(Mont-Tremblant) Mikaël Kingsbury s’était un peu emporté lors de son dernier départ en simple à l’Alpe d’Huez, le mois dernier.

Mis à jour le 7 janvier
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

À vouloir trop en mettre, il a commis une petite erreur au dernier saut, ce qui l’a fait glisser au troisième rang. Après sa huitième place huit jours plus tôt en Suède, une anomalie dans un parcours autrement presque parfait, son début de saison faisait un peu brouillon.

Quand il a mis son sac de ski dans son auto et qu’il a conduit les 45 minutes entre Saint-Sauveur et Mont-Tremblant, en début de semaine, il était un homme en mission. Il voulait récupérer le maillot jaune de meneur au classement de la Coupe du monde et, du coup, rétablir son statut d’hyper favori en vue des Jeux olympiques de Pékin, où il visera un deuxième titre de suite.

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Mikaël Kingsbury filant vers la victoire, vendredi, à Tremblant

Kingsbury est en voie de cocher ces deux cases. Vendredi après-midi, il a remporté la première des deux manches de la Coupe du monde de Tremblant. Le bosseur de 29 ans s’est nettement imposé en finale disputée par temps froid, sans trop en faire.

« Il faut être intelligent, on apprend de nos erreurs », a souligné le vainqueur en faisant référence à son petit saut de chaîne à l’Alpe d’Huez.

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Le Québécois Mikaël Kingsbury célébrant sa victoire, vendredi, à Tremblant, aux côtés du Japonais Ikuma Horishima (à gauche) et du Suédois Walter Wallberg

Premier de la qualification et de la finale 1, Kingsbury a attendu de voir ce qu’offrirait son principal rival, le Japonais Ikuma Horishima, avant de décider de sa stratégie pour sa propre descente. Il a choisi un saut conservateur en haut de parcours (périlleux avec une vrille), contrôlé sa vitesse et « nettoyé » son 1080 au deuxième saut, en route vers un score de 86,24 points. Comme un chef cuisinier qui ajuste les ingrédients à sa guise pour sortir l’assiette parfaite.

En ces temps de COVID-19, il n’a eu personne d’autre à saluer que ses parents et sa copine, officiellement bénévoles à la sécurité pour cette compétition tenue à huis clos.

C’est sûr qu’elle aurait fait un peu plus plaisir avec la foule en bas. Mais je suis vraiment content. Victoire numéro 69. C’est spécial de faire ça ici.

Mikaël Kingsbury

« Je voulais juste remercier tous les bénévoles qui ont fait en sorte qu’on a pu avoir un évènement cette année à Tremblant. Je sais que ça n’a pas été facile, mais ils nous ont fait une belle piste pour qu’on ait la chance de bien s’exprimer », a dit Kingsbury.

« Kingsbury a de meilleurs sauts que moi »

Avant-dernier à s’élancer en finale 2, Walter Wallberg était bien heureux de conserver sa médaille d’argent grâce à son effort de 84,65 points. « Kingsbury a de meilleurs sauts que moi », a convenu le Suédois de 21 ans, rentré dans l’hôtel sans son masque, comme quoi la COVID-19 ne fait pas peur à tous les athlètes de façon égale.

Horishima, gagnant des deux étapes précédentes en simple, a surmonté une demi-finale un peu poussive (6e) pour remonter au troisième rang, ce qui lui permet de maintenir une priorité de 28 points sur le Québécois au classement de la discipline. Le Japonais a fait culbuter un photographe en fonçant dans la clôture à l’arrivée. Heureusement, il a évité Bernard Brault de justesse.

Quatre autres Canadiens ont atteint la finale 1 réservée aux 16 premiers, sans qu’aucun puisse accompagner Kingsbury à l’étape ultime où les six meilleurs sont invités.

Gabriel Dufresne s’est distingué en grimpant au 10échelon, un sommet personnel en simple. Il avait terminé à la même position en parallèle à l’Alpe d’Huez.

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Gabriel Dufresne

« On ne crachera pas sur une 10place, a réagi l’athlète de Joliette. Je n’en ai pas fait une tonne dans ma carrière. Je ne suis pas nécessairement déçu, mais je pense que j’aurais peut-être pu m’immiscer dans le top 8 aujourd’hui, ce qui m’aurait donné un bon de coup de main pour mes chances d’aller aux Jeux olympiques. »

Mais une 10place, c’est mieux que rien. Je suis quand même content de ma performance en finale. C’était l’une de mes meilleures à vie. Il y a beaucoup de positif.

Gabriel Dufresne

Le skieur de 25 ans vise une meilleure qualification samedi (13vendredi), ce qui, à ses yeux, représenterait un avantage par rapport aux juges rendu en finale 1.

À son premier départ depuis une hernie discale subie avant le début de la saison, Laurent Dumais s’est classé 15e. « Ça a quand même mieux été que je pensais, s’est réjoui celui qui améliore considérablement son sort dans la course pour les JO. Pour un retour, ç’a été un bon bonbon. »

Le skieur de Québec a néanmoins souffert et a eu le sentiment de s’être fait passer sur le corps. « Physiquement, ç’a été un peu raide. J’ai rencontré quelques difficultés durant l’entraînement. Mon corps a vraiment pris beaucoup de chocs. J’ai dû gérer ça aujourd’hui durant la journée. »

Autres Canadiens

Brenden Kelly et Jordan Kober, originaires de la Colombie-Britannique, ont respectivement fini 13e et 14e. Il s’agit d’un sommet personnel pour ce dernier. Kelly, lui, s’ajoute au groupe d’athlètes qui comptent trois top 16 dans le processus de qualification olympique.

La deuxième étape de la Coupe du monde de Tremblant sera présentée samedi. Kingsbury tentera de signer son quatrième succès d’affilée dans la grande station des Laurentides.

« C’est une belle victoire, mais je peux skier encore mieux », a prévenu celui qui s’approche des 100 podiums sur le circuit (98). « J’ai beaucoup de gaz dans la tank. Aujourd’hui, on a été intelligent. Demain ça se peut que les gars continuent à ouvrir la machine. J’ai un saut plus difficile [à faire] en haut. J’ai beaucoup de gears de vitesse à mettre s’il le faut. »

D’ailleurs, il prévoyait se détendre sur sa Xbox avec son jeu favori, F1, où il se prend pour Lewis Hamilton.