Après le match, Pierre Gervais s’est présenté dans la salle de conférence de presse du Centre Bell sous les applaudissements des journalistes. Puis Chantal Machabée lui a remis une coupe de champagne.

Publié le 29 avril
Katherine Harvey-Pinard
Katherine Harvey-Pinard La Presse

Quand la sirène a annoncé la fin du match et de la saison du Canadien, vendredi soir, elle signifiait aussi le départ à la retraite du gérant à l’équipement, Pierre Gervais. Après 35 ans au service de l’équipe, l’homme de 60 ans accroche sa machine à aiguiser. C’est, en quelque sorte, une page d’histoire qui se tourne chez le Tricolore.

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« C’était une journée absolument extraordinaire, a-t-il d’abord dit au micro, sourire aux lèvres. Sincèrement, c’est la plus belle chose de ma vie, à part la naissance de mes quatre enfants. »

L’organisation du Canadien s’est en effet assurée de souligner le moment comme il se doit avec un hommage digne de ce nom avant le match. Après qu’un montage eut été diffusé à l’écran géant, Gervais a été présenté à la foule, qui s’est chargée de lui offrir une touchante ovation. Bob Gainey et Shea Weber – oui, oui ! – ont ensuite été invités sur la patinoire afin de lui remettre une plaque vitrée en forme de patin.

Ce n’est pas tout. Vendredi matin, à l’entraînement d’avant-match, les joueurs avaient offert à Gervais un cadeau de départ à la retraite peu banal : un véhicule tout-terrain de type « côte à côte ».

Et puis, la cerise sur le gâteau : le Canadien a probablement disputé l’un de ses meilleurs matchs de la saison avec une victoire de 10-2 face à l’actuelle meilleure équipe du circuit Bettman, les Panthers de la Floride.

« C’était pas mal stressant ! Pas trop souvent ! s’est-il exclamé en riant. Pas besoin de faire du tapis roulant pour savoir si le cœur est correct aujourd’hui. Honnêtement, je suis réveillé depuis 3 h ce matin. J’ai travaillé à la maison, je suis allé faire marcher mon chien à 5 h 45. J’ai vécu une super belle journée. Plein d’entrevues, plein de beaux messages… »

« Aujourd’hui, ce soir, c’est fantastique. Vous allez me manquer, tous. Honnêtement, vous allez me manquer », a-t-il ajouté, sourire nostalgique aux lèvres en s’adressant à l’imposant groupe de journalistes.

De beaux souvenirs

Gervais a travaillé pour les Draveurs de 1978 à 1980, avant de se joindre aux Castors de Sherbrooke dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, puis aux Jets de Sherbrooke, et aux Canadiens de Sherbrooke dans la Ligue américaine. Il est arrivé avec le Canadien en 1988 et ne l’a plus quitté depuis. Des souvenirs, il en gardera des tonnes.

Le vestiaire, la camaraderie, c’est sûr que… On passe presque sept jours par semaine ensemble, pendant des semaines et des mois. Il y a toutes sortes de choses qui se passent. Il arrive tout le temps des choses en voyage. Ça va me manquer.

Pierre Gervais

Le gérant à l’équipement a été interrogé sur différents joueurs de l’édition actuelle. Celui qui a le plus de demandes en matière d’équipement ? « Jeff Petry », a-t-il répondu.

« C’est un gars qui est méticuleux, a-t-il continué. Il n’est pas mauvais, juste méticuleux sur ses patins, ses gants, ses bâtons, sur tout. C’est une très bonne personne. Je sais que, parfois, ça n’a pas été vu comme ça, mais je peux vous dire que c’est un gars au cœur gros comme le monde, un gars sensible. Il a vécu des choses difficiles avec sa famille. Chapeau. »

Il y est ensuite allé d’une anecdote au sujet de Shea Weber. Gervais a côtoyé le capitaine du Canadien avec Équipe Canada lors des Jeux olympiques de Vancouver en 2010 et de Sotchi en 2014. Quand l’ex-directeur général du Tricolore Marc Bergevin a voulu échanger P. K. Subban contre Weber en 2016, il a lâché un coup de fil à son gérant à l’équipement.

« Il était 6 h du matin là-bas, a-t-il raconté. À Nashville, on ne se couche jamais très tôt ! Mon cellulaire sonne, et je vois que c’est Marc Bergevin. Je me dis : “OK, je vais répondre.” Il était une heure plus tard à Montréal, Marc était bien réveillé. »

Bergevin lui a demandé ses commentaires sur celui qui était alors capitaine des Predators. « Écoute, je ne peux rien dire de mal contre lui. C’est un vrai de vrai », lui a répondu Gervais.

« Alors, Marc dit : “Qu’est-ce que t’en penses, contre P. K. Subban ?” J’ai dit : “Eh boy, fais ça vite, envoie tes papiers à la ligue avant qu’ils changent d’idée.” Je n’ai rien contre P. K., ce n’est pas ça du tout, je veux être clair. C’est un gentleman et il est super cool, mais Shea Weber, c’est un monument. »

Et la suite ?

Pierre Gervais ne s’ennuiera pas à la retraite. Alors que sa femme est récemment devenue infirmière clinicienne, ce sera lui qui s’occupera de leurs deux fils de 10 et 12 ans à la maison.

« Ça ne sera pas vide, pas du tout », a-t-il assuré.

Et puis, le nouveau retraité restera dans l’entourage du Canadien. Son rôle n’a cependant pas encore été défini.

« Je serai toujours fier de représenter le Canadien, peu importe ma tâche », a-t-il laissé entendre avant de partir de la même façon qu’il était entré, sous les applaudissements.