Diplomate à la retraite, Charles-Robert Dionne était responsable des relations internationales pour la candidature de Québec en 1995. Vingt-cinq ans plus tard, il revient sur les raisons derrière la défaite de la Vieille Capitale. Une montagne trop petite, un référendum en arrière-plan, un scandale de corruption… Croit-il encore aux Jeux à l’ombre du château Frontenac ? Quasiment plus.

Gabriel Béland Gabriel Béland
La Presse

La montagne courte sur pattes

Charles-Robert Dionne était délégué du Québec à Atlanta au début des années 90. La ville américaine se préparait alors à accueillir les Jeux olympiques d’été de 1996. « Je me suis dit que si une ville comme Atlanta pouvait avoir les Jeux, Québec pourrait certainement les avoir. »

Mais quand il s’est retrouvé en 1994 vice-président aux affaires internationales de la Société des Jeux d’hiver Québec 2002, il s’est vite rendu compte que les choses ne seraient pas si faciles.

« On avait une épée de Damoclès au-dessus de la tête. On n’avait pas une piste pour la descente masculine. Ça, c’est l’épreuve reine. C’est l’équivalent du 100 m aux Jeux d’été », explique M. Dionne en entrevue.

Pour aller chercher les 800 m de dénivelé nécessaires, le comité a envisagé de « rehausser » de 100 m le cap Maillard, au Massif de Charlevoix. À 677 m, la montagne a le plus fort dénivelé de la région.

Mais rapidement, le diplomate de carrière a vu que cette idée était mal reçue à l’étranger. « Pour les membres du CIO, voir qu’on voulait agrandir une montagne, pour eux, ça dépassait l’entendement. C’était 100 m, ce qui n’est pas rien. »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Pour aller chercher les 800 m de dénivelé nécessaires, le comité avait envisagé de « rehausser » de 100 m le cap Maillard, au Massif de Charlevoix.

La Fédération internationale de ski (FIS) n’appréciait guère le faux plat dans la piste. Un faux plat, un dénivelé de tout juste 800 m… La FIS était loin d’être séduite.

La Fédération s’était même rendue en Gaspésie, voir le mont Albert, se souvient-il. « Là, on avait un dénivelé intéressant. Mais on est à plus de 500 km de Québec, dans un coin un peu perdu pour la communauté internationale des sports d’hiver. Ce n’était pas acceptable. »

En fin de compte, « la FIS était contre nous », tranche M. Dionne.

Un référendum en trame de fond

Le 12 septembre 1994, le Parti québécois est porté au pouvoir. Il avait promis de tenir un référendum sur la souveraineté s’il était élu. C’est dans ce contexte que le comité des Jeux de 2002 tente de vendre la candidature de Québec. Le vote décisif au Comité international olympique aura lieu en juin 1995.

Alors en congé sans solde du ministère des Relations internationales, Charles-Robert Dionne avait abordé la question avec Jacques Parizeau.

Même si j’étais en sans-solde, Parizeau, c’était mon patron. Et naturellement, il n’aimait pas entendre dire que le référendum jouait contre la candidature de Québec.

Charles-Robert Dionne, vice-président aux affaires internationales de la Société des Jeux d’hiver Québec 2002

Mais l’incertitude politique a nui au comité. Les Jeux olympiques sont attribués à une ville et à un pays en même temps, précise M. Dionne. « Si le Québec se séparait, ça changeait la donne. »

Sans compter que le gouvernement fédéral s’était engagé à payer une partie des coûts de l’organisation des Jeux. « Le gouvernement Parizeau avait donné des garanties de ce côté-là, mais pour les membres du CIO, il y avait un élément d’incertitude qui a joué en notre défaveur, c’est certain. »

La tenace Salt Lake

Devant elle, Québec avait tout un adversaire. Salt Lake City essayait pour la quatrième fois d’obtenir les Jeux. Charles-Robert Dionne avait passé une semaine là-bas et avait été impressionné par ce qu’il avait vu. « Ils avaient déjà 70 % des infrastructures prêtes. C’est énorme. Ils étaient prêts à tenir les Jeux. »

La ville gagnera d’ailleurs facilement le vote, avec 54 voix contre 7 pour Québec, bonne dernière des quatre villes en lice.

Mais cette victoire a été marquée par des allégations de corruption. Des membres du CIO ont été accusés d’accepter des pots-de-vin. Quatre enquêtes ont été menées sur les évènements. Deux membres du comité organisateur de Salt Lake City ont démissionné. Ce scandale a mené à des réformes au CIO.

« C’était leur quatrième fois. Ils connaissaient les ficelles du CIO, tellement bien qu’ils se sont pendus avec la corde », résume M. Dionne.

Le CIO avait une certaine culture financière et plusieurs villes avaient compris après plusieurs tentatives qu’il fallait jouer le jeu. Québec n’était pas prête à le faire.

Charles-Robert Dionne, vice-président aux affaires internationales de la Société des jeux d’hiver Québec 2002

Un rêve à oublier ?

Alors, croit-il encore que Québec pourrait un jour accueillir les Jeux ? Non. Ou en fait oui, mais avec une montagne.

« Oubliez Québec. Tant qu’on n’a pas de montagne, ça n’arrivera pas. Il faut se lier avec Lake Placid. Et si ça ne marche pas, too bad. On n’est pas malheureux pour autant. »

La candidature conjointe est le seul espoir, selon lui. Mais dans le contexte où Québec construit un système de transports en commun structurant, la ville a-t-elle des énergies à mettre sur une candidature olympique ?

Si la Vieille Capitale reprenait le dossier, elle aurait certainement des atouts. Elle possède déjà plusieurs équipements pour les sports de glace, notamment le Centre Vidéotron, note Charles-Robert Dionne.

Et la ville a un cachet qu’aucun milliard ne peut acheter. « Ce qu’on avait de plus que Salt Lake City, c’était le caractère de Québec. L’histoire, la culture, les restaurants, la joie de vivre… Les journalistes nous disaient : “On aimerait bien mieux que ce soit à Québec qu’à Salt Lake, où tout ferme à 20 h !” »

Mais sans montagne, autant oublier le rêve. « On a beau avoir la joie de vivre, ça ne change pas tout. »