Les sceptiques ne manquaient pas lorsque Brendan Gallagher a signé son premier contrat à long terme avec le Canadien, en novembre 2014.

Mathias Brunet
Mathias Brunet La Presse

Gallagher, 23 ans, obtenait 22,5 millions pour six ans, après une saison de 19 buts et 41 points en 81 matchs. Un salaire annuel de 3,75 millions parait moins faste aujourd’hui, mais à l’époque, le jeune homme devenait le troisième attaquant le mieux payé du club après Tomas Plekanec (5 millions) et Max Pacioretty (4,5 millions).

Non seulement Gallagher avait-il complété seulement deux saisons dans la LNH, sans atteindre la marque de 20 buts, mais son style rugueux, et donc plus susceptible d’engendrer des blessures, donnait des arguments aux dubitatifs.

Mais Marc Bergevin avait choisi de payer Gallagher pour ce qu’il allait donner au cours des années suivantes, selon son évaluation, et non pas pour ce qu’il avait donné en rendement depuis le début de sa carrière.

Le flair du DG du Canadien était juste. Gallagher a donné quatre saisons de 30 buts ou plus (au prorata d’une année de 82 matchs) et il est devenu le leader incontesté de l’équipe à l’attaque.

En octobre 2020, Gallagher, alors âgé de 28 ans, a signé une autre prolongation de contrat de six ans, à un salaire annuel de 6,5 millions. Marc Bergevin ne voulait pas se permettre de perdre un joueur d’une telle importance, malgré ses signes de ralentissement et d’usure. On a payé Gallagher pour son importance au sein du club, mais aussi par loyauté et services rendus. Il était, après tout, sous-payé pour un marqueur de 30 buts et plus. Mais on regrettera un jour ce contrat.

Nick Suzuki, lui, a été payé 7,8 millions par année pour huit saisons pour ce qu’il amènera à l’équipe dans le futur. Mais on commence déjà à voir poindre chez ce jeune homme de 22 ans une grande vedette.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Nick Suzuki

Pourtant, cette signature de contrat polarise. Un chroniqueur de Denver s’est même invité dans la discussion sur Twitter et se demande pourquoi on donne autant d’argent à un attaquant qui vient de connaitre deux saisons de 41 points.

S’il s’était donné la peine de sortir sa calculatrice, il aurait réalisé qu’une année de 41 points en 56 matchs lors d’une saison écourtée donne en fait 60 points au prorata d’une année de 82 matchs… à 21 ans.

S’il avait en plus tenu compte des séries éliminatoires, il aurait réalisé que le Canadien n’aurait jamais atteint la finale de la Coupe Stanley sans l’apport de leur meilleur compteur, Suzuki évidemment, doublé de leur meilleur buteur, avec 16 points, dont sept buts, en 22 rencontres, au sixième rang des compteurs de la LNH en séries.

D’ailleurs le DG de l’Avalanche, Joe Sakic, aurait pu rappeler à notre ami de Denver l’importance de faire signer des contrats à long terme à de jeunes joueurs avant qu’ils n’explosent.

Sakic a offert 44 millions pour sept ans à Nathan MacKinnon en juillet 2016 après des saisons de 38 et 52 points du jeune homme. Il devenait le joueur le mieux payé de l’Avalanche malgré un rendement inférieur aux attentes. MacKinnon vient de réussir des saisons de 97, 99, 93 et 111 points (au prorata), tout ça pour un salaire annuel de 6,5 millions...

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Nathan MacKinnon

MacKinnon vient au 93e rang des joueurs les mieux payés de la Ligue, derrière entre autres Evander Kane, Clayton Keller, Sean Monahan, Kevin Hayes et… Brendan Gallagher.

Il ne s’agit pas ici de comparer le potentiel de MacKinnon et Suzuki, évidemment, mais de saluer le flair de ces DG qui savent retenir à long terme leurs jeunes joueurs de talent à bon prix.

S’inspirer des Penguins…

Jeff Carter était leur premier centre; Danton Heinen leur premier ailier gauche. Evan Rodrigues, Ted Blueger et Brian Boyle, embauché pour un an la veille à la suite d’un essai professionnel, complétaient la ligne de centre. Drew O’Connor, jamais repêché, Dominik Simon, 22 points à sa dernière saison complète il y a deux ans, Sam Lafferty, et les défenseurs Chad Ruhwedel et Mark Friedman étaient aussi en uniforme mardi soir en l’absence de Sidney Crosby, Evgeni Malkin, Jake Guentzel et Mike Matheson. C’est seulement un match, évidemment, mais les Penguins ont joué avec fougue, ils ont joué collectivement surtout et ont donné une leçon aux champions de la Coupe Stanley lors du premier match de la saison. Voyons si le CH peut en faire autant avec tous ses blessés.

Pas de reconstruction à Nashville

Le DG des Predators, David Poile, vient d’envoyer un message clair au reste des troupes mercredi matin. En mettant sous contrat pour quatre ans son éventuel joueur autonome sans compensation, le défenseur de 31 ans Mattias Ekholm, pour quatre ans à un salaire annuel de 6,25 millions, il n’entend pas reconstruire à Nashville. Cette entente pourrait annoncer la signature prochaine de la star offensive du club, Filip Forsberg, 27 ans, lui aussi admissible à l’autonomie complète à la fin de la saison. Après une première moitié de saison catastrophique l’an dernier, les Predators ont réussi à se qualifier en séries grâce à une fiche de 20-7-2 pour clôturer l’année. Il faut maintenant espérer l’éveil de leurs deux vedettes surpayées Ryan Johansen et Matt Duchene.

De la casse mercredi soir à Washington ?

Le robuste ailier des Capitals, Tom Wilson, a été vecteur de changements à New York. Son attaque sauvage aux dépens de la vedette des Rangers, Artemi Panarin, a provoqué une suite de bouleversements qui ont mené au congédiement du président John Davidson et du directeur général Scott Gorton, et à l’embauche de joueurs plus robustes pour donner aux Blue Shirts une nouvelle identité, et surtout davantage de redresseurs de torts. Le hasard, ou est-ce un geste planifié de la part de la LNH, fait en sorte que Rangers et Capitals ouvrent leur saison l’un contre l’autre mercredi soir. Parmi les colosses embauchés par New York, Ryan Reaves, l’un des bagarreurs les plus craints de la Ligue, 6 pieds 2 pouces et 225 livres de muscles et de pugnacité, entend bien remettre Wilson à sa place. Il a été acquis pour ça, après tout ? L’ancien choix de première ronde du CH, le colosse Jarred Tinordi, a lui aussi obtenu une place dans le top 6 en défense pour l’occasion. Dommage qu’on ne parle que de ça, et non de la présence des jeunes Alexis Lafrenière et Kappo Kakko au sein des deux premiers trios des Rangers, mais il y a des comptes à régler parait-il…

À lire

1- Après un camp d'entraînement en demi-teinte, Ryan Poehling a été renvoyé à Laval mercredi matin. Il formera un premier trio intéressant chez le Rocket avec Rafaël Harvey-Pinard et Jesse Ylonen. On les reverra sans doute à Montréal prochainement !

2- La soeur de l'attaquant Anthony Mantha, Elizabeth, deviendra la première québécoise à arbitrer un match dans la Ligue américaine. Simon-Olivier Lorange lui a parlé.

3- Le Canada est à l'aube d'un match crucial contre le Panama dans sa quête d'une place à la Coupe du monde. Un texte de Jean-François Téotonio.