(Laval) C’est à sa troisième année d’admissibilité que Rafaël Harvey-Pinard a été repêché par une équipe de la Ligue nationale – le Canadien, en l’occurrence. Et il a dû attendre au 201rang pour entendre son nom.

Mis à jour le 1er déc. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Il y a donc plusieurs équipes qui ont passé plusieurs fois leur tour. Certaines se sont tout de même renseignées, cela dit. Les Rangers de New York en faisaient-ils partie ?

« Non, ce n’est pas une équipe que j’avais rencontrée », répond candidement Harvey-Pinard, après l’entraînement matinal de mercredi du Rocket, en vue du match contre le Texas.

Si on pose spécifiquement la question des Rangers, c’est que le nouveau vice-président des opérations hockey du Canadien, Jeff Gorton, était directeur général des Rangers quand Harvey-Pinard tentait de se faire remarquer à Rouyn-Noranda.

N’exagérons pas non plus la portée de cette bribe d’information. Un directeur général va généralement se concentrer sur les plus hauts choix au repêchage, et fera confiance à ses subalternes pour les tours plus tardifs. Que les Rangers n’aient pas sérieusement pris contact avec Harvey-Pinard ne signifie pas que Gorton va couper les ponts à la première occasion.

N’empêche qu’il s’agit d’un bon rappel que l’organigramme a changé, maintenant que le directeur général (Marc Bergevin) et le responsable du recrutement (Trevor Timmins) qui ont cru en Harvey-Pinard sont partis. Dans un sens, tout est à refaire.

La première impression est toujours très importante. Ce sera de montrer quel genre de joueur je suis, de continuer à travailler fort et à m’améliorer.

Rafaël Harvey-Pinard

Harvey-Pinard en a eu la chance dès mercredi, puisque Gorton était présent à la Place Bell pour assister au duel Stars-Rocket.

Le nouveau régime qui débarque

L’arrivée d’une nouvelle direction engendrera forcément des changements. Mais ça ne veut pas dire qu’elle fera table rase.

Prenez l’arrivée en poste de Bergevin, qui succédait alors au régime Gauthier/Gainey. C’était en mai 2012. Les deux derniers choix de premier tour, Nathan Beaulieu et Jarred Tinordi, ont eu toutes les chances de se faire valoir. Beaulieu est resté 5 ans dans l’organisation et a joué 225 matchs avec le Canadien, tandis que celui qui était surnommé le « Tinner » a été échangé en janvier 2016, après avoir disputé 46 matchs avec le Canadien, et 5 en séries.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Nathan Beaulieu

« Ça ne veut pas dire qu’un DG qui rentre ne veut pas que les anciens choix fonctionnent. Ce n’est pas logique ! souligne l’ancien attaquant Louis Leblanc, au bout du fil. Mais peut-être que l’ancien DG aimait le troisième centre, et que le nouveau ne l’aimera pas. C’est juste normal. Ça ne peut pas être le statu quo, sinon, il n’y aurait pas eu de changement ! »

Leblanc, lui, n’a pas eu autant d’occasions de se faire valoir que Beaulieu et Tinordi. En 2011-2012, dernière saison sous Gauthier, le premier choix du Canadien en 2009 avait eu droit à son premier rappel et avait finalement disputé 42 matchs avec le Tricolore.

Lors de la saison 2013 écourtée, la première du régime Bergevin, il en avait joué seulement huit. Puis, aucun en 2013-2014. Ses statistiques dans la Ligue américaine avaient également régressé par rapport à sa fiche encourageante de 22 points en 31 matchs à sa première année.

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Louis Leblanc

En juin 2014, le Canadien a coupé les ponts avec lui. Un an plus tôt, l’équipe avait fait de même avec Danny Kristo, un choix de deuxième tour du Tricolore. Kristo a signé un contrat avec Montréal à sa sortie du collège, en avril 2013, mais a été échangé aux Rangers trois mois plus tard.

« Quand il y a des changements, il y a de nouvelles opinions, de nouvelles façons de faire, a rappelé Leblanc. Je ne peux pas dire que je n’étais pas leur gars, mais c’est évident que je n’étais pas leur choix. J’ai été repêché par Bob Gainey et Pierre Gauthier…

« Je ne suis pas dans leur peau, je ne sais pas à quoi ils pensaient. Mais quand c’est toi qui repêches un joueur, t’as intérêt à ce que ça fonctionne. Tu veux bien paraître. »

Le cas Ylönen

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Jesse Ylönen

Chez le Rocket, on compte actuellement sept joueurs repêchés par l’organisation : les attaquants Harvey-Pinard, Jesse Ylönen, Cam Hillis et Lukas Vejdemo, les défenseurs Gianni Fairbrother et Josh Brook (blessé), et le gardien Cayden Primeau.

Il n’y a pas de choix de premier tour dans ce groupe, mais Ylönen a été réclamé au début de deuxième tour en 2018 (35e au total). L’an dernier, le Finlandais a disputé un premier match dans la LNH, en fin de campagne. Si Bergevin était resté en poste, il aurait eu de bonnes chances d’être rappelé en cours de saison, bien que Michael Pezzetta, Ryan Poehling et Alex Belzile aient été promus avant lui à l’attaque.

Cette saison, Ylönen compte 11 points (4 buts, 7 aides) en 14 matchs, mais se dit « insatisfait » de son jeu jusqu’ici, sans entrer dans les détails.

Alors, le changement, il le vit comment ? « Ça ne nous affecte pas vraiment, ou du moins, ça ne nous a pas encore affectés. Je me concentre surtout à bien jouer et je n’y pense pas trop », a répondu l’ailier.

C’est essentiellement le message qu’a martelé son entraîneur-chef, Jean-François Houle. « Il ne faut pas qu’ils s’en fassent avec ça, ce sont des choses qui arrivent dans le hockey professionnel. Tu dois t’adapter. Ils ont un travail à faire et c’est de jouer au hockey. »

En bref

Une remontée et une défaite

Le Rocket a démontré du caractère pour ce premier match disputé devant le nouveau vice-président des opérations hockey du Canadien, Jeff Gorton, mais l’équipe s’est tout de même inclinée 4-3 en prolongation devant les Stars du Texas. Menés 3-1 après 40 minutes, les hommes de Jean-François Houle ont marqué deux fois en troisième période pour forcer la tenue d’une prolongation. Rafaël Harvey-Pinard a coupé l’écart de moitié en marquant de son endroit de prédilection, soit à quelques décimètres du demi-cercle du gardien. Puis, Laurent Dauphin a fait 3-3 avec 130 secondes à écouler au troisième tiers. En prolongation, Ty Dellandrea a donné la victoire aux Texans avec un but en échappée. Avec un but et une aide, Harvey-Pinard n’a sans doute pas raté sa première impression auprès du nouveau patron du CH. En revanche, le vétéran Alex Belzile a été cloué au banc pendant une partie de la troisième période, lui qui a écopé d’une mauvaise pénalité en deuxième période, sur un jeu loin de la rondelle. « Inacceptable, et ça a coûté un but », a souligné Houle après le match. Les deux équipes remettent ça vendredi, encore sur la rue Claude-Gagné.

Nouvel interlocuteur pour Houle

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Jean-François Houle lors du camp des recrues du Canadien de Montréal

Jean-François Houle a aussi un travail à faire, et c’est de former des joueurs de hockey. Il a toutefois indiqué que son interlocuteur principal avec le grand club a changé, puisque c’était auparavant Scott Mellanby, qui a démissionné samedi, la veille du congédiement de Bergevin. Houle passe maintenant par John Sedgwick, gouverneur du Rocket. Houle disait aussi, mercredi matin, ne pas avoir encore parlé à Jeff Gorton, un homme qu’il dit n’avoir jamais rencontré. L’entraîneur-chef du Rocket a signé un contrat de trois ans l’été dernier, donc il jouit d’une certaine sécurité, contrairement à ses joueurs.

Poehling « va rester »

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Ryan Poehling

En cette saison où rien ne fonctionne pour le Canadien, la progression de Ryan Poehling fait partie des rares éléments encourageants. L’Américain compte 4 buts en 10 matchs avec le Canadien, après avoir amorcé la saison à Laval, où il totalisait 6 points en 7 matchs. « Il est arrivé ici, il était mindé, il est venu pour s’améliorer, a rappelé Houle. Il a joué de grosses minutes, il a gagné presque toutes ses mises au jeu, a marqué des buts, a joué en avantage et en désavantage numériques. Il a tout fait pour remonter et il a gardé le même rythme en haut. Tu le vois, il fonce au but, il ne pense pas, il ne fait que jouer au hockey. C’est comme ça qu’il va avoir du succès dans la Ligue nationale. Je pense qu’il va rester. Je pense qu’il comprend ce qu’il doit faire pour rester. »