Sa réputation sur le ring devenait de plus en plus crédible, mais c’est pour ses actions en dehors du monde de la boxe que le nom de Kim Clavel fera le tour de l’Amérique.

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

La boxeuse redevenue infirmière auxiliaire en CHSLD recevra le 21 juin le prestigieux prix Pat-Tillman, remis par ESPN à un athlète pour son implication exceptionnelle dans la société. Pat Tillman, rappelons-le, est mort en Afghanistan en 2004 après avoir choisi de s’enrôler dans l’armée américaine plutôt que de signer un contrat avec les Cardinals de l’Arizona. Il l’avait fait en réaction aux attentats du 11 septembre 2001, cimentant du même coup sa légende aux États-Unis.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Kim Clavel durant un entraînement, le 13 septembre 2019

Bref, la distinction n’est pas banale. Ce prix, créé en 2014, avait surtout récompensé des athlètes ayant également servi dans l’armée. À ce titre, Clavel fait bande à part, mais la décision de l’honorer illustre d’une certaine manière le parallèle entre la guerre à proprement parler et la lutte contre la pandémie. En tout cas, c’est ainsi que Clavel se l’explique.

« À la base, ils veulent souligner le courage et les bonnes actions », a raconté la boxeuse en visioconférence.

Je ne suis pas allée à la guerre, mais on peut dire qu’on est allés à la guerre d’une différente manière [contre la COVID-19]. Mais je crois que c’était la caractéristique du courage qui ressortait.

Kim Clavel

Clavel admet avoir été très surprise et honorée d'apprendre qu'elle recevrait la distinction, surtout à cause de la manière dont ESPN le lui a annoncé.

« ESPN m’a joué un tour. À la base, j’allais faire des entrevues et on me disait que c’était pour un reportage sur des athlètes qui aident durant la pandémie. Un soir, ils m’ont rappelée pour me dire qu’ils avaient oublié de tourner des images et que l’on devait reprendre rendez-vous. Je me suis présentée une autre fois, c’était une journée de congé. J’avoue que j’étais plus marabout, je voulais profiter de ma journée de congé. Une fois arrivée, ma grand-mère était là en vidéo, ma mère, ma sœur en Oklahoma. Ils m’ont annoncé que je gagnais le ESPY. C’était une super belle surprise, j’étais très honorée. Tout le monde le savait, mais on m’a joué un bon tour. »

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Kim Clavel (à gauche) lors de son combat contre Xénia Jornéac (victoire par décision en 8 rounds) au Casino de Montréal, en septembre 2019.

Petit retour sur le récit de Clavel. La boxeuse devait monter sur le ring le 21 mars dernier. C’était son premier combat avec son nouveau promoteur Yvon Michel. L’année 2020 s’annonçait prometteuse. Elle allait devenir une tête d’affiche de GYM, Yvon Michel la voyait un jour en championnat du monde. Sauf que… pandémie. La boxe, comme le reste du Québec, a appuyé sur « pause ».

Le jour même de son combat, Clavel revenait plutôt en CHSLD, à titre d’infirmière auxiliaire après avoir dépoussiéré l'uniforme qu’elle avait remisé pour de bon. Tant qu’à ne plus boxer, Clavel a choisi d’aider les autres, et c’est ce sacrifice que le prix souligne.

Vous pouvez lire ici l'article : Le grand combat de Kim Clavel

« J’ai vu une belle amélioration dans les dernières semaines, surtout la dernière, reconnaît-elle. Les gens guérissent, il y a plus de personnel. La phase aiguë est passée, il y a de la stabilité, on voit la lumière au bout du tunnel. Ce n’est pas parfait, mais c’est positif.

« J’ai vécu des hauts et des bas, j’ai vu des choses que je ne pensais jamais voir, mais j’en ressors gagnante. J’y ai trouvé une force de caractère que je ne croyais pas que j’avais. Les personnes âgées m’ont apporté beaucoup. Ç’a été une belle expérience qui va me servir dans les années à venir. »

Au passé

Si Clavel parle au passé, c’est que cette semaine est la première depuis le début de la pandémie où elle n’a aucun quart de travail comme infirmière auxiliaire. Elle s’impose une quarantaine avant de reprendre l’entraînement la semaine prochaine, par respect pour son équipe. Un entraînement, évidemment, adapté à la nouvelle réalité sanitaire.

« Pour monsieur et madame Tout-le-Monde, il n’y a rien de possible en gymnase, mais nous, on va trouver des moyens de s’entraîner. Des sacs à l’extérieur, des pads avec l’entraîneur, il y a moyen de moyenner. Si tu respectes les règles, on peut se préparer. Il reste le sparring, mais ça va venir dans les prochaines semaines. »

D’ailleurs, Yvon Michel espère que sa protégée pourra remonter sur un ring en août ou en septembre. Il y a des discussions, mais le promoteur ne pouvait rien annoncer de plus concret en raison de la situation actuelle. Il se tourne donc vers l’optimisme prudent.

« Kim est devenue très populaire avec ce prix [qui lui sera remis officiellement le 21 juin] et on va travailler pour qu’elle devienne populaire pour ses exploits dans le ring. »