Et si l’une des représentantes des États-Unis en patinage de danse sur glace aux prochains Jeux olympiques venait de… Boisbriand ? Installée dans le Michigan depuis l’âge de 13 ans pour s’entraîner, Christina Carreira s’est engagée dans un véritable contre-la-montre afin d’obtenir sa carte verte et sa citoyenneté américaine avant la prochaine échéance à Pékin. « On est peut-être serré pour 2022 », reconnaît sa mère, Lynda Beaulne.

Pascal Milano Pascal Milano
La Presse

Une issue favorable serait toutefois la concrétisation de plus d’une décennie d’efforts pour la jeune athlète aujourd’hui âgée de 19 ans. La passion du patinage l’a poussée très tôt à se déraciner et à s’installer à Novi, petite ville tranquille de la banlieue de Detroit. Elle s’y entraîne sous les yeux attentifs d’Igor Shpilband, qui a longtemps dirigé Tessa Virtue et Scott Moir.

PHOTO FOURNIE PAR LA FAMILLE

Christina Carreira avec Tessa Virtue et Scott Moir après les Jeux de Vancouver de 2010

« La mère de son [ancien] partenaire voulait que l’on passe du temps à Lake Placid pour l’entraînement. Là-bas, ce n’était pas vraiment un lieu où la danse était développée, alors j’ai dit : “Pourquoi on n’irait pas où sont les meilleurs et voir comment ils s’entraînent ?”, explique Lynda Beaulne. En même temps, on voulait avoir l’avis de quelqu’un qui connaît ça et qui aurait pu nous dire : “Vous perdez votre temps. Faites autre chose avec vos enfants.” »

Au début, en 2010, les séjours à Novi ont d’abord été sporadiques. Mais la jeune fille est vite tombée sous le charme de l’endroit et surtout du cadre qui s’offrait à elle. Lors du premier trajet de retour vers le Québec, elle se souvient d’avoir pleuré très longtemps. « Je ne voulais pas partir et je voulais m’entraîner là-bas. De 10 à 13 ans, je demandais toujours d’y retourner pour y être à plein temps. »

Et pourtant, la jeune fille n’était pas d’une grande indépendance. Il lui était même difficile de s’absenter de la maison. Son anglais était aussi celui d’une jeune francophone de sixième année habitant en banlieue montréalaise.

« C’était une enfant qui n’allait jamais coucher chez une amie. Puis, du jour au lendemain, on l’a prise et l’on a déposée dans une famille d’accueil. Jamais elle ne m’a appelée en pleurant », raconte sa mère.

Mais je pleurais. Par contre, je ne sais pas ce qui s’est passé pour que je sois capable d’habiter toute seule à 13 ans aux États-Unis. Ça ne m’a jamais dérangée de le faire pour le patinage.

 Christina Carreira

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Anthony Ponomarenko et Christina Carreira

Après avoir testé différentes formules qui étaient loin d’être idéales — une semaine d’entraînement par mois, par exemple —, elle a déménagé au Michigan pour un test d’une année. Durant cette période, son partenaire s’est gravement blessé au dos.

Après neuf mois à s’entraîner toute seule, elle a trouvé un nouveau partenaire en Anthony Ponomarenko. L’Américain est le fils du couple russe formé de Marina Klimova et Sergei Ponomarenko, champions olympiques en 1992 et triples champions du monde en danse.

« Nos mères pensaient que ce serait une bonne idée de nous associer. On s’était croisés lors de différentes compétitions et on était enthousiastes à l’idée de patiner ensemble. On s’entend bien à l’extérieur de la glace, c’est pour ça qu’on a une connexion. »

Les résultats le montrent : chez les juniors, la paire a notamment remporté deux médailles aux Championnats du monde et une première place aux Championnats américains. Ils ont fait le saut chez les seniors l’automne dernier.

« Ça s’est très bien passé. On a eu des médailles à nos deux premières compétitions internationales et on a gagné la troisième. Dans la série des Grands Prix, on a fini cinquièmes [au GP d’Helsinki] et troisièmes [à la Coupe Rostelecom]. »

Le rêve des Jeux, mais…

Il y a un an et demi, Christina Carreira a entrepris des démarches pour obtenir sa résidence permanente en choisissant l’étiquette d’immigrante possédant des habiletés extraordinaires [alien with extraordinary ability]. Elle a essuyé un refus sous prétexte que ses résultats avaient été obtenus dans le cadre d’une équipe.

« On savait que ça allait être difficile et ça n’a pas été une si grosse surprise que ça. Beaucoup de gens ont de la difficulté à l’avoir. Je répondais à tous les critères, mais ce n’est qu’au niveau junior. Il faut que je fasse aussi mes preuves au niveau senior », ajoute la principale intéressée.

À l’heure actuelle et puisque son partenaire détient la nationalité américaine, elle peut représenter les États-Unis lors des Championnats du monde ou des Grands Prix. « La seule compétition où c’est obligatoire d’avoir la citoyenneté, c’est pour les Jeux olympiques, et c’est ce qu’on veut tous faire », peste-t-elle.

La Fédération américaine la soutient dans sa démarche. Elle peut aussi compter sur un avocat et un lobbyiste pour faire avancer son dossier auprès des membres du Congrès.

PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Anthony Ponomarenko et Christina Carreira

« C’est un processus qui est difficile, mais qui est intéressant pour elle, estime Lynda Beaulne. Elle rencontre des gens… »

« … que je ne rencontrerais pas autrement », complète Christina.

En attendant les prochains développements, la jeune femme a repris le chemin du Michigan pour se préparer en vue des Championnats américains. L’horaire est réglé minutieusement : entraînement sur la glace le matin et en début d’après-midi, conditionnement physique, puis un peu d’école en soirée.

Après sa carrière en patinage, elle espère se diriger dans le domaine du droit. Le droit de l’immigration ? lui demande-t-on.

« Non, je ne pense pas, répond-elle en éclatant de rire. Je crois que j’en aurai assez. »