Serge Savard a le Canadien de Montréal tatoué sur le cœur. Ce n’est pas un secret non plus qu’il a parfois de la difficulté à reconnaître son équipe, à reconnaître sa famille. Pour lui, ignorer les Anciens Canadiens et évoluer sans capitaine n’est pas digne de la plus glorieuse des équipes de hockey.

Publié le 16 août
Nicholas Richard
Nicholas Richard La Presse

Pendant que Marc Bergevin était en poste comme directeur général, Savard n’a jamais caché sa déception de voir que le fossé entre les anciens joueurs et l’organisation alors en place se creusait. Le mythique Salon des Anciens avait perdu son essence.

Mardi, le sextuple vainqueur de la Coupe Stanley (et deux autres comme directeur général) tenait la troisième édition de l’Invitation Serge Savard, au club de golf Le Mirage, au profit des athlètes étudiants de l’Université de Sherbrooke.

Questionné pour savoir s’il avait perçu une différence dans le traitement réservé aux Anciens Canadiens depuis l’arrivée de la nouvelle direction menée par Kent Hughes, Savard a répondu par un mot, suivi d’une sorte de découragement : « Bof… »

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Guy Lapointe, Marcel Dionne, Serge Savard et Pete Mahovlich

Même si, à son avis, l’association des Anciens Canadiens demeure la plus forte de toute la Ligue nationale de hockey, il y a encore des ponts à rebâtir avec la nouvelle administration. Sous l’ère Bergevin, le directeur général les avait essentiellement exclus de l’entourage de l’équipe, et il fallait même que les Anciens fassent un détour par la salle de presse pour se rendre au salon, tellement l’accès avait été réduit.

Heureusement pour les Anciens Glorieux, Chantal Machabée, vice-présidente des communications de l’équipe, travaille fort pour que l’héritage demeure intact et pour qu’il redevienne aussi important qu’à une certaine époque. « Chantal Machabée en fait une priorité et elle comprend la situation des Anciens. Je pense que ça va aller mieux, mais il faut qu’il y ait une volonté du département hockey, parce que dans une organisation comme le Canadien, c’est le département hockey qui mène », a expliqué l’homme de 76 ans.

Il croit encore qu’il est primordial de passer le flambeau, pour que les joueurs de l’édition actuelle soient en contact avec les Anciens et pour qu’ils puissent ressentir un sentiment d’appartenance envers l’histoire du club. Le Canadien avait d’ailleurs organisé une rencontre entre Yvan Cournoyer et Cole Caufield, notamment, à la fin de la dernière saison.

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Yvan Cournoyer et Cole Caufield

Une autre année sans capitaine ?

Le célèbre numéro 18 a été capitaine du Tricolore deux saisons, entre 1979 et 1981. Probablement l’un des plus grands honneurs qu’il ait reçus dans sa carrière. D’autant plus qu’à l’époque, le capitaine était élu après un vote des joueurs. « Malheureusement, l’organisation a cassé la tradition qu’il y avait ici, qui était de faire voter les joueurs pour élire le capitaine. Ce n’est pas à nous de décider qui devrait être capitaine. C’est à l’intérieur du vestiaire. Ç’a toujours été comme ça. »

Savard a perpétué cette tradition lorsqu’il a été directeur général de l’équipe entre 1983 et 1995.

Jusqu’à preuve du contraire, le Canadien n’a plus de capitaine depuis le départ de Shea Weber. « L’année passée, il y avait un capitaine qui n’était pas là, on savait qu’il ne serait pas là, on savait qu’il ne reviendrait pas, il était capitaine et on n’en a pas nommé d’autres », a d’ailleurs noté Savard.

Ce n’est pas la première fois que l’équipe pourrait commencer la saison sans capitaine. Ç’avait été le cas en 2009-2010 et en 2014-2015 dans l’histoire récente.

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Serge Savard

C’est important d’avoir un bon capitaine. C’est quelqu’un en qui les joueurs ont confiance.

Serge Savard

Dans une jeune équipe comme celle qui se présentera sur la glace la saison prochaine, identifier un leader pourrait être bénéfique, croit le membre du Temple de la renommée du hockey. En revanche, il est aussi d’avis que chaque joueur doit y mettre du sien. « Il faut 20 leaders. Tout le monde doit être leader à sa façon. Il ne faut pas un “C” ou un “A” pour montrer son leadership. Guy Lafleur n’a jamais eu de lettre. C’est probablement une erreur, mais ça ne l’a jamais dérangé. »

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Le 10e trou du club de golf Le Mirage a été aménagé en hommage à Guy Lafleur.

Par ailleurs, le 10e trou du club de golf Le Mirage était aménagé en hommage au Démon blond, décédé plus tôt cette année. Des photos étaient affichées sur les tertres de départ, un gigantesque 10 avait été formé avec des balles au début de l’allée, le drapeau montrait également le numéro de Lafleur, et un but de hockey avait été installé au bout du trou.