(Las Vegas) Alors, cette carte postale avec Jean-François Blais, on la publie dans la section Sports ? Dans les Arts ? Samedi prochain dans Immobilier ? À moins d’y aller dans Gourmand ?

Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Parce que voyez-vous, le jour de notre rencontre, ce musicien, directeur de tournoi de tennis et agent immobilier venait de passer la journée au fourneau. Sa femme, Melissa – une pâtissière –, était à l’extérieur pour la semaine, donc il prenait la relève pour assurer la production. « J’ai préparé 300 biscuits et 150 barres de quinoa. Je suis content de sortir de chez moi ! »

Blais demeure maintenant à Vegas depuis 18 ans. De son parcours, c’est évidemment son expérience de saxophoniste dans le spectacle Zumanity qui attire d’abord l’attention. Du 20 septembre 2003 au 14 mars 2020, le natif de Fleurimont a fait partie de cette aventure de quelque 7500 représentations, à raison de « deux spectacles par jour, cinq jours par semaine ». Il estime avoir manqué « environ 50 représentations ». La pandémie a signifié la fin de ce spectacle pour adultes.

Le monde de la musique étant ce qu’il est, ce n’est pas la fin de sa carrière pour autant, surtout pour un homme capable de toucher à tout. Il a été directeur musical pour un spectacle de Jewel, il y a trois ans, et a composé la musique d’American Crappie Trail, une émission de chasse et pêche.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-FRANÇOIS BLAIS

Jean-François Blais a joué du saxophone dans le spectacle Zumanity de 2003 à 2020.

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Pour les besoins de la section des sports, c’est surtout de tennis que l’on jasera avec Jean-François Blais, autour d’une bonne bouffe mexicaine en retrait de la rue Fremont, dans le vieux secteur de Vegas.

Depuis 2015 qu’il est directeur de son tournoi, de calibre Challenger chez les hommes et USTA Pro Circuit chez les femmes. Vegas ressort bien sûr du lot parmi les tournois Challenger ; rappelons qu’il s’agit du cinquième échelon de tournois chez les hommes, derrière les tournois du Grand Chelem, les Masters 1000 (comme la Coupe Rogers), les tournois de calibre 500 et 250. Au Canada, les villes qui accueillent des Challenger sont notamment Granby, Drummondville, Gatineau et Winnipeg.

Dans les circonstances, on devine qu’il n’a pas besoin de tordre un bras aux joueurs pour les convaincre de venir, même si les bourses et les points sont modestes.

« Vasek Pospisil a gagné la dernière édition, rappelle-t-il. On avait Jack Sock, Stevie Johnson, des joueurs qui ne devraient pas être dans un Challenger. Thanasi Kokkinakis a gagné avant ça. On a eu Frances Tiafoe, des joueurs plus connus parce que c’est Vegas, parce qu’on s’assure qu’ils s’amusent. J’essaie de leur trouver des billets de spectacle ou des passes pour jouer au golf. »

Son tournoi a toutefois les défauts de ses qualités. Un tournoi à Vegas, ça attire les joueurs, mais c’est plus difficile avec les commanditaires.

Disons qu’à Drummondville, t’as un Challenger. Dans la région, c’est le principal évènement cette semaine-là. Mais ici, t’as du choix ! Tu peux aller voir Sting, Céline, t’as 42 000 shows.

Jean-François Blais

« On approche les commanditaires, on leur dit : ‟Voici ce qu’on a.” Et ils demandent : ‟Est-ce que Roger Federer vient ? Rafael Nadal ?” Ils ne comprennent pas pourquoi on n’a pas les plus grandes vedettes, quand t’as la possibilité d’aller voir Guns N’Roses à côté ! »

Et puis, comme pour la musique, la pandémie est venue changer ses plans. Le tournoi de 2020 a été annulé l’automne dernier. Il était prêt à le présenter à huis clos, mais l’État du Nevada a limité les rassemblements à 50 personnes, trois semaines avant le début du tournoi. « Avec les joueurs, les organisateurs et les bénévoles, c’est impossible, à 50 personnes ! », rappelle-t-il.

Contrairement à Zumanity, son tournoi reviendra toutefois cette année.

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On se quitte après un souper bien satisfaisant, qui aura permis de sortir de la cacophonie de la Strip pour quelques heures. Un restaurant que l’on ajoute à notre carnet d’adresses pour notre prochaine visite à Vegas.

Deux jours plus tard, on le retrouvera dans un autre estaminet de qualité du secteur Downtown Las Vegas. Un autre bon souper, malgré un service inégal, ce qui est un peu la réalité des restaurants de bien des villes en cette période de relance. Entre-temps, il nous enverra aussi dans le Chinatown de Vegas, secteur méconnu des visiteurs, où il y a moyen de bien manger. Décidément, notre intervenant connaît les bonnes adresses de sa ville d’adoption.

On vous l’avait dit que cette carte postale aurait pu aller dans la section Gourmand !