Huit mois après une grave blessure à une jambe et deux opérations plus tard, Valérie Grenier ne sait toujours pas quand elle pourra rechausser ses skis. Le moral de la skieuse de Mont-Tremblant est atteint, même si elle voit (un peu) « la lumière au bout du tunnel ».

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Après trois saisons hypothéquées par des douleurs chroniques aux chevilles, Valérie Grenier avait enfin trouvé son élan l’hiver dernier, flirtant avec ses premiers podiums en Coupe du monde.

Sa belle séquence s’est interrompue brusquement aux Championnats du monde d’Åre, en Suède, où elle s’est fracturé la jambe droite à quatre endroits sur une chute lors d’une descente d’entraînement, le 6 février. Évacuée en civière, elle avait crié et pleuré sous l’œil inquiet de ses parents, qui la suivaient sur la pente.

Opérée le soir même en Suède, Grenier se voyait reprendre le collier dès le mois de décembre à Lake Louise, théâtre traditionnel du début de la saison de vitesse. Or, la rééducation ne s’est pas passée comme prévu, si bien que la skieuse de Mont-Tremblant ignore toujours quand elle pourra remonter sur les planches.

La saison commence bientôt, je vais en manquer au moins la moitié, peut-être même la saison de courses au complet. Je ne le sais même pas. C’est difficile. Je ne m’attendais vraiment pas à ça.

Valérie Grenier

Au téléphone depuis Calgary, Grenier s’étonne de ne pas pouvoir retenir ses larmes. Elle sort de physiothérapie et d’une séance d’entraînement en salle. Entre une application de glace et une rencontre avec un psychologue sportif, elle a placé une entrevue avec La Presse. Raconter les derniers mois lui fait revisiter des émotions douloureuses.

« Ça va moyennement en ce moment. Je vis de grands hauts et bas. »

L’athlète qui vient d’avoir 23 ans a connu sa part d’ennuis de santé depuis sa médaille d’or en descente aux Championnats du monde juniors de 2016. Elle a dû se faire opérer à deux reprises pour la libérer d’un syndrome du compartiment aux deux chevilles qui la faisait terriblement souffrir. La dernière, au printemps 2018, deux mois après son sixième rang au super combiné des Jeux olympiques de PyeongChang, semblait la bonne.

Sa quadruple fracture à la jambe droite, dont le tibia et le péroné, subie aux Mondiaux d’Åre, était une autre bête à dompter.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Valérie Grenier a été opérée à la jambe droite à la suite de sa quadruple fracture subie aux Championnats du monde d’Åre, en Suède, le 6 février 2019.

En juin, la Franco-Ontarienne de Saint-Isidore a dû se soumettre à une deuxième intervention chirurgicale, car son tibia n’arrivait pas à se ressouder malgré la tige en place.

« Ce n’était pas facile, ça ne me tentait pas de me faire réopérer, mais je savais que c’était la bonne chose à faire même si ça me faisait un peu reculer. »

Afin d’insérer une nouvelle tige, les chirurgiens ont dû sectionner le tendon rotulien. Cette intervention nécessaire a entraîné des complications au genou. « C’est un peu comme une tendinite. La seule solution pour ça, c’est juste de donner du temps pour guérir. Je peux faire plusieurs exercices dans le gym, mais rien qui puisse causer de la douleur. On a donc modifié mes programmes pour que ça n’empire pas. »

Enfin de l’espoir

Touchée au moral, isolée en Alberta, Grenier voit enfin un peu de « lumière au bout du tunnel ». Le tibia est pratiquement guéri et elle a commencé à augmenter les charges à l’entraînement.

« Je suis courbaturée chaque jour et j’aime ça, parce que je me suis ennuyée de cette sensation-là. Mais ce ne sont vraiment pas de gros poids, même si je les sens comme les plus lourds au monde ! C’est cool, mais décourageant en même temps. »

La Canadienne est donc loin de pouvoir chausser les skis, et encore plus loin d’un retour à la compétition. Elle avait rapidement écarté l’idée de revenir pour le slalom géant d’ouverture de Sölden, en Autriche, le 26 octobre, là où elle avait terminé 11e l’an dernier. Lake Louise, où elle s’était classée cinquième du super-G, lui paraissait plus réaliste. Son genou en a décidé autrement.

Dans les circonstances, elle préfère ne plus y penser. « Ça n’arrive juste pas et ce n’est que déception après déception. Je vois le temps passer et je ne sais même pas comment un retour fonctionnerait. Combien de temps j’aurais besoin pour être prête à prendre un départ. Ce sera peut-être des courses Nor-Am, je ne sais pas. Je n’en ai même pas parlé avec mes entraîneurs. Il faut d’abord que je puisse résister aux forces dans les virages. »

Je veux vraiment me sentir confiante à 100 %. Je ne suis pas rendue là en ce moment.

Valérie Grenier

Grenier prend modèle sur Lindsey Vonn, dont elle avait reçu les encouragements à l’aéroport à son retour d’Åre, en février. L’Américaine venait de gagner la médaille de bronze de la descente, dernière épreuve de sa carrière.

« Elle a eu des millions de blessures et elle a toujours été capable de revenir au sommet, a souligné Grenier. J’ai toujours trouvé ça super inspirant. Je ne savais pas à quel point c’était difficile, jusqu’à ce que je le vive moi-même. Honnêtement, c’est vraiment impressionnant. »

À son tour de remonter la pente.