Erin Mielzynski s’est toujours dit qu’elle allait ressentir au plus profond d’elle-même quand viendrait le bon moment de se retirer. Qu’elle voulait accrocher ses skis selon ses propres termes. L’heure est arrivée.

Publié le 30 avril
Nicholas Richard
Nicholas Richard La Presse

Peu d’athlètes peuvent se vanter d’avoir participé à quatre présentations des Jeux olympiques, mais surtout, peu de skieurs en provenance du Canada peuvent se targuer d’avoir remporté une victoire sur le circuit de la Coupe du monde. Erin Mielzynski a réussi les deux et elle ne l’a pas volé.

L’athlète de 31 ans a annoncé le 22 avril qu’elle prenait sa retraite. Une décision à laquelle elle réfléchissait depuis le début de la saison, mais qui s’est concrétisée après les Jeux olympiques de Pékin.

« Depuis les Jeux olympiques, ç’a été de la torture, parce que parfois, des journées où il faisait beau et que je skiais vite, je me disais : “C’est sûr que je continue”, mais après, je me disais : “C’est juste une journée, ça va passer, je dois arrêter.” Il y a eu beaucoup d’hésitation, beaucoup de réévaluation. Je voulais juste m’assurer d’être vraiment prête », a-t-elle précisé.

Une fois qu’elle s’est faite à l’idée, l’annoncer publiquement l’a libérée d’un poids. Le plus difficile aura toutefois été de l’annoncer à ses proches et à ses commanditaires.

Vétérane et leader incontestée de l’équipe nationale féminine, Mielzynski ne se retire pas parce qu’elle ne peut plus suivre la cadence. Au contraire. La Canadienne a effectué d’excellentes descentes la saison dernière et a obtenu de très bons résultats, dont deux top 10 dans la deuxième moitié du calendrier.

« C’est pour ça que c’était une décision aussi difficile à prendre. C’était important pour moi de partir comme je le voulais, en étant en santé physiquement et mentalement. »

L’Ontarienne pense qu’avec ses résultats et sa tenue sur les pentes, elle aurait pu continuer au moins une autre saison. Cependant, il était primordial pour elle de ne pas forcer une saison de trop.

J’aurais pu encore donner mon 110 %, mais après quatre cycles olympiques, ça fait beaucoup de pression et de voyage sur la route, loin de la famille et des amis.

Erin Mielzynski

Des moments de grâce

En repensant aux moments les plus glorieux de sa carrière, deux journées lui viennent en tête spontanément.

Elle évoque d’abord sa victoire à Ofterschwang, en Allemagne, le 4 mars 2012. La première victoire en Coupe du monde d’une skieuse canadienne en slalom depuis 1971. C’est encore à ce jour la dernière victoire canadienne. Avant la deuxième manche, elle était au cinquième rang provisoire et grâce à une seconde descente phénoménale, elle est parvenue à remporter les grands honneurs.

« C’était énorme et je me rappelle comment je me sentais avant la deuxième manche. Je me souviens surtout de mes entraîneurs qui ont couru vers moi après la course pour me soulever, mes coéquipières étaient là aussi. Je me rappelle que c’était une journée chaude et on a célébré toute la journée, parce que c’était vraiment spécial pour notre équipe. »

Il y a aussi la journée du 10 février 2015, où ses compatriotes et elle ont mis la main sur la médaille d’argent à l’épreuve parallèle par équipes aux Championnats du monde, au Colorado. « D’être sur le podium seule, c’est une chose, mais de monter sur le podium en tenant la main de tes coéquipiers et de skier pour quelque chose qui est plus gros que toi-même, c’est vraiment génial. »

PHOTO ANTONIO BRONIC, ARCHIVES REUTERS

Erin Mielzynski

Contribuer au succès de la relève

Mielzynski compte bien rester dans l’univers du ski alpin par l’entremise de son projet de dossards personnalisés, nommé « A Ripple of Light ». Mis sur pied en 2021, il a pour but d’offrir de l’aide aux jeunes skieuses de partout au Canada, qui ont tendance à décrocher du sport à un jeune âge. Mielzynski aimerait entre autres rendre le sport plus accessible et plus abordable.

« Je suis fière du projet, parce que ça a demandé du travail de me convaincre que je pouvais avoir un impact même sans obtenir des résultats extraordinaires comme ceux de Mikaela Shiffrin ou Lindsey Vonn. »

Elle espère que même si elle ne skie plus de manière compétitive, son impact demeurera intact, car s’impliquer dans la communauté a toujours été primordial pour elle.

Elle réussira tout de même à rester en contact avec les amateurs par la voie de sa balado Unspoken Bravery, lancée le 19 octobre dernier. Elle y parle de ses expériences, des leçons qu’elle a apprises et de divers conseils liés à la réussite sportive.

Une coéquipière exemplaire

Coéquipière d’Erin Mielzynski depuis son arrivée en Coupe du monde en 2015, Laurence St-Germain a un respect inconditionnel à l’égard de la nouvelle retraitée.

« Juste le fait d’avoir été sur l’équipe nationale pendant 13 ans, sans grosse blessure, sans avoir manqué une saison, ce n’est pas juste de la chance. Elle avait une éthique de travail impeccable, elle a toujours travaillé fort, elle faisait tout parfaitement. J’ai beaucoup appris en étant sa coéquipière », a souligné la Québécoise.

Au cours des dernières saisons, les deux skieuses ont été cochambreuses la plupart du temps. L’absence de Mielzynski créera un vide immense et sera difficile à combler.

Ça va être étrange de ne pas l’avoir dans l’équipe, elle est là depuis mes débuts. À un certain moment, on était juste deux sur l’équipe de slalom. C’est un gros morceau qui s’en va.

Laurence St-Germain, à propos d’Erin Mielzynski

« À l’entraînement, elle est souvent la meilleure, ajoute-t-elle. C’était un gros atout de l’avoir avec nous dans l’équipe. »

La skieuse de Saint-Ferréol-les-Neiges et les autres skieuses de l’équipe ont souvent parlé de Mielzynski comme étant une inspiration et un modèle à suivre. Lorsqu’il en a été question pendant l’entrevue, la vétérane a été émue de capter, après coup, que son passage a eu un effet positif sur les gens qu’elle a côtoyés.

« Ça me fait sourire, parce que je ne m’attarde pas vraiment à ce que les médias ou les gens disent autour de moi. Laurence me l’a dit à quelques reprises et je trouve ça très spécial, a-t-elle conclu. Ça signifie énormément pour moi et ça me rend émotive de repenser à ma carrière. »