« C’était une course propre, c’est dur de demander mieux quand tu fais ton record personnel… »

Mis à jour le 3 déc. 2021
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Au téléphone, l’entraîneur Gregor Jelonek s’adressait directement à Laurent Dubreuil une heure et demie après sa médaille de bronze au 500 mètres de la Coupe du monde de Salt Lake City, vendredi après-midi.

Le retour d’après-course se faisait à distance puisque le coach a contracté la COVID-19 en Norvège, il y a deux semaines, ce qui l’a forcé à s’isoler 10 jours avant de rentrer à Québec.

« Quand ça se passe sur la glace, c’est plus lui qui parle pendant que j’essaie de reprendre mon souffle ! », a rigolé Dubreuil.

Le patineur de vitesse longue piste était parfaitement disposé à partager ce moment avec son entraîneur en compagnie des deux journalistes qui l’interrogeaient par vidéoconférence au moment de l’appel.

Malgré une cinquième médaille en cinq courses, un record personnel et une avance consolidée au sommet du classement de la Coupe du monde, Dubreuil était loin d’être rassasié.

Il avait relevé « deux petites erreurs » dans les courbes qui l’ont un peu déstabilisé : « Dans le deuxième virage, je suis rentré vraiment serré. Ça a fait que j’étais collé à l’entrée, mais j’ai été déporté dans la deuxième moitié. Je n’étais donc pas proche des blocs. »

« Dans le dernier droit, penses-tu que tu aurais pu faire plus de pas ? », lui a demandé Jelonek.

« Oui, j’étais large dans le deuxième virage, mais je ne suis pas sorti si loin que ça. J’ai fait huit pas et j’aurais peut-être dû en faire neuf. À la fin, je me laissais glisser un peu. »

« C’est là que tu as peut-être perdu la deuxième position, la différence n’était pas grande. »

Dubreuil a relevé quelques soucis au dos. Jelonek s’est assuré qu’il avait reçu des traitements de physiothérapie. Le coach lui a ensuite raconté qu’il avait suivi la course avec son père dans le salon VIP du nouveau Centre de glaces Intact Assurance, qui accueille sa première Coupe Canada ce week-end.

« C’était vraiment cool. C’est super, Laurent. Tu as été capable de finir sur le podium. C’est une belle continuité. Cinq en cinq, c’est quand même fort, on poursuit sur la même voie. »

PHOTO RICK BOWMER, ASSOCIATED PRESS

Yamato Matsui, au centre, et Wataru Morishige, à gauche, ont devancé Laurent Dubreuil.

Yamato Matsui, 24 ans, et Wataru Morishige, 21 ans, ont eu le meilleur sur le Canadien grâce à des chronos respectifs de 34,04 s et 34,09 s. Dubreuil a lui aussi réussi un temps de 34,09 sec, un sommet personnel, mais il a cédé huit millièmes à son adversaire nippon, ce qui lui a coûté une médaille d’argent.

« Je suis content quand je gagne, mais je suis aussi content quand je finis deuxième ou troisième », a-t-il réagi.

Jusque-là, son record personnel était de 34,11 s, établi à Calgary en janvier 2019. « C’est le fun, mais honnêtement, j’ai hâte de faire 33 secondes. Si j’avais à cibler un objectif dans les trois prochaines courses en altitude [Salt Lake City, dimanche, et Calgary, la semaine prochaine], ce serait de faire un 33. »

Dubreuil n’a pas manqué de souligner que le Chinois Tingyu Gao avait arrêté le chrono à 33,96 sec pour s’imposer dans le groupe B en matinée. Vainqueur du premier 500 m de la saison en Pologne, il a été relégué dans la deuxième division en raison de son absence en Norvège une semaine plus tard.

« J’ai cinq médailles en cinq courses, mais je ne suis pas le meilleur au monde en ce moment. Gao est vraiment meilleur que moi. Toutes les meilleures performances mondiales viennent de lui cette année. »

S’il réalise une prestation sans accroc, Gao s’imposera par « trois dixièmes » dans le deuxième 500 m dimanche, a prédit le Québécois de 29 ans. Il ne jette pas l’éponge pour autant. « Mon but, c’est d’aller le chercher. Il est le meilleur au monde en ce moment, mais ça ne veut pas dire qu’il est intouchable pour les Jeux. Il a tendance à faire plein d’erreurs. Il a fait 33,9 et il a eu un bon déséquilibre dans la première ligne droite. Sa technique n’est pas raffinée. »

Dubreuil a commis un faux départ, ce qui l’a forcé à être un peu plus prudent à la reprise. Cela ne l’a pas empêché de réaliser son deuxième temps à vie aux 100 m (9,54). « J’aurais probablement été un peu plus vite sans un faux départ, mais c’était la meilleure partie de ma course. »

Sprinteur le plus régulier depuis le début de la saison, il ne veut pas s’en contenter.

La constance, ce n’est pas ce qui est le plus excitant. Je pense que les gens regardent plus Gao que moi ! Il a la chance de faire un temps incroyable. Je suis constant, mais le gars qui finit toujours deuxième, c’est plate. J’ai en moi une course spéciale, magique si on veut, mais il faut juste que je la sorte.

Laurent Dubreuil

Le vétéran Alex Boisvert-Lacroix a poursuivi sa progression en enregistrant le cinquième chrono du groupe B (34,47).

Après un départ prudent au 3000 m, la Canadienne Isabelle Weidemann a atterri au pied du podium. Ivanie Blondin a pris le sixième rang, tandis que Valérie Maltais a brisé pour la première fois la barrière des quatre minutes (3 min 59,22 s), ce qui lui a valu la 10place.

Au 5000 m, l’irrésistible Suédois Nils van der Poel a réalisé un record mondial en 6 min 01,56 s, faisant tomber la marque du Canadien Ted-Jan Bloemen, qui a fini huitième en 6 min 14,47 s.