Une petite neige, des boutiques de sport dévalisées, des stations qui ouvrent peu à peu… Ça sent l’hiver.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Avant de devenir une icône de la planche, Sébastien Toutant aurait été excité comme une puce à l’idée de sauter sur sa planche rangée depuis le printemps. Les temps ont changé pour le champion olympique de grand saut.

Depuis une quinzaine d’années, il voyage aux quatre coins du globe pour pratiquer son sport pendant l’été. Mais en cette année de pandémie, il a dû se contenter du golf et de la préparation physique générale. De quoi soigner les petits bobos et s’ennuyer de la neige.

Toutant a renoué avec son élément dans le cadre d’un stage avec l’équipe canadienne, le mois dernier, au Yukon.

« Ça faisait pratiquement huit mois que je n’avais pas fait de snow », a calculé « Seb Toots » en entrevue mercredi après-midi. « Je ne m’étais jamais arrêté aussi longtemps. Ça a vraiment fait du bien de retourner sur la neige. »

L’athlète de 28 ans a comparé son état d’esprit à l’époque où il était ado et qu’il attendait la fin des classes pour sauter sur sa planche lors des premières fins de semaine de l’hiver.

« C’est toujours super excitant. Ça fait longtemps que je suis dans le domaine de la compétition. Mes saisons se ressemblent. Ce n’est pas nécessairement bon de s’arrêter très longtemps, mais j’ai quand même réussi à me garder en forme. J’ai guéri à 100 % de mes blessures. »

Après avoir fait de la boxe pendant le premier confinement et s’être mis à la course à pied et au vélo, il a beaucoup gagné en endurance. Récemment, il a repris du muscle grâce à la nouvelle cage à squat d’un ami et à des poids enfin considérables. « Ça fait du bien de combiner le cardio avec la masse musculaire. Je me sens super bien. En plus, avec le snow, c’est comme si les deux mondes reviennent ensemble. »

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Sébastien Toutant aux Jeux olympiques de PyeongChang, en février 2018

Toutant n’a pas mis de temps à retrouver ses marques sur la neige.

« Au contraire, on dirait que tout est revenu assez vite. J’ai réussi à pratiquer toutes les figures que je faisais auparavant. Avec le retour des compétitions, j’étais dans l’optique de vouloir en faire plus. Non, je ne pense pas en avoir perdu, tant mentalement que physiquement. »

Je me sentais très allumé, ce qui est un bon signe.

Sébastien Toutant

Absent des circuits depuis sa fracture à trois côtes sur une violente chute aux X Games, à la fin de janvier, le planchiste québécois a trois évènements dans son viseur pour le mois prochain : les Coupes du monde de Kreischberg (big air) et de Laax (slopestyle) avant les X Games d’Aspen.

Toutant ne prend pas cette saison préolympique à la légère. « Personne n’est officiellement sûr d’aller aux Jeux, a-t-il rappelé. Même si j’ai gagné une médaille d’or aux derniers Jeux, je n’ai pas de passe-droit. Je me bats pour pouvoir représenter mon pays. Avec un maximum de quatre représentants pour le Canada, on est au moins sept bons riders à avoir le potentiel. Ce n’est pas facile de faire sa place. »

L’évolution des conditions sanitaires apporte son lot d’incertitudes. La semaine dernière, la Fédération internationale de ski a annoncé l’annulation des Championnats du monde prévus en février sur le site olympique de Pékin. Aux X Games, qui se dérouleront sans spectateurs, les invitations pourraient être limitées à 90 athlètes professionnels.

« Bien des choses sont susceptibles de changer, a souligné le double médaillé d’or. On verra au jour le jour. »

Short Notice

Engagé jusqu’aux Jeux de 2022, où il veut s’illustrer tant en descente acrobatique qu’au grand saut, Toutant décidera de la suite de son avenir compétitif sur la base de ses résultats. Le hors-piste l’attire de plus en plus.

J’ai toujours voulu être le rider le plus complet, et c’est la facette où j’ai encore le moins d’expérience.

Sébastien Toutant

Le tournage de films est un autre domaine où il souhaite pouvoir développer sa créativité. En attendant de créer le sien de A à Z, il a lancé mercredi Short Notice, œuvre collective dirigée par Maxime Trudel et Sébastien Gagnon et tournée à 80 % au Québec l’hiver dernier.

Toutant est particulièrement fier d’une manœuvre exécutée sur la fameuse rampe d’escalier « Red Ledge » (devenue grise !) au parc de la Chute-Montmorency.

« C’est un truc assez technique, assez épeurant sur ce set-up-là. C’est un endroit iconique où il y a eu beaucoup de trucs à travers les années. C’est souvent plus dur de retourner à un endroit comme ça et de faire quelque chose qui n’a jamais été réussi. »

À voir en attendant la véritable arrivée de l’hiver (vers 21 min 15 s).