Les partisans n’ont pas été les seuls à être surpris lorsque le Canadien a sélectionné Logan Mailloux au 31rang du repêchage d’entrée de la LNH, vendredi soir. Le principal intéressé lui-même ne s’attendait pas à entendre son nom, a-t-il révélé samedi matin en visioconférence.

Simon-Olivier Lorange
Simon-Olivier Lorange La Presse

La sélection du CH a suscité la consternation dans le monde du hockey. Et pour cause. Le défenseur ontarien était classé parmi les meilleurs espoirs nord-américains de la cuvée 2021. Or, trois jours avant le repêchage, il avait lui-même diffusé un message sur les réseaux sociaux dans lequel il demandait aux équipes du circuit de ne pas le choisir, estimant « ne pas avoir fait preuve de suffisamment de maturité ou de caractère pour mériter [ce] privilège ».

Le jeune homme s’est rendu coupable d’un crime sexuel en novembre dernier, alors qu’il évoluait pour une équipe de la Suède. Il a été mis à l’amende par la justice de ce pays après avoir diffusé auprès de ses coéquipiers des images explicites de sa partenaire sans le consentement de cette dernière.

L’affaire a refait surface avant le repêchage. Mailloux s’est d’abord excusé dans une entrevue, mais sa victime a indiqué quelques jours plus tard ne pas croire à la sincérité de ses remords. Le jour même, le défenseur demandait que son nom soit ignoré au repêchage.

Cette manœuvre, en réalité, laissait le droit aux équipes de le sélectionner, et c’est ce qu’a fait le Tricolore à la toute fin du premier tour. Le défenseur a lui-même été pris de court : même s’il avait eu « plusieurs rencontres » avec l’organisation au cours de la dernière saison, pendant lesquelles les évènements de novembre 2020 avaient été abordés, ni Mailloux ni son agent n’avaient discuté avec le Canadien après sa publication sur les réseaux sociaux.

« Avant [la publication], on savait que quelques équipes l’avaient encore sur leur liste, mais après coup, on n’a pas reparlé à beaucoup de monde », a expliqué l’agent Dylan Liptrap à La Presse. La surprise d’une sélection au premier tour a donc été totale.

L’opinion de Mailloux n’a pas changé : il ne croit toujours pas qu’il « mérite » le privilège qui lui est accordé. N’empêche, devant le fait accompli, il espère avoir « un impact positif sur la communauté ».

La nouvelle a eu l’effet d’une bombe sur les réseaux sociaux, où le CH a été pourfendu par des partisans choqués, et a trouvé écho dans la société civile.

Samedi matin, Mailloux a avoué être habité par des sentiments « partagés ». Sans égard à ses actions passées, il réalise un rêve en se joignant à une équipe de la LNH. Mais il se dit conscient que cette histoire le hantera encore longtemps. « Je dois gagner la confiance des fans », a-t-il dit, afin qu’ils apprennent à l’« accepter ».

Alors que le directeur général Marc Bergevin a plusieurs fois répété, vendredi soir, que le Canadien allait « accompagner » le jeune homme, le rôle que jouera l’organisation dans son cheminement n’est pas encore établi. À court terme, indique Dylan Liptrap, on poursuivra l’application du plan élaboré avec les Knights de London, club junior avec lequel Mailloux s’alignera en 2021-2022.

Le joueur estime néanmoins que le Canadien « sait ce qu’il fait » et qu’il « sera capable de [l’]aider ». « Être à Montréal m’aidera à court et à long terme. »

« Manque de jugement »

Malgré l’enfilade rapide des évènements dans son cas, Logan Mailloux était préparé à répondre aux questions.

Il a d’abord lu une déclaration écrite, en anglais et en français. Comme il l’avait déjà fait au cours des derniers jours, il s’est désolé d’avoir fait un geste « stupide », témoignant d’un « manque de jugement » et qu’il a commis « sans y réfléchir à deux fois ».

J’ai causé du tort à cette personne [sa victime] et à sa famille et je le regrette profondément. Ce que j’ai fait fera malheureusement partie de ma vie et de la sienne. Je sais que ça la suivra toute sa vie.

Logan Mailloux

Il a en outre souligné à quel point il souhaitait devenir « une meilleure personne » et s'est dit persuadé que le Canadien allait « beaucoup l’aider ».

« Je veux utiliser mon histoire pour faire partie de la solution dans l’avenir », a-t-il ajouté. Et de préciser : « Je veux raconter mon histoire, que la jeune génération évite de reproduire mes erreurs. Si je peux aider des gens, je crois que ça aura un impact positif. »

Mailloux affirme se soumettre à une thérapie depuis « plusieurs mois » déjà. La professionnelle qui l’accompagne, à raison de deux rencontres par semaine, l’a aidé à faire le point sur sa vie et à trouver des manières de s’« améliorer » à la suite des évènements de l’automne dernier.

Depuis novembre, « je pense que j’ai changé », dit-il

« Plusieurs de mes traits de caractère ont changé. Je vois les choses différemment, je pense différemment. Je crois être plus réfléchi, plus attentionné. J’espère continuer à m’améliorer sur ces aspects. »