La Coupe du monde de ski alpin s’ouvre samedi et dimanche avec le traditionnel slalom géant de Sölden. Après un retour de blessure cahoteux l’hiver dernier, Valérie Grenier vise plus de constance cette saison. Et pourquoi pas un premier podium ?

Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Valérie Grenier a beau être l’une des meilleures skieuses de la planète, le mur de Sölden lui fait toujours le même effet.

Pour la cinquième fois de sa carrière, l’athlète de Mont-Tremblant lancera sa saison de Coupe du monde de ski alpin avec un slalom géant sur le glacier de Rettenbach, à plus de 3000 m d’altitude, samedi. Réputée pour son à-pic soutenu à quelque 60 %, la même piste accueillera aussi les hommes le lendemain, une rareté dans le cirque blanc.

Comme toutes les concurrentes, Grenier a eu l’occasion de s’y entraîner deux jours la semaine dernière. En toute candeur, celle qui en sera à son 77départ en Coupe du monde admet que l’endroit est intimidant.

« Chaque année, quand on arrive à la piste de Sölden, c’est assez intense de la voir,
a-t-elle lancé de la station autrichienne, mercredi. Quand tu commences à skier dessus, on dirait que c’est mieux. »

Depuis son passage, le parcours aura cependant été injecté d’eau du haut en bas pour le rendre dur au possible et maintenir des conditions justes pour les dernières partantes.

À pareille date l’an dernier, la Franco-Ontarienne n’avait participé à aucune compétition depuis 20 mois en raison d’une quadruple fracture à une jambe subie aux Championnats du monde d’Åre en 2019. De plus, sa préparation estivale avait été gâchée par des problèmes à une botte qui lui causait de la douleur.

PHOTO MALCOLM CARMICHAEL, FOURNIE PAR CANADA ALPIN

Valérie Grenier

Malgré un dossard tardif, elle avait terminé 25e pour son grand retour. Après ce début prometteur, elle avait enchaîné avec trois résultats parmi les 20 premières à ses quatre départs suivants. De quoi s’emballer.

Justement, Grenier, à l’instar de son entourage, estime s’être un peu trop emportée par la suite. Elle n’a plus marqué un point en plus de partir à la faute à la première manche aux Championnats du monde de Cortina d’Ampezzo.

« Évidemment, je voulais faire de mieux en mieux, je m’excitais un peu trop. Si j’avais une bonne première descente, je me disais :
“Oh my God, je pourrais vraiment bien
faire !” Là, je perdais ma concentration pour peut-être une demi-seconde pendant ma deuxième manche, et c’est là que je faisais une erreur ou que je perdais mon avance. »

Garder son calme

Le mot d’ordre cette année : on garde son calme. L’athlète de bientôt 25 ans a connu une excellente préparation automnale, partageant son temps entre le Stelvio, en Italie, Saas-Fee et Zermatt, en Suisse.

« Au total, ce n’était pas des millions de jours de ski, mais c’étaient toutes des journées de qualité. Je n’en ai pas manqué une, tout s’est bien déroulé. C’est pour ça que c’est mieux que l’année passée. » Son seul regret : les conditions molles imposées par la météo.

Comme la majorité des athlètes du circuit, elle s’est cependant fait brasser la cage plus tôt cette semaine lors de trois jours d’entraînement à Val Senales, de l’autre côté de la frontière, en Italie.

« C’était juste vraiment rough, bosselé et glacé. Ça faisait mal un peu partout. Les parcours étaient très tournants. Je n’ai donc pas eu de bons feelings. De ce que j’ai entendu, c’était la même chose pour toutes les autres athlètes qui étaient là-bas. »

Blessée à l’entraînement en super-G aux Mondiaux de 2019, Grenier n’a toujours pas renoué avec les épreuves de vitesse, hormis sa participation aux Championnats du monde de Cortina, où elle n’a pas terminé le super-G. La saison dernière, elle a vécu un « blocage mental » quand est venu le temps de s’y remettre à l’entraînement. Le problème est réapparu à l’automne.

PHOTO MARCO BERTORELLO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Valérie Grenier, en janvier 2021, lors de l’étape de la Coupe du monde du Plan de Corones, en Italie

« Aussitôt que je suis un peu hors de contrôle, je ne me sens pas bien et je dois arrêter. J’essaie de trouver le juste milieu parce que je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose d’être consciente des risques que je cours. Mais en ce moment, c’est comme trop. »

Reprendre confiance

La pilule est difficile à avaler pour l’ancienne championne mondiale junior de descente, qui était reconnue pour n’avoir jamais froid aux yeux. Pour pallier le problème, elle a commencé à travailler avec un préparateur mental.

On a beaucoup parlé pour essayer de trouver ce qui me fait peur précisément. Je fais beaucoup de visualisation. Je pense qu’on a trouvé quelques solutions. J’ai une perspective différente et ça regarde bien.

Valérie Grenier

Elle n’aura que deux jours d’entraînement en vitesse dans le Colorado avant de décider si elle s’alignera en super-G à Lake Louise, au début de décembre. « Ça pourrait peut-être me donner la chance de reprendre de la confiance. »

La native de Saint-Isidore écarte d’emblée une participation au super-combiné des JO de Pékin, qui inclut une manche de descente. À PyeongChang, elle avait terminé sixième à cette épreuve, soit le meilleur résultat canadien en Corée du Sud. « Je ne planifie pas de faire de descente avant un bout. Malheureusement, le combiné, ce ne sera pas pour moi cette fois-ci. »

Grenier se concentre donc sur le géant, où elle espère se glisser parmi les 15 premières au classement cumulatif de la Coupe du monde. Elle a fini 24e en 2021, un sommet personnel.

Et pourquoi pas un premier podium ? La principale intéressée aborde elle-même le sujet, mais du bout des lèvres.

« Je n’aime pas le dire vu que mon meilleur résultat est une 11place il y a deux ans, même trois, s’explique-t-elle. Je trouve que ça sonne bizarre, tiré par les cheveux. En même temps, je sais que j’en suis capable. Je m’en suis rapprochée l’an passé. Peut-être pas nécessairement un résultat complet, mais pendant une descente. J’y crois donc vraiment. »

C’est déjà une grande étape.

Mommy Valérie

À seulement 24 ans, 25 la semaine prochaine, Grenier sera néanmoins le vétéran de l’équipe canadienne à l’épreuve féminine de la Coupe du monde de Sölden. Ses deux coéquipières, l’Albertaine Britt Richardson et la Britanno-Colombienne Cassidy Gray, n’ont respectivement que 18 et 20 ans. À la blague, Grenier se fait donc appeler mommy, comme elle-même surnommait Marie-Michèle Gagnon à l’époque. La représentante du club de Mont-Tremblant est heureuse de jouer la grande sœur. « J’étais un peu trop habituée à être toujours la plus jeune ou avoir Mitch, Erin [Mielzynski] ou même Marie-Pier Préfontaine dans le temps. J’avais toujours quelqu’un en haut de moi. Je ne disais pas grand-chose, je ne prenais pas vraiment de décisions. Ça m’oblige à en prendre plus et à m’exprimer davantage. C’est cool. C’est un rôle différent et j’aime ça. »