Depuis sa transition vers le patinage de longue piste au début de la décennie, Ivanie Blondin en a vu, des avions, des anneaux et des compétitions. Elle n’est cependant pas près d’oublier le dernier mois et demi qu’elle vient de vivre en Europe et en Asie.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

« C’est l’année la plus satisfaisante, c’est sûr. Je suis vraiment dans un bon état mental et physique », tranche l’Ottavienne de 29 ans qui a remporté cinq médailles d’or lors des deux dernières étapes de Coupe du monde.

Difficile de ne pas lui donner raison. Elle a donné le ton à sa saison internationale en remportant le départ groupé et en prenant le troisième rang du 3000 m en Biélorussie. Et après un autre podium en Pologne, la récolte de titres s’est accélérée : trois au Kazakhstan (6-8 décembre) et deux au Japon (13-15 décembre).

Le Kazakhstan, c’est le grand moment de mes quatre Coupes du monde. Cette séquence est une surprise, mais après la troisième médaille d’or et après avoir obtenu deux records de piste, j’étais vraiment [préparée] pour l’évènement suivant à Nagano.

Ivanie Blondin

Le plus remarquable est que les cinq médailles d’or ont été obtenues dans cinq épreuves différentes (1500 m, 3000 m, 5000 m, départ groupé et poursuite par équipes). Au passage, elle est devenue la première patineuse canadienne, et la huitième dans le monde, à remporter le 1500 m, le 3000 m et le 5000 m en Coupe du monde.

C’est un coup du sort et une simple conversation qui ont servi de déclic. Pour le 1500 m au Kazakhstan, Blondin n’était même pas censée se trouver dans le groupe A. C’est un forfait qui l’y a fait basculer la journée même. Quant au 5000 m, il a suffi de quelques mots avec l’entraîneur Remmelt Eldering pour que sa perspective change.

« On dirait que toutes les filles de longue distance se spécialisent dans le 5000 m alors que moi, j’ai le 1500, le 3000 et le départ groupé. Je lui ai demandé si j’étais encore une fille de 5000 m et il m’a dit : “Oui, je pense que tu peux l’être.” Il m’a mis en tête que je pouvais faire un top 3 et, finalement, je l’ai gagné [pour la première fois]. »

« J’ai eu beaucoup de commentaires vraiment positifs, notamment de Martina Sablikova qui a toujours été l’une de mes grandes amies en patinage de vitesse. Ireen Wurtz et Britanny Bowe m’ont aussi félicité après ma victoire au 1500 m. Elles m’ont dit qu’elles n’étaient pas surprises. »

Et la principale intéressée  ? Ses entraînements et les Championnats canadiens à Calgary laissaient présager une belle première moitié de saison. « Par contre, je ne savais pas si ça allait être assez pour être un top 3 », précise-t-elle.

Avec Valérie Maltais et Isabelle Weidemann, les succès collectifs ont aussi été au rendez-vous dans les dernières semaines. L’équipe canadienne est d’ores et déjà assurée de terminer au premier rang du classement général de la poursuite.

« Cet été, je leur ai dit : “Les filles, je pense vraiment qu’on peut être sur la première marche du podium.” Une fois qu’on a vu ce dont on était capables à l’entraînement, tout le monde y croyait. Dès la première épreuve, on a eu ce podium sans faire notre meilleure course. On savait qu’on pourrait se hisser au sommet. »

Un bon environnement

Si le début d’année a été si satisfaisant, c’est aussi parce qu’il tranche avec ce qu’Ivanie Blondin avait vécu l’an dernier. La double olympienne (2014 et 2018) a retrouvé le sourire en se rendant aux entraînements et aux compétitions. Elle a en effet vécu une grosse dépression dans la foulée des derniers Jeux olympiques.

J’ai toujours été exigeante envers moi-même et mes résultats à PyeongChang ont fait en sorte que je n’étais pas capable de me sortir de mon état d’esprit négatif. Je m’entraînais quand même, mais le mental joue une grosse part dans tes performances. Oui, j’étais forte, mais le mental n’était juste pas là.

Ivanie Blondin

« On a ajouté trois gars un peu plus jeunes à notre équipe d’entraînement et ça rend les choses un peu plus le fun. Quand c’est juste des filles, il y a, des fois, un peu plus de drame. Je n’ai jamais vu un environnement aussi bon à l’entraînement. »

La saison est loin d’être finie pour Blondin et le reste de l’équipe. Durant le prochain trimestre, il y aura des sélections nationales, des camps au Mexique et en Utah, une Coupe du monde à Calgary, les Championnats du monde, puis la Finale de la Coupe du monde. Mais d’ici là, place au repos.

« Après six semaines sur la route, j’ai besoin d’une petite pause. » Une pause bien méritée…