L’ouverture du nouvel anneau intérieur de patinage de vitesse de Québec est repoussée au printemps 2021. Les athlètes d’élite en mesurent l’impact.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

David La Rue avait déjà fait ses plans. En juillet, il déménageait à Québec en prévision de l’ouverture du nouveau Centre de glaces. Le report de quelques mois, dû à la pandémie, force le patineur de vitesse à la réflexion.

Espérée avant la fin de l’automne, qui s’étire jusqu’au 20 décembre, l’ouverture de l’anneau couvert est plutôt remise à mai, annonçait la Ville de Québec, maître d’œuvre du projet, la semaine dernière. Le chantier de construction a été paralysé pendant deux mois durant le confinement.

Originaire de la Rive-Sud de Montréal, où il a d’abord pratiqué le patinage de vitesse sur courte piste, La Rue avait très hâte de s’installer à Québec pour se consacrer à temps plein à l’entraînement sur longue piste. En 2018, il s’était rapidement fait un nom dans cette spécialité en devenant champion du monde junior du départ en groupe, en plus de gagner l’argent au 1500 m.

« Je ne sais pas encore ce que je vais faire parce que les conditions sont trop incertaines », a expliqué La Rue la semaine dernière.

L’athlète de 21 ans est partagé entre trois options : aller de l’avant avec son déménagement à Québec, où il est déjà inscrit à l’Université Laval ; s’expatrier à Calgary, où il pourrait patiner à temps plein en longue piste ; ou rester à Montréal et poursuivre une bonne partie de sa préparation au Centre régional canadien d’entraînement de courte piste (CRCE), à l’aréna Maurice-Richard.

« Il faut quand même que je patine en longue piste pendant l’année. Est-ce que ce serait mieux d’aller à Calgary ? On passe déjà trois ou quatre mois en camp là-bas. On ne sait pas trop comment pourront se faire les déplacements en avion. Plusieurs options s’offrent à moi.

Ça ne me stresse pas trop parce que je suis habitué à me retrouver dans des situations d’incertitude.

David La Rue

Pour son collègue Alex Boisvert-Lacroix, lui aussi rattaché au CRCE, l’enjeu est moindre. Comme pour tous les patineurs de longue piste canadiens, l’essentiel de sa préparation présaison se déroule à Calgary.

« Pour une fois, j’aurais pu passer Noël au Québec, mais à part ça, c’est exactement la même préparation cet automne avec trois camps autour des mois d’août, septembre et octobre, a dit celui qui a renoué avec le podium en Coupe du monde la saison dernière. Au total, durant la saison, j’aurais passé deux, trois semaines à Québec. Ça n’a pas un gros un impact sur mon plan. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Alex Boisvert-Lacroix

Laurent Dubreuil abonde en ce sens, même s’il aurait bien sûr préféré avoir accès à un anneau à proximité de la maison. L’anneau extérieur Gaétan-Boucher a été fermé dès le début de la construction du nouveau centre en 2018.

Pour le troisième hiver de suite, il devra donc se contenter de l’anneau réfrigéré des plaines d’Abraham, où il se rend parfois pour s’exercer à des départs. L’équipement est non réglementaire et la qualité de la glace est trop inégale pour un patineur d’élite.

« On était habitués à revenir à la maison et patiner dehors dans des conditions exécrables, a souligné le natif de Lévis. Depuis deux ans, on ne patine juste plus pantoute quand on revient. Ça ne m’a pas empêché de connaître la meilleure saison de ma carrière l’an dernier, même si j’avais fait le moins de jours de patinage de ma vie [il a aussi été blessé]. Ça ne me stresse pas du tout que l’anneau ne soit pas ouvert. »

Comme pour ses collègues, le médaillé de bronze du 1000 m aux derniers Mondiaux pense surtout à l’été 2021, qui servira de rampe de lancement pour les sélections des Jeux olympiques de Pékin, programmés l’hiver suivant.

« On pourra alors rester à la maison et patiner plus longtemps et plus tôt dans l’été », a anticipé Dubreuil, 27 ans.

« Deux heures de route par rapport à quatre heures et demie d’avion, a renchéri Boisvert-Lacroix, 33 ans. Ça fera beaucoup moins mal au portefeuille et ce sera beaucoup moins exigeant en termes de temps. »

« On repart de presque zéro »

Le directeur général de la Fédération de patinage de vitesse du Québec (FPVQ) prévoit que les athlètes pourront faire usage du nouveau centre de 68 millions dès l’été 2021. « À moins d’une catastrophe ou d’une nouvelle COVID, je suis convaincu qu’on sera correct pour l’ensemble de la saison 2021-2022 », a affirmé Robert Dubreuil, le père de Laurent.

À l’origine du projet, né il y a plus de 15 ans, le DG convient que les trois ans sans anneau à Québec auront un impact sur la discipline du longue piste, en particulier pour la prochaine génération.

« Quand on va relancer tout ça, on repart de presque zéro, a-t-il prévenu. C’est évident qu’il y aura un trou, mais ce n’est pas le petit délai additionnel qui change vraiment la donne. […] On savait que ce serait tout un défi de maintenir la flamme. Mais on espère que la qualité de l’infrastructure – ce sera un endroit incroyable – et l’important bassin d’athlètes en courte piste permettront de rattraper le temps perdu. »

Pour l’heure, la cohorte actuelle tient le coup avec neuf membres du centre national Gaétan-Boucher qui reçoivent un brevet de financement de Sport Canada. Aux derniers Jeux olympiques de PyeongChang, les Québécois formaient moins du quart de l’équipe canadienne (4 sur 19).

Avec le nouveau Centre de glaces, l’objectif de la FPVQ est de composer la moitié du contingent d’ici les Jeux de 2026 à Milan. Boisvert-Lacroix sera alors presque assurément retraité, mais Dubreuil et La Rue pourraient être du nombre.