(Garmisch-Partenkirchen, Allemagne) Quand elle a vu un « 3 » sur le tableau indicateur, Marie-Michèle Gagnon a d’abord cru avoir fini 13e, comme la semaine passée à Crans-Montana.

Mis à jour le 30 janv. 2021
Simon Drouin
Simon Drouin La Presse

Non, elle a bel et bien fini troisième du super-G de Garmisch-Partenkirchen, samedi, son premier podium en Coupe du monde depuis sa victoire en combiné cinq ans plus tôt en Andorre.

« Waouh ! Je ne m’attendais pas à ça ! », a réagi la skieuse de Lac-Etchemin, tout sourire devant la caméra dans l’aire d’arrivée.

Au téléphone une heure plus tard, entre sa soupe et son risotto, Gagnon avait plus envie de parler que de manger.

Ce premier podium depuis qu’elle a choisi de se consacrer aux disciplines de vitesse (super-G et descente), il y a quatre ans, elle le convoitait avec impatience. D’autant qu’elle a raté une saison complète, dont les Jeux olympiques de PyeongChang, après s’être gravement blessée à un genou à la fin d’une descente d’entraînement à Lake Louise en novembre 2017.

PHOTO CHRISTOF STACHE, AGENCE FRANCE-PRESSE

« Je suis vraiment, vraiment contente, a admis l’athlète de 31 ans. Je suis fière de m’en être tenue à ma décision, de ne pas avoir capoté. C’est sûr que ça a été plus difficile que je le pensais d’arriver en vitesse avec la blessure à Lake Louise. Ça m’a beaucoup retardée dans ma progression en vitesse. Mais je n’ai aucun regret, évidemment. »

Je savais que j’avais le potentiel de faire des podiums en super-G. Ce n’est qu’un début pour moi.

Marie-Michèle Gagnon

Parties parmi les 10 premières, la Suissesse Lara Gut-Behrami (1 min 15,70 s), grande favorite, et la Norvégienne Kajsa Vickhoff Lie (1 min 16,38 s) occupaient les deux premières positions quand la Québécoise s’est élancée avec le dossard no 29. Elle craignait que le temps doux en Bavière n’ait trop entamé le parcours Kandahar 1, qui devait à l’origine accueillir une descente samedi. Le sel épandu par les organisateurs durant la nuit a cependant bien fonctionné.

Tout de même, Gagnon craignait d’avoir un peu trop barré les skis à l’entrée de la dernière section pentue, baptisée Hell (enfer).

« J’ai sacré les breaks, comme on dit en québécois… J’ai commencé le virage un peu trop tard parce que je suis arrivée plus vite que je le pensais. J’ai perdu beaucoup de vitesse. Mais d’autres filles ont fait ça aussi. Ce n’était pas facile comme porte. Quand j’ai regardé [le tableau], je m’attendais à finir dans le top 15 ou quelque chose dans le genre. Là j’ai vu “3”. Je me suis dit : “C’est quoi, 13e encore ?” Non, je ne voyais que “3”… Oh my God ! Wow ! »

Seule Canadienne en lice, Gagnon a franchi la ligne avec un retard de 93 centièmes sur Gut-Behrami, qui a signé une troisième victoire de suite en super-G. Par sept centièmes, le produit du club du mont Orignal a délogé du podium l’Italienne Sofia Goggia, meneuse du classement de la descente.

Pour voir sa descente complète : https://www.youtube.com/watch?v=Lq5oYA-g8Zc

« Aujourd’hui, je n’ai rien fait de spécial, a précisé Gagnon. C’était une belle manche, mais je fais ça tous les jours à l’entraînement. Je me sens très bien sur mes skis. J’ai skié à 85 % de mon maximum. C’est un pourcentage parfait pour l’instant. Avant les courses à Crans-Montana (13e et 11e), j’avais eu plusieurs sorties de piste d’affilée. Ça me prenait quelques résultats pour me redonner un peu de confiance. Juste du beau ski sur la trajectoire, à 70 %, sans vraiment attaquer. J’étais d’ailleurs surprise de finir près du top 10 avec ça. »

Elle a ainsi décroché le cinquième podium de sa carrière en Coupe du monde, amorcée en décembre 2008. En plus de deux victoires en combiné, elle avait terminé deux fois troisième en slalom, son ancienne discipline de prédilection (6e au classement de 2014).

Sa décision de se convertir à la vitesse avait un peu fait sourciller.

Moi, je savais que le super-G me convenait bien durant toute ma carrière. Mes meilleurs résultats étaient en super-G quand je me suis classée dans ma première équipe nationale à 17 ans. Je me suis cassé une jambe et ils m’ont mis en technique quand je suis revenue. Je savais que j’avais le potentiel.

Marie-Michèle Gagnon

Ce podium est le premier pour l’équipe canadienne de ski alpin depuis la deuxième place de Roni Remme au combiné de Crans-Montana en février 2019. En super-G féminin, le dernier podium remontait à la victoire de la Britanno-Colombienne Emily Brydon à Saint-Moritz en… 2008.

Seule Canadienne en vitesse cette saison, Gagnon avait dû se battre au printemps pour obtenir du soutien de l’équipe canadienne, aux prises avec un budget serré. Les membres du nouveau conseil d’administration ont pigé dans leurs poches pour financer une petite structure de vitesse féminine et embaucher un entraîneur, l’Italien Hansjörg Plankensteiner.

Ce dernier a joué un rôle majeur durant la séquence plus difficile au début du mois. « Il m’a gardé en confiance, a noté Gagnon. Même si on avait des sorties de piste, ce n’était pas la fin du monde. Il m’a dit de continuer de croire en moi. Il est super bon avec le côté psychologique. »

Désormais huitième au classement de la discipline, Gagnon partira 16e du deuxième super-G prévu ce dimanche. Une dernière occasion de se préparer en vue des Championnats du monde de Cortina d’Ampezzo, qui s’ouvriront le 8 février avec un combiné.

« C’est vraiment cool, c’est super pour la confiance. Ça ne me met pas de pression non plus. J’en sentirais si ça me prenait une descente parfaite pour monter sur le podium. Aujourd’hui, ce n’était pas parfait. C’est encourageant et j’ai hâte de voir. C’est toujours bon d’arriver avec de la confiance dans une série de courses. »

Allez, le risotto va refroidir…