Sébastien Toutant revient tout juste d'Aspen, au Colorado, où il a participé aux X Games. Mais loin de lui l'idée de se reposer, le jeune planchiste hyperactif a mille autres projets en tête.

Jean-François Tremblay LA PRESSE

Quand on l'a croisé au Centre sportif de l'Institut national du sport, il était attablé avec son complice et caméraman attitré, Maxime Messier. Les manteaux étendus un peu partout, l'ordinateur en évidence, programme de montage ouvert. Les deux passionnés s'en allaient ensuite tourner des séquences d'entraînement en gymnase avant de partir vers Sainte-Agathe pour braver le froid, planche aux pieds. 

Ils mettaient aussi la touche finale à la vidéo montrant Sébastien Toutant qui dévale les escaliers mythiques de Philadelphie sur lesquels Rocky Balboa s'entraînait. Vous savez, les 72 marches menant au Musée d'art de la ville, et au sommet desquelles Rocky a levé les poings au ciel. 

Un avant-goût avait fait le tour de la planète snowboard il y a une dizaine de jours. On y voit «Seb Toots», comme il est désormais connu partout dans le monde, maîtrisant une rampe d'escalier installée sur un très mince lit de neige. On l'y voit aussi rater son coup, souvent, tomber dans les marches, sur les paliers. Les risques du métier.

Mais derrière cette séquence de quelques minutes toute simple se cache un impressionnant déploiement... et beaucoup de stress.



«Les marches sont gigantesques. Je sais que c'est beaucoup de travail d'avoir les permis pour être là, je sais tout l'argent que Red Bull a mis pour faire ça. Comme athlète, il y a de la pression: si je ne suis pas capable de faire le rail, il n'y a pas de projet.

«La permission qu'on avait était pour une journée seulement. Est-ce que j'allais être capable de tout faire en une journée? Des fois, quand je fais des tournages en ville, ça prend plusieurs jours avant de réussir ton coup. Mais tout s'est fait assez vite.» 

Toutant décrit le contexte. Rien pour faire baisser les battements cardiaques, même pour le champion olympique de Big Air. C'était à la base l'idée de Red Bull, qui a ensuite choisi le planchiste québécois pour incarner le projet. 

Red Bull avait dépêché six caméramans et photographes et commandé 20 tonnes de neige. Il n'y en avait pas dans les rues de Philadelphie au moment du tournage, peu après le jour de l'An. Il a fallu improviser. Un tournage du genre exigeait aussi une équipe d'urgence complète: policiers pour la circulation, sécurité pour le site, ambulanciers. Ajoutez à cela un physio et un médecin, au cas où. On l'oubliait presque, Red Bull avait carrément créé et installé une rampe temporaire au milieu des marches iconiques, qui n'en avaient pas. 

Et pour ajouter la touche finale, la scène avait lieu en pleine heure de pointe du matin, à l'endroit le plus touristique de la ville. Une fortune du budget promo de Red Bull. Et au sommet de la rampe, un planchiste seul, Sébastien Toutant, qui a tout intérêt à réussir son stunt.

«Quand on a réussi à avoir la shot, ça donnait la même impression que de gagner une compétition», a dit Toutant. 

Maxime Messier était là aussi. Il avait la responsabilité d'aller chercher les images brutes, au coeur de l'action. «Ce qui était le plus fou, c'était avant dans le VR. Il était super détendu. Quand il est sorti, tout le monde avait les doigts croisés. Il fallait que ça se passe. Il est monté, il l'a fait. C'était fou.»

«J'étais stressé, mais d'un autre côté, j'étais excité d'être peut-être le seul rider au monde qui pouvait faire ça.»

Se démarquer

En jasant avec lui, on comprend bien que Toutant n'est pas un compétiteur comme les autres. Ses vidéos de planche à neige dans les rues de villes et autres endroits connus contribuent à son image autant que les nombreuses médailles. Peut-être encore plus même. Il profite d'ailleurs d'une année postolympique moins chargée côté compétitions pour se consacrer à ses projets vidéo.

Cette vidéo tournée à Philadelphie est la première de plusieurs qui seront publiées sur sa page YouTube. Il vise à en ajouter une nouvelle toutes les une ou deux semaines et à créer un engouement. On pourra apprendre à connaître son entourage, s'immiscer dans sa vie, et faire de la planche avec lui dans les plus beaux endroits du monde.

Toutant ne veut pas dévoiler tous ses secrets, mais il prévoit déjà des visites à Vail au Colorado, à Whistler dans les Rocheuses et en Suède. Il a aussi beaucoup filmé dans les rues de Montréal. Il résume: beaucoup de snowboard, beaucoup de sport, beaucoup de rencontres, beaucoup de plaisir.

«Je déteste faire les mêmes choses encore et encore. Travailler sur d'autres projets et faire un peu moins de compétitions, ça crée une excitation pour refaire des compétitions dans le futur. 

«Je passe autant de temps sur ma planche, mais je le fais différemment. C'est beaucoup de travail, il y a beaucoup d'encadrement avec les commanditaires, mais ça m'a toujours attiré. On m'a toujours plus vu comme quelqu'un qui fait des compétitions, mais pour te démarquer des autres, tu dois être capable de faire de tout. Tu dois être capable de te mettre à l'avant-plan devant une caméra et montrer au monde que la créativité du snowboard, ce n'est pas seulement en compétition.»

À 26 ans, Toutant a déjà conquis les rampes et les tremplins du monde entier, jusqu'à l'or olympique. C'était presque logique qu'il ajoute la conquête de l'internet à son tableau de chasse.

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«Max va battre ça»

Sébastien Toutant a aussi partagé ses mots d'encouragement pour son ami et compétiteur Maxence Parrot. Ce dernier a dévoilé il y a deux semaines qu'il souffrait d'un cancer, le lymphome de Hodgkin. «Apprendre la nouvelle a touché le monde entier. Le snowboard est une grosse famille, on s'appuie entre nous. Max est en forme, il va battre ça. C'est un cancer avec une bonne chance de s'en sortir. Un de mes amis de mon coin à Repentigny a eu le même cancer et il vient de finir sa chimio et de le vaincre. Voir du monde autour de moi qui a réussi à le battre, ça donne espoir. Maxence l'a bien expliqué, tu peux te préparer à une compétition, mais comment tu te prépares à faire de la chimio? C'est l'inconnu. On lui souhaite la meilleure chance possible. Il me textait aux X Games. Il suit encore ce qu'on fait. On va suivre aussi son parcours.»

Photo Graham Hughes, archives La Presse canadienne

Maxence Parrot et Sébastien Toutant, à leur retour des Jeux olympiques de PyeongChang, en février dernier.