Après une préparation minimale sur la glace, Laurent Dubreuil commencera enfin sa saison en fin de semaine à la Coupe du monde d’Heerenveen

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Laurent Dubreuil n’a pas oublié l’hiver 2015, l’un des plus froids des dernières années au Québec. Il avait passé le mois de janvier à s’entraîner par des températures glaciales sur l’anneau Gaétan-Boucher, à Sainte-Foy. Quelques semaines plus tard, il a remporté la première médaille de sa carrière aux Championnats du monde.

Cette préparation « sous-optimale » n’a cependant rien de comparable à ce qu’il s’apprête à faire à partir de vendredi aux Pays-Bas.

« On s’est déjà présentés à des compétitions dans des conditions difficiles, mais ce n’est rien comme là, a-t-il constaté en entrevue mardi. Patiner à -25, on va se le dire bien franchement, c’est de la m... C’est quand même bien mieux que de ne pas patiner du tout ! »

Comme tout le monde sur la planète, le patineur de vitesse a eu à composer avec les aléas de la pandémie. Mais les Canadiens ont dû surmonter un obstacle supplémentaire : un bris mécanique à l’anneau olympique de Calgary, leur principal lieu d’entraînement, qui restera fermé au moins jusqu’au mois de mai.

Quand il posera les lames sur la ligne de départ du 500 m de la Coupe du monde d’Heerenveen, samedi, Dubreuil n’aura donc dans les jambes qu’une vingtaine de séances sur un ovale de 400 m depuis mars. Comment évalue-t-il ses chances de remporter une médaille dans de telles circonstances ?

« Je ne sais pas, mais j’y crois, a-t-il assuré. Dans une saison normale, je serais clairement parmi les favoris avec mes résultats de l’an dernier et les temps que j’ai réussis. Je dirais donc 10 %. Il y a une chance aussi que je finisse 18e, j’imagine. Le spectre de résultats possibles est beaucoup plus large que d’habitude. »

Sept podiums en huit départs

PHOTO PATRICE LAROCHE, ARCHIVES LE SOLEIL

Laurent Dubreuil a besoin de la compétition pour se mesurer aux autres et entretenir sa motivation.

Deuxième Québécois après Gaétan Boucher à remporter une médaille aux Mondiaux sprint (argent), Dubreuil a terminé la dernière saison sur une séquence de sept podiums en huit départs. Son autre résultat ? Une cinquième place. Dans le contexte actuel, l’athlète de Lévis ne s’attend pas à afficher la même constance d’entrée de jeu.

Quand Patinage de vitesse Canada lui a offert l’occasion de participer à deux étapes de Coupe du monde et aux Championnats du monde dans une bulle aux Pays-Bas au cours des quatre prochaines semaines, il n’a pas hésité une seconde. Dubreuil a besoin de la compétition pour se mesurer aux autres et entretenir sa motivation.

« Je suis content d’être ici, je patine tous les jours. Le moral ne pourrait être mieux en ce moment. »

Les gens parlent des Jeux olympiques. Oui, j’ai hâte d’y aller, mais quand je m’entraînais l’été dernier, je n’y pensais pas. Un an et demi, c’est trop loin. Mentalement, j’ai besoin de quelque chose de plus proche pour rester dans le coup. La carotte, il faut que je puisse la voir.

Laurent Dubreuil

Le vétéran Alex Boisvert-Lacroix, spécialiste du 500 m, Valérie Maltais, qui s’élancera dès vendredi à la poursuite par équipes et au départ de groupe, et la jeune Béatrice Lamarche (500 m, 1000 m, 1500 m), dans le programme NextGen, sont les trois autres Québécois dans la délégation canadienne à Heerenveen. L’entraîneur Gregor Jelonek est également du groupe. Antoine Gélinas-Beaulieu, médaillé de bronze des derniers Mondiaux, a préféré déclarer forfait, comme l’autorisait la fédération.

Sécurité absolue

Arrivé la semaine dernière, Dubreuil fait état de conditions optimales dans la bulle néerlandaise. Les athlètes, les entraîneurs et le personnel de soutien sont répartis par pays dans trois hôtels à proximité du Thialf, le mythique aréna.

Mercredi, tout le monde s’est soumis à un troisième test de dépistage de la COVID-19 depuis l’entrée aux Pays-Bas. Jusqu’à maintenant, aucun cas positif n’a été détecté.

« On ne sort pas, je ne vois pas comment il pourrait y avoir des cas. C’est bien organisé, c’est solide, mais on ne se sent pas comme dans une prison. »

Le Canada a ajouté une couche de sécurité en isolant chacun de ses représentants dans une chambre individuelle. Les athlètes portent également le masque à l’entraînement sur la patinoire, une pratique observée par un ou deux autres pays, selon ce que Dubreuil a constaté.

Si les Championnats du monde sont sa priorité à la fin du séjour (du 11 au 14 février), il n’aborde pas les deux Coupes du monde comme une simple préparation. « Je veux être bon tout de suite, mais je me donne droit à l’erreur », a précisé le médaillé de bronze au 1000 m l’hiver dernier aux Mondiaux de Salt Lake City.

Sur le plan physique, il sait qu’il a encore fait des gains durant l’entre-saison. L’absence de compétitions représente son principal handicap. Les Européens, par exemple, sortent de leur championnat continental, tenu le week-end dernier à Heerenveen. Dubreuil redoute particulièrement la rouille au 500 m, qu’il compare souvent au 100 m en athlétisme.

« Le mouvement pour le sprint en patin est trop agressif, trop explosif, pour espérer l’exécuter parfaitement si tu n’en as pas fait en course auparavant. C’est mieux pour les gens de longue distance. Un 5000 m, c’est vraiment similaire à faire des tours à l’entraînement. Ce n’est pas une question de temps de réaction. »

À 29 ans, Dubreuil peut penser aborder la période la plus faste de sa carrière. Malgré la situation actuelle, il refuse de baisser la barre. « Je crois en mes chances. Je ne serais pas ici si je n’y croyais pas. »