Avec l’arrivée au sein de l’élite mondiale d’une nouvelle génération de planchistes québécois, Sébastien Toutant et Maxence Parrot commencent un peu à faire figure de « grands-pères » dans une discipline où les champions sont souvent couronnés alors qu’ils sont tout juste en âge de fréquenter l’école secondaire. Ce serait toutefois bien mal connaître ces deux athlètes d’exception de penser qu’ils sont prêts pour la retraite. Nous les avons rencontrés récemment, à quelques jours d’une nouvelle saison qui s’annonce encore très chargée.

Michel Marois Michel Marois
La Presse

Sébastien Toutant : moins de pression, même motivation

Révélé à 13 ans, Sébastien Toutant parcourt le monde depuis l’âge de 14 ans.

« Ça fait maintenant plus de 12 ans que je fais ça », constatait-il, il y a quelques semaines, lors de la 25e édition de la Rencontre au sommet des sports de glisse québécois.

« Je suis donc vu comme un vétéran, mais j’apprécie le fait que j’ai encore plusieurs bonnes années devant moi. Mon palmarès me permet de ne plus avoir à prouver que je suis bon, ça m’enlève un peu de pression, mais ça n’enlève rien à mon envie de gagner et à ma motivation à progresser.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Toutant a remporté la médaille d’or en Big Air aux Jeux olympiques de PyeongChang.

« La passion est toujours la même et je m’estime choyé de pouvoir continuer ma carrière. J’ai toujours voulu sortir du lot, explorer d’autres manières de faire mon sport en exploitant ma créativité. C’est ce qui m’a toujours inspiré et j’ai bien l’intention de continuer à le faire. »

Commandité, entre autres, par Red Bull, le Québécois est impliqué dans plusieurs activités promotionnelles, la production de vidéos notamment, qui ont beaucoup contribué à sa popularité.

Les compétitions, il y a de l’argent tout de suite à l’arrivée et il y a une visibilité immédiate à la télévision. Les vidéos, eux, rejoignent un très vaste public, avec parfois des millions de clics, et ils ont l’avantage de ne jamais mourir.

Sébastien Toutant

« Quand tu gagnes les X Games ou une autre compétition, on en parle pendant quelques jours, puis on passe à autre chose. Et oublie vite ce qui s’est passé la saison précédente, encore plus il y a quatre ou cinq ans. C’est normal, il faut aller de l’avant, mais les vidéos restent toujours là, ils ne meurent jamais. Ils sont comme un bon livre, qui sera toujours bon, quel que soit l’âge ou le moment où tu le liras.

« Pour moi et mes commanditaires, ils ont pratiquement autant de valeur qu’une victoire dans une grosse compétition. Pour moi, c’est gagnant-gagnant puisque j’aime faire les deux. Je pense aussi que j’ai encore besoin des deux. Je suis encore jeune et je suis compétitif en compétition. Tant et aussi longtemps que je serai en mesure de rivaliser avec les meilleurs pour gagner, je vais continuer. »

Jeux olympiques

Toutant est d’ailleurs bien conscient que certaines victoires ont une connotation spéciale. « C’est sûr que gagner une médaille d’or aux Jeux olympiques de 2018 [en Big Air] a changé bien des choses pour moi, auprès du grand public en particulier. Les gens m’en parlent beaucoup et je réalise que c’est spécial de faire partie du petit groupe des athlètes qui ont gagné une médaille olympique, encore plus spécial que ce soit une médaille d’or ! »

Ça explique qu’il garde un œil sur les Jeux de 2022 et qu’il ne rate que très rarement les grands rendez-vous de la saison. « Dans ma tête, j’ai encore plusieurs objectifs en compétition, assure-t-il. Et je sais que j’aurai toujours le temps, tôt ou tard, pour travailler sur les vidéos.

« Pour l’instant, j’aime quand même en faire un peu, parce que j’ai l’impression que ça aide mon riding. Quand on évolue en milieu urbain, dans des endroits qui ne sont pas prévus pour le surf des neiges, il faut souvent être très créatif, improviser des mouvements, et ça m’aide souvent par la suite sur les sites de compétition où les conditions de neige sont toujours meilleures.

« Je crois d’ailleurs que c’est important d’être un rider complet et je le dis souvent aux jeunes. On en voit qui réussissent plein de trucs, mais qui ne maîtrisent pas parfaitement les techniques de base du surf des neiges. C’est pourtant essentiel pour ensuite pouvoir s’attaquer aux figures plus complexes. »

« Travail essentiel »

À 27 ans, Toutant avoue que son corps commence à marquer le coup. « Il y a beaucoup de travail derrière tout ça, beaucoup d’entraînement, de sacrifices, que les gens ne voient pas quand ils regardent nos vidéos ou nous voient à la télévision. On est habitués à voir les joueurs de hockey s’entraîner, mais plusieurs pensent qu’on est toujours sur nos planches en train de s’amuser.

« Ce n’est pas le cas. C’est d’ailleurs impossible de performer au niveau des meilleurs si ton corps n’est pas en parfaite condition physique. Le travail hors neige est essentiel et, peut-être encore plus important à mesure qu’on avance dans sa carrière. »

Bien loin d’être un « grand-père », Toutant a gardé plusieurs traits de l’adolescent que nous avions rencontré pour la première fois, il y a une dizaine d’années. Les succès et l’expérience lui procurent toutefois aujourd’hui l’assurance qu’il sera toujours une légende de son sport.

>Regardez la vidéo de Sébastien Toutant à Philadelphie

Maxence Parrot : repartir (un peu) plus doucement

La dernière année a été la plus éprouvante de la vie de Maxence Parrot. Atteint d’un lymphome de Hodgkin, le planchiste de 25 ans a subi une longue série de traitements exigeants avant d’apprendre, au mois de juillet, qu’il avait vaincu le cancer.

Quelques semaines plus tard, le 31 août, il était aux X Games d’Oslo, en Norvège et, contre toute attente, il remportait la médaille d’or la plus significative d’une carrière pourtant riche en titres prestigieux.

Quand nous lui avions parlé, quelques heures après son exploit en Big Air, Parrot ne réalisait pas encore parfaitement ce qu’il venait d’accomplir. Trois mois plus tard, il mesure davantage tout ce que cela a exigé de lui.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Maxence Parrot a récemment vaincu le cancer.

« Je rêvais de gagner la médaille d’or pendant mes traitements de chimiothérapie », rappelait-il récemment à la Rencontre au sommet des sports de glisse québécois.

« Ça me permettait d’avoir un but, une raison de plus de me battre. Ça n’a pas été facile, loin de là. La compétition s’est déroulée comme dans un rêve, mais j’avais tellement travaillé fort pendant l’été ; il fallait vraiment que je gagne, parce que j’aurais gardé un goût amer de tout ça. »

Il a gagné, mais tous ses efforts ont fini par le rattraper. « Je me suis battu contre la maladie de janvier à juin, puis je me suis entraîné six jours par semaine afin d’être prêt pour les X Games. Après ça, j’ai vraiment eu un gros down. C’est là que j’ai réalisé que j’avais besoin de repos, pour vrai. »

Je comprends maintenant que je vais devoir faire plus attention à mon corps.

Maxence Parrot

En septembre, Parrot a passé le plus clair de son temps au lit, avec de longues nuits de sommeil et des grasses matinées. Ce n’est qu’à la mi-octobre qu’il a ressorti ses planches, en Suisse, pour préparer la suite de la saison. Il en a aussi profité pour produire une nouvelle vidéo qui démontre qu’il a vite retrouvé tous ses moyens.

Calendrier plus chargé que prévu

Cette semaine, Parrot s’en va en Chine, pour la compétition Air + Style à Pékin. La suite de son calendrier risque d’être plus chargée qu’il ne l’avait d’abord prévu.

« Je pensais faire moins de compétitions cette année afin d’aller filmer plus souvent, mais plusieurs gros rendez-vous se sont ajoutés au calendrier et je vais probablement faire le même nombre de compétitions que les dernières saisons. »

PHOTO FREDRIK HAGEN, ARCHIVES NTB SCANPIX

Maxence Parrot a remporté la médaille d’or aux X Games d’Oslo, en Norvège, le 31 août dernier.

Ça ne devrait pas l’empêcher d’aller dans l’Ouest, plus tard cet hiver, pour travailler à de nouveaux projets de films.

« J’avais un peu mis ça de côté afin de me concentrer sur les compétitions et les Jeux olympiques, a rappelé Parrot. La maladie a ensuite mobilisé toutes mes énergies. Il y a toutefois encore plus de deux ans avant les prochains Jeux et je me suis dit, avec mon équipe, que ce serait un bon moment pour recommencer à faire des films. »

Au point où il en est dans sa carrière, avec déjà une médaille olympique et cinq titres aux X Games d’Aspen, ce n’est pas une victoire de plus qui va faire une grosse différence pour la renommée du planchiste de Bromont. Comme Sébastien Toutant, Parrot est pleinement conscient de l’impact que ces vidéos peuvent avoir pour lui et ses commanditaires.

Et la dernière année lui a appris qu’il devra tôt ou tard ralentir un peu.

>Regardez la dernière vidéo de Maxence Parrot