L’été dernier, Kim Boutin s’est entraînée aux Pays-Bas en vue d’une saison de patinage de vitesse sur courte piste où elle visait gros. Force est d’admettre que les derniers temps ont été aux antipodes de cette préparation, alors que la Sherbrookoise rechausse ses patins avec un tout autre état d’esprit.

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Elle a rapidement tourné la page sur la frustrante annulation des Championnats du monde prévus à Séoul en mars dernier, elle qui était complètement épuisée au printemps.

« Au début, ç’a été difficile. J’ai eu une super belle saison et mon objectif a toujours été de me préparer pour les Championnats du monde. J’aurais voulu courser et voir ce que j’aurais pu donner après une telle année. »

En 2019, un séjour d’une semaine à Heerenveen pour s’entraîner lui a permis de constater qu’elle était très craintive à son égard et qu’elle se créait beaucoup d’inquiétude. Au final, cet entraînement, tenu dans un nouvel environnement, lui a servi de véritable « coup de fouet ».

L’athlète de 25 ans a ainsi commencé la saison avec un record du monde au 500 m, devenant la première femme à stopper le chronomètre sous la barre des 42 secondes sur cette distance. Elle a conclu le calendrier des Coupes du monde avec neuf médailles individuelles, dont sept d’or, sans oublier celles gagnées au relais féminin. Les succès qu’elle a connus ont mis beaucoup de pression sur ses épaules.

« Ç’a été une saison très exigeante pour moi vu les objectifs que je m’étais fixés et les résultats que j’avais obtenus. Tu atteins un résultat, tu veux toujours le reproduire et ça devient éprouvant », mentionne celle qui a également dû composer avec une légère tendinite au genou gauche durant l’hiver.

Le confinement lui aura permis de réfléchir et de se poser des questions. À défaut de pouvoir s’exiler une fois de plus dans un autre pays pour s’entraîner, la triple médaillée des Jeux olympiques de PyeongChang a tout de même voulu définir les points qu’elle souhaitait améliorer, tant sur le plan sportif que sur le plan personnel.

« Dans le sport de haut niveau, une fixation se crée sur la performance et je considère que l’an dernier, je me suis un peu perdue à travers ça. J’ai l’impression que j’ai pris une certaine distance et que j’ai eu les réflexions qu’il me fallait pour me ressourcer. »

« J’avais besoin de glisser ! »

L’équipe nationale de patinage de vitesse sur courte piste a récemment renoué avec la pratique de son sport. Les athlètes sautent sur la glace une fois par jour à Châteauguay et effectuent un entraînement supplémentaire, en salle ou à l’extérieur.

« Ça fait du bien de retoucher à la glace ! Après deux jours, on se sentait bien et les sensations sont revenues rapidement », dit Boutin, ravie de retrouver ses coéquipières après plusieurs mois à s’entraîner seule à la maison, ce qui l’a obligée à réaménager son domicile avec de l’équipement prêté par son équipe.

Malgré un calendrier inconnu et la situation toujours évolutive de la COVID-19, Boutin demeure motivée et réussit à se fixer des objectifs.

« J’y vais étape par étape et j’utilise ce moment-là pour me recentrer sur les bases. On reprend avec beaucoup d’intensité et on est bien challengés par notre programme. C’est stimulant pour le moment de retourner sur la glace, peut-être que ça va changer dans deux mois, mais je suis assez positive pour le moment.

« Prendre du recul, ça nous aide à mieux nous propulser par la suite. »

Une nouvelle bouleversante

La communauté du patinage de vitesse sur courte piste est en deuil. La Néerlandaise Lara van Ruijven est morte le 10 juillet dernier, à l’âge de 27 ans, ayant succombé à une maladie auto-immune qui a provoqué des hémorragies internes, particulièrement au cerveau, selon la Fédération néerlandaise de patinage de vitesse.

PHOTO JEFF MCINTOSH, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Lara van Ruijven

À peine deux semaines plus tôt, Boutin échangeait avec cette dernière. « On s’était écrit pour savoir comment on allait et ce qu’on faisait. Je l’ai côtoyée lorsque je suis allée aux Pays-Bas et Lara était une athlète très positive, il n’y avait rien de négatif chaque fois que je lui parlais. C’est vraiment dommage, ce qui est arrivé si subitement », a confié la Québécoise, émue.

L’an dernier, Van Ruijven était devenue la première représentante des Pays-Bas à décrocher un titre mondial en remportant l’or au 500 m. Elle avait également gagné le bronze au relais féminin des Jeux olympiques de 2018.

« On est montées plusieurs fois sur des podiums ensemble. La rivalité entre nos deux pays existe depuis toujours, mais c’est une rivalité saine sur la glace comme à l’extérieur. Ce sont des moments tristes et on remarque que c’est de la famille. On se rend compte à quel point la vie est fragile, alors il faut prendre soin de nous. »