Les manteaux rouges des membres de l'équipe canadienne de ski alpin sont toujours bardés de commanditaires.

Simon Drouin LA PRESSE

Essentiellement les mêmes que l'an dernier, GMC et le Choix du Président en tête de liste. Or, la plupart des contrats viennent à échéance à la fin de la saison. Personne ne se bouscule au portillon pour prendre la relève. Max Gartner, président de Canada Alpin, craint pour l'avenir de son programme.

«Oui, je suis inquiet», a avoué Gartner, mercredi, en marge de la Coupe du monde de Lake Louise.

L'entrevue ressemblait presque à un S.O.S. au secteur privé. Ancien directeur athlétique de la fédération, Gartner porte le chapeau de président depuis septembre. Après une trentaine d'années sur les pentes, c'est lui qui doit maintenant cogner aux portes d'éventuels commanditaires. En cette période post-Jeux olympiques de Vancouver, la tâche est loin d'être facile. «Pour être honnête, les réponses que nous obtenons ne sont pas très positives», constate-t-il.

Gartner, un Autrichien d'origine, est déjà passé par là. Au lendemain des Jeux olympiques de Calgary, en 1988, le pipeline du financement privé s'était tari de façon dramatique au pays. Les impacts ont été ressentis quelques années plus tard. Après la victoire de Cary Mullen à la Coupe du monde d'Aspen, en 1994, il a fallu 13 ans pour qu'un autre Canadien ne s'impose dans une discipline de vitesse masculine. Ce fut Erik Guay, à la descente de Garmisch-Partenkirchen, en 2007. La fin des années 90 a été pénible et les J.O. de Salt Lake City, en 2002, un «désastre».

«Ce n'était pas en raison d'un manque de talent, c'était parce qu'on n'avait pas le soutien pour vraiment se mesurer aux plus grandes nations comme l'Autriche et la Suisse», a souligné Gartner.

L'obtention des Jeux de Vancouver, en 2003, et la mise sur pied du programme À nous le podium, deux ans plus tard, ont permis de relancer Canada Alpin. L'ex-président Ken Read a fait le reste du travail en séduisant les commanditaires. Les succès ont suivi sur les pistes avec la génération des Guay, François Bourque, John Kucera, Manuel Osborne-Paradis, Jan Hudec, Michael Janyk et cie.

«On revient de loin, dit Gartner. Je suis simplement vraiment inquiet que si on n'obtient pas le soutient corporatif, on retournera à cette période noire.»

Des inquiétudes

Attristé par ce repli pressenti du financement privé, Guay s'inquiète surtout pour la génération à venir. «Je ne serai pas là pour toujours, rappelle le gagnant du globe de cristal de super-G. Nous, on aura notre financement, notre programme sera en place. Où ils feront des coupes, ce sera pour les plus jeunes. Ce sera nuisible à notre développement comme nation pour les prochaines années.»

Gartner est encore plus pessimiste. Il doit déjà planifier pour la saison 2011-2012. En pleine incertitude, il se demande à quoi elle ressemblera. «Même au plus haut niveau, pour gagner des courses, on doit avoir un certain niveau de soutien. En ce moment, ça va, mais si on perd un certain nombre de commanditaires, je crois que la qualité de notre programme diminuera graduellement. Et ce qui manquera vraiment est le financement pour la prochaine génération, ses programmes. Et là on perd une génération complète. C'est dur!»

En dépit des sommes investies, les skieurs canadiens n'ont pas été en mesure de monter sur le podium à Vancouver. Guay est passé le plus près avec deux cinquièmes places. Gartner ne croit pas qu'une médaille aurait changé quoi que ce soit à la situation actuelle. «D'après mes discussions avec les gens d'autres sports, les médailles n'ont pas eu un grand impact», a constaté le président.

Les plus grands succès de son histoire

Le budget de Canada Alpin avoisine les 21 millions de dollars. Les commanditaires privés fournissent environ le quart de cette somme.

Selon Gartner, l'équipe canadienne de ski alpin est sur la voie de connaître les plus grands succès de son histoire. L'équipe masculine de vitesse, menée par Guay, est particulièrement nantie. L'hiver dernier, malgré la perte sur blessure de John Kucera, champion du monde de descente, les Canadiens ont signé quatre victoires en Coupe du monde. «Même les Crazy Canucks n'ont jamais fait ça, rappelle Gartner. Et c'est sans compter le globe d'Erik, qui fut le fait saillant de la saison.»

Vers la fin de l'entrevue, Gartner a fait mine d'arrêter et de redémarrer une voiture. Une façon de dire qu'une coupe dans le financement ne pourra être rattrapée un an ou deux avant les prochains J.O. de Sotchi de 2014. «En sport amateur, on ne peut pas arrêter et repartir la machine comme ça, a-t-il souligné. C'est un appel à nos commanditaires pour qu'ils restent avec nous. Ce sont eux qui nous ont permis de nous rendre à ce point. Si on veut continuer de connaître du succès, on en aura encore besoin.»

Alors qu'il reconnaît que le ski alpin est un sport très cher, Gartner dit qu'il ne demande pas la lune. Il veut simplement «être dans la game». Et continuer de pouvoir se dire, chaque matin de course: «Aujourd'hui, on a une chance de gagner.»