Mikaël Kingsbury n’est pas rassasié. Le skieur acrobatique vise une deuxième médaille d’or olympique aux Jeux de Pékin en 2022… et pourquoi pas une autre en 2026 ?

Simon Drouin Simon Drouin
La Presse

Les rumeurs sur l’invincibilité de Mikaël Kingsbury sont exagérées. Le skieur de Deux-Montagnes s’est fait battre à son propre jeu, hier matin. Littéralement… ou virtuellement.

Invité à tenter sa chance sur le simulateur de bosses de l’Expérience olympique canadienne, le journaliste de La Presse a obtenu de meilleures notes que le champion mondial de ski acrobatique, qui l’a trouvée bien bonne.

Porte-parole de la saison estivale de cette exposition virtuelle, informative et immersive, Kingsbury recevait une classe de sixième année à la Maison olympique canadienne, au centre-ville de Montréal. Pour l’occasion, il a fait une démonstration sur sa propre station virtuelle de ski acrobatique, où l’on voit son double prodiguer conseils et encouragements sur un écran à la fin de l’essai.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Mikaël Kingsbury a rencontré les élèves d’une classe de sixième année, hier, à la Maison olympique canadienne, au centre-ville de Montréal. Le champion olympique y présentait le simulateur de bosses de l’Expérience olympique canadienne, une exposition virtuelle, informative et immersive.

Avant l’arrivée des jeunes, le bosseur le plus titré de l’histoire s’est exercé à quelques reprises pour ne pas revivre l’« humiliation » de l’an dernier, alors qu’il n’avait pas assez bien « skié » à son goût à l’inauguration officielle. Finalement, il a compris que son souci de viser trop précisément le centre des pastilles projetées sur le plancher le pénalisait. Il s’est ajusté aux caprices de l’ordinateur pour décrocher des notes à la hauteur de son statut… sans être parfaites. « N’oublie pas d’attaquer le saut au bon moment et de compléter ton extension », s’est-il entendu dire.

De toute façon, a souligné (le vrai) Kingsbury, la perfection est impossible à atteindre dans son sport. Mais il travaille constamment pour y tendre, ce qui lui permet de garder sa motivation après tous ces globes, ces records et ces médailles d’or. Aux derniers Mondiaux de Deer Valley, il a réussi le doublé à l’épreuve individuelle et en parallèle, exploit accompli sur le parcours le plus exigeant du circuit.

« Ce qui est fou, c’est que je pensais vraiment avoir connu la meilleure saison de ma carrière en 2018 [en gagnant] les Jeux olympiques et le globe de cristal. Mais je dirais que la saison qui vient de se terminer est probablement la meilleure de ma carrière. » — Mikaël Kingsbury

En plus de sept victoires et de huit podiums en neuf épreuves de Coupe du monde et de deux globes de cristal (pour la huitième année de suite !), il a réalisé un nouveau saut, le cork 1440, inédit en compétition, qui lui a permis de remporter deux courses en fin de saison au Japon.

« Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu ce feeling en haut d’une piste, où tu te sens comme un petit gars qui essaie quelque chose de nouveau. Là, tu essaies quelque chose que jamais personne n’a tenté et tu gagnes. C’est vraiment spécial. »

Kingsbury croit qu’il peut faire encore mieux : « Je suis encore motivé et j’ai l’impression que je n’ai pas atteint mon plein potentiel. Peut-être que mes résultats ne seront jamais aussi bons, mais je pense que je peux toujours continuer à gagner. »

Sa discipline progresse et le Japonais Ikuma Horishima, son principal rival, le « pousse dans le dos ». « C’est probablement un des meilleurs athlètes contre qui j’ai eu à concourir durant ma carrière. »

Imiter Bilodeau ?

Mener une autre génération d’athlètes dans l’équipe canadienne et poursuivre le travail amorcé l’an dernier avec l’entraîneur Michel Hamelin sont d’autres projets qui le stimulent.

À 26 ans, Kingsbury ne pense même pas à la retraite. « J’ai les yeux rivés sur 2022 », lance-t-il. L’idée d’attaquer les JO de Pékin sans la pression de PyeongChang, où une deuxième médaille d’argent après celle de Sotchi aurait été un échec, l’allume. N’empêche, il pourrait imiter son compatriote Alexandre Bilodeau, seul bosseur double médaillé d’or olympique (2010 et 2014).

« Je ne me présenterai pas nécessairement aux prochains Jeux en me disant : je veux faire ce qu’Alex a fait, précise-t-il. Mais c’est sûr que j’aime le défi. »

« Je sais que je suis encore capable de gagner une autre médaille d’or. Peut-être une autre après aussi… » — Mikaël Kingsbury

Une participation aux JO de 2026, à Cortina d’Ampezzo (Italie) ou à Åre (Suède), n’est donc pas à écarter.

« J’ai la chance d’être soutenu par de super bons commanditaires, ma famille et mes amis m’appuient, relève Kingsbury. Je gagne bien ma vie, j’ai du fun à faire ce que je fais. C’est la meilleure job au monde de me lever le matin et d’aller au gym — quand je ne suis pas sur les pentes de ski — au lieu d’aller m’asseoir dans un bureau. »

Le roi des bosses n’est pas près de céder son trône.

Un appui pour Girard

Mikaël Kingsbury a été surpris par la retraite anticipée du champion olympique de patinage de vitesse Samuel Girard, qui a décidé de tirer sa révérence à 22 ans. Tout en disant vivre une réalité totalement différente, il soutient « à 100 % » la prise de parole du jeune retraité, qui a exprimé des critiques sur le système sportif, publiées par Radio-Canada. « Il dit les vraies choses, il ne se retient pas. C’est beau de voir cette franchise. Les athlètes olympiques, on s’entraîne fort, on fait attention à ce qu’on fait, mais on est des humains comme tout le monde. » Originaire de Deux-Montagnes, le bosseur s’estime heureux de pouvoir visiter sa famille comme bon lui semble, contrairement à ce que vivait Girard, natif du Saguenay. Compte tenu de son statut et de ses résultats, il profite également d’une grande flexibilité dans la planification de son entraînement. « J’ai la liberté de dire : ce camp d’entraînement là, je n’ai pas besoin de le faire au complet. Je peux faire ça à la maison, je pense que c’est plus bénéfique pour moi. »