Le Québécois Nicolas Laframboise est prêt à suivre les traces de ses idoles Sébastien Toutant, Maxence Parrot et Mark McMorris, avec qui il lancera sa saison de planche à neige samedi en Autriche

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Quand François Hamelin a rencontré Nicolas Laframboise pour la première fois, il lui a spontanément demandé s’il ne devait pas être à l’école en cet après-midi de semaine.

Le jeune homme a rappelé à celui qui allait devenir son agent qu’il avait 18 ans et que son secondaire était fini depuis déjà un moment. Il pouvait maintenant se consacrer à temps plein à sa passion, la planche à neige.

« Il avait le feu en lui », se souvient Hamelin, ancien patineur de vitesse qui dirige sa propre firme de marketing sportif, Balboa Sport. « Il veut tellement. Il ne vit que pour le snowboard. Il veut en faire toute sa vie. Il n’a pas de plan B. »

À 5 pi 2 po, 125 lb et un visage de gamin, Laframboise peut bien passer pour un élève du secondaire. Encore aujourd’hui, à 20 ans.

Mais dans le monde de la planche à neige, il est loin de faire figure de lilliputien, même dans un pays qui a produit des géants comme Sébastien Toutant, Maxence Parrot ou Mark McMorris.

L’an dernier, à sa première véritable saison en Coupe du monde, il a remporté l’épreuve de grand saut à Modène, devançant d’ailleurs McMorris. Un mois plus tard, il a confirmé que ce coup d’éclat n’était pas attribuable à la chance, terminant deuxième de l’épreuve d’Atlanta, disputée dans le stade des Braves.

À la fin de la saison écourtée par la pandémie de COVID-19, l’athlète de Saint-Jean-sur-Richelieu a fini deuxième au classement cumulatif.

Au-delà de ses espérances ? « C’est sûr que oui », a admis Laframboise depuis l’Autriche, où il commencera la prochaine campagne samedi.

« La première fois, ça surprend. Je me rappelle la première fois que j’ai gagné une compétition nationale, je ne m’y attendais pas. C’était comme : wow ! C’est toujours surprenant quand tu ne l’as jamais fait. Tu te dis : je suis capable. Mais entre être capable et le faire, c’est une autre affaire. »

Depuis l’âge de 6 ans

Suivant les traces de son grand frère, il a commencé à pratiquer le snowboard à l’âge de 6 ans, à Bromont. Ce n’est qu’à 12 ans, après avoir abandonné le hockey, qu’il s’y est mis à fond.

Quatre ans plus tard, Max Hénault l’a remarqué lors d’une compétition à Mont-Gabriel. Comme Hamelin, l’entraîneur a été séduit par la fougue de Laframboise.

« Je trouvais qu’il avait vraiment de la drive », relate celui qui a travaillé avec Toutant, Parrot, McMorris et Laurie Blouin. « Il n’avait pas nécessairement gagné ou bien fait, mais entre les sauts, il avait l’air motivé à l’os. Il fonçait. »

Peu de temps après, Laframboise emménageait dans la « Team House » du centre Maximise, fondé par Hénault en 2013. Sur les pentes du mont Castor, une ancienne station de ski de Saint-Agathe-des-Monts, il a aménagé un lieu unique où les athlètes peuvent s’exercer 12 mois par année grâce à des rampes en plastique et à un immense coussin gonflable.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Nicolas Laframboise au centre Maximise de Saint-Agathe-des-Monts

Laframboise s’y est entraîné tous les jours pendant deux ans et demi. « Nic et moi, on a développé une super belle relation, indique Hénault. C’est un travaillant. Ça lui tente. C’est un nerd du snowboard. Il connaît tout, il est informé. »

Quand son protégé s’est imposé à Modène, il y a un an, le coach n’a pas été si surpris. Comme plusieurs jeunes talentueux, Laframboise n’attendait qu’une chance de se faire valoir.

« Souvent, ces athlètes arrivent avec le couteau entre les dents. Ils regardent les trucs que les gars font et ils se disent, crime, j’aurais pu gagner celle-là ! À un moment donné, ils lui ont donné un spot. »

Laframboise a grandi en admirant les Toutant, Parrot, McMorris et compagnie. Cette semaine, il est avec eux en prévision de la Coupe du monde de grand saut de Kreischberg, prévue samedi. Auparavant, il les avait accompagnés en stage au Yukon et à Calgary.

« Ce sont comme mes idoles. C’est vraiment le fun pour moi de pouvoir compétitionner avec eux, d’être à l’hôtel avec eux. Ce sont rendus mes amis, c’est vraiment cool. Côté snowboard, ça me motive. »

Je ride avec mes idoles. Ils m’aident si je fais une affaire pas correcte. Pour vrai, ils sont très gentils.

Nicolas Laframboise

N’empêche, celui qui se décrit comme le « p’tit nouveau » sera en lutte directe avec ces trois médaillés de PyeongChang pour tenter de se qualifier pour les Jeux olympiques de Pékin en 2022.

La présence simultanée des trois vedettes canadiennes en Autriche n’est pas le fruit du hasard. L’épreuve de Kreischberg sera la première à compter dans le processus de sélection.

Sélection olympique

Avec l’incertitude provoquée par la pandémie de COVID-19, chaque compétition revêt encore plus d’importance. Déjà, des évènements ont été annulés ou reportés. L’accès aux X Games d’Aspen, prévus du 29 au 31 janvier, est réservé à un nombre restreint d’athlètes, dont Parrot, Toutant et McMorris.

Laframboise, lui, devra suivra les X Games à distance, comme la prochaine Coupe du monde de slopestyle de Laax, en Suisse. Dans les circonstances — et avec une limite de quatre compétiteurs par pays à Pékin —, il aura fort à faire pour décrocher sa sélection olympique.

Il croit néanmoins en ses chances. « Si tu comptes vite, Seb, Maxence et Mark, ça en fait trois qui seront vraiment, vraiment durs à déloger. C’est sûr qu’en étant Canadien, ça rend la tâche un peu plus difficile. Mais je pense que ce n’est pas impossible. Faire l’équipe olympique, ce serait vraiment cool. C’est sûr, ce serait mon but ultime. »

Hénault calcule qu’il fait déjà partie des cinq meilleurs Canadiens. « Sans donner de noms, quelques-uns se font vieux et risquent de ne pas faire la coupe. Ce n’est qu’une question de points et d’opportunités de compétitionner. »

À Kreischberg, Laframboise espère pouvoir exécuter un nouveau saut pour lui, le cork 1620, soit un triple saut périlleux avec une rotation et demie. Sa petite taille est un avantage, car elle lui confère un centre de gravité très bas, souligne-t-il.

« Je suis capable de tourner plus vite. Mais parce que je suis moins lourd, j’ai plus de misère avec la vitesse pour prendre les sauts. Ça arrive que je sois un peu plus juste que des gars de 170 lb qui ont plus de facilité. »

Les qualifications féminines, auxquelles participera Blouin, auront lieu jeudi. Les finales pour les deux sexes seront présentées samedi.

Nicolas Laframboise en bref

PHOTO FOURNIE PAR CANADA SNOWBOARD

Nicolas Laframboise en action

Âge : 20 ans
Ville d’origine : Saint-Jean-sur-Richelieu
Classement à la Coupe du monde 2020 : 2e au grand saut
1er au grand saut, Coupe du monde de Modène
2e au grand saut, Coupe du monde d’Atlanta
4e au grand saut, Coupe du monde de Cardrona (Nouzelle-Zélande)
14e en slopestyle, Coupe du monde de Mammoth Mountain
19e en slopestyle, Coupe du monde de l’Alpe de Siusi