sarault. Claudia Gagnon (La Baie) et Danaé Blais (Châteauguay) complèteront le groupe au relais, cette dernière à titre de remplaçante désignée.

« Toutes les filles de l’équipe en ce moment sont en bonne position pour aller chercher des podiums, a affirmé Boutin. Les Européennes ne sont pas là, mais l’équipe coréenne A est là. L’équipe des Chinoises aussi. Li [Jinyu, 18 ans] est médaillée d’argent aux Jeux olympiques [au 1500 mètres]. Il ne faut donc pas sous-estimer cette compétition-là. »

Boutin ne restera pas les bras croisés. Pour les deux journées, elle partagera ses observations sur le déroulement des courses avec ses coéquipières. Elle prendra également des notes mentales pour son propre intérêt en vue de ses prochains rendez-vous. Les Sud-Coréennes Kim Jiyoo et Noh Ah-Reum l’intriguent particulièrement.

Avec de la musculation et de la rééducation, Boutin s’attend à être parfaitement rétablie d’ici deux semaines. Ce changement de programme ne la préoccupe pas en prévision des Coupes du monde de Dresde (7-9 février) et de Dordrecht (14-16 février) et surtout des Mondiaux de Séoul, à la mi-mars.

« Mon parcours, c’est ça. J’ai souvent eu à m’adapter à mon dos qui va moins bien ou qui ne prend pas la charge. Là, c’est mon genou. Je ne suis pas inquiète parce que je vais manquer deux semaines d’entraînement. J’ai manqué des [périodes] de deux mois et ça s’est bien passé [ensuite]. »

Son absence sera plus difficile à combler pour les organisateurs des Championnats des Quatre Continents.

Formule

La fédération canadienne militait depuis quelques années pour la tenue d’un événement qui comblerait le vide du mois de janvier. Les Championnats ISU des Quatre Continents se veulent en quelque sorte une réponse aux Championnats européens, qui existent depuis 1997. Ils sont disputés selon la même formule que les Mondiaux : un titre général à l’enjeu, trois patineurs par pays qui prennent part à toutes les distances individuelles, avec une super finale de 3000 m déterminante. Des relais féminin et masculin sont également à l’horaire. Les portes de l’aréna Maurice-Richard ouvrent à 13 h samedi et dimanche, et les compétitions se terminent autour de 18 h.

> Consultez le site des Championnats ISU des Quatre Continents

Quatre, trois, deux…

Le nom de cette nouvelle compétition est calqué sur les Championnats des Quatre Continents de patinage artistique, qui ont eu lieu pour la première fois en 1999. En réalité, huit pays de deux continents y seront représentés ce week-end à Montréal, pour un total de 56 patineurs. Les principales puissances seront le Canada, la Chine et la Corée du Sud, qui a délégué sa meilleure équipe. Il était acquis que le continent africain n’y serait pas, mais l’absence de l’Australie a surpris les organisateurs, qui doivent faire leur deuil de l’Océanie puisque la Nouvelle-Zélande a aussi passé son tour.

Corde raide

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Charles Hamelin

Steven Dubois, Charles Hamelin et la recrue William Dandjinou, 18 ans, représenteront le Canada dans les distances individuelles. Le médaillé olympique Pascal Dion et le solide sprinter Cédrik Blais leur prêteront main-forte aux relais. « On va être sur la corde raide dès le départ », anticipe Hamelin. En effet, les patineurs accéderont directement aux quarts de finale, qui s’annoncent tous relevés puisque les meilleurs y seront tous inscrits, contrairement aux Coupes du monde, où le peloton est partagé entre deux épreuves quotidiennes.