Sébastien Toutant a compris depuis longtemps que sa carrière ne se limitait pas à ses exploits en compétition. Les vidéos et films qu’il diffuse sur les réseaux sociaux en ont fait une icône des sports extrêmes.

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Même cloîtré dans son condo de Repentigny, le champion olympique de planche à neige continue de divertir ses partisans en ces temps de pandémie.

Seulement, ses outils ont un peu changé : balles, rouleaux, mini-trampoline, haltères et bouteilles d’eau. Toutant se sert de tout ce qu’il a sous la main pour créer des parcours ludiques, mélangeant adresse et acrobaties, au gré du mobilier sur son chemin. Il diffuse ses vidéos chaque vendredi sur son compte Instagram, invitant ses plus de 300 000 abonnés à tenter de l’imiter dans le cadre du #sebtootschallenge.

« Ceux qui me suivaient déjà savent que j’ai toujours aimé faire des vidéos, avec des tricks shots de golf, de mini-basket, a-t-il expliqué la semaine dernière. Avec le confinement, j’y ai consacré un peu plus de temps. Comme athlète, le fait que la saison se soit terminée un peu plus tôt n’est pas facile. Mais ça fait aussi partie de ma job d’entertainer le monde, de trouver de nouvelles façons d’être créatif. »

La réponse est impressionnante : une vidéo où il circule en jonglant sur une petite planche à neige roulant sur un skateboard a été visionnée plus de 300 000 fois. Son imagination n’a pas de limites. Pour son offrande du 24 avril, il a utilisé un garage de voiture pour enfants, des blocs en bois alignés en domino, une balle de ping-pong, un tambour et un gobelet.

« On l’a eu la quatrième fois où on s’est rendus jusqu’au bout, mais ça a quand même pris des heures juste pour le créer », souligne Toutant.

Parfois, il a dû s’y reprendre 40 fois avant de réaliser le parcours à la hauteur de ses attentes. D’autres fois, il l’a réussi au cinquième coup.

« C’est beaucoup d’essais et erreurs. Je me trouve un début et une fin. Si je vois que le début fonctionne, j’ajoute un obstacle, un autre, et ainsi de suite. […]

Passer des heures à essayer de faire quelque chose, ça ne me fâche pas. Au contraire, j’aime les défis, ce n’est pas pour rien que je suis un gars compétitif. Ça comble mon petit côté positif vu qu’on ne peut pas faire de sport.

Sébastien Toutant

Un ami et voisin, avec qui il s’est confiné depuis le début, assure la captation.

Créer du contenu

Son principal commanditaire, Red Bull, l’appuie dans ses démarches, lui envoyant du matériel à intégrer dans ses parcours et le conseillant sur ce qui fonctionne le mieux. Le planchiste le récompense avec un peu de placement de produits. Il discute chaque semaine avec l’équipe responsable des médias sociaux à Toronto.

« J’ai un salaire pour faire ma job, qui est de faire du snowboard, mais il y a une partie de ma job qui est de créer du contenu sur les réseaux sociaux. Présentement, avec le confinement et la COVID-19, je ne serais pas obligé d’en créer, mais je suis une personne qui adore ça. Pourquoi pas ? »

Toutant y voit aussi son propre intérêt en cette période qui s’annonce difficile sur le plan économique. « Plusieurs entreprises feront des coupes de salaires après la COVID-19. C’est difficile pour elles. Si je peux aider mes entreprises à gagner en visibilité durant cette période morte, ça ajoute à ma valeur quand ce sera le temps de signer de nouveau avec elles. »

PHOTO MATTHIAS SCHRADER, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le 24 février 2018, Sébastien Toutant célèbre sa médaille d’or à la compétition Big Air aux Jeux olympiques d’hiver à PyeongChang, en Corée du Sud.

Au-delà de ces considérations, l’athlète de 27 ans s’amuse du lien créé avec ses abonnés. « Ce qui m’a le plus impressionné, c’est le nombre de personnes qui font les challenges. Les tranches d’âge aussi : on parle d’enfants de 4, 5 ans qui font de petits parcours avec leurs parents. Il y a quelqu’un de près de 70 ans qui s’est essayé. Ça montre à quel point ça ne touche pas que les jeunes. C’est le fun de voir que tout le monde participe. »

Toutant ne néglige pas pour autant sa condition physique. Remis de ses trois côtes fracturées sur une violente chute aux X Games d’Aspen, à la fin de janvier, il poursuit l’entraînement chez lui sous la supervision virtuelle de son physio et préparateur de Vancouver.

Au moment de l’entrevue, le double médaillé d’or aux X Games terminait une séance de boxe, une discipline qu’il découvre. « C’est un sport où on travaille les mêmes muscles que pour le snowboard. Être en équilibre, utiliser les muscles du tronc au lieu des bras pour générer de la puissance. C’est un bon apprentissage à long terme. »

Dans un monde idéal, Toutant retombera sur sa planche au centre Maximise de Sainte-Agathe avant de retrouver la neige en août en Nouvelle-Zélande. D’ici là, comme bien des joueurs, il attend avec impatience la réouverture des terrains de golf, son activité estivale favorite.