Il serait injuste de blâmer uniquement le capitaine Shea Weber pour les insuccès récents du Canadien.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Mais un club ne peut s’extirper d’une crise sans que son prétendu défenseur numéro un, capitaine et plus haut salarié en défense ne soit au sommet de son art.

Weber tente de survivre sur la patinoire plus souvent qu’autrement. Les choses n’allaient déjà pas très bien en compagnie de Ben Chiarot, avec qui il formait pourtant un redoutable duo lors des séries l’été dernier.

Dominique Ducharme lui a offert le défenseur gaucher le plus fiable de l’équipe, Joel Edmundson, sans succès. Le voilà avec Brett Kulak depuis deux matchs. Guère mieux.

Avec sept minutes à faire en troisième mercredi, et un déficit d'un seul but, Weber a commis deux erreurs coup sur coup qui ont mené au but assommoir des Flames.

En possession de la rondelle en fond de territoire, sans pression, au moment où les attaquants de l’équipe effectuaient un changement de trio, le capitaine du CH a effectué une longue passe transversale en diagonale vers la zone neutre.

Certains auraient pu croire à un manque de communication entre Danault et Weber, mais il n’en était rien. La rondelle est passée quatre pieds derrière Danault à au moins deux pieds de la glace. En bref, il n’y avait personne… sauf le défenseur des Flames, Rasmus Andersson. Celui-ci a profité de la confusion et du changement d’effectifs pour contre-attaquer.

Ce vilain jeu a empêché Kulak de retraiter à temps au banc, après presque 1:20 sur la glace, Suzuki et Toffoli ont tenté d’arriver le plus rapidement possible du banc et, pour couronner le tout, Weber lui-même a remis le disque par accident à Josh Leivo près de l’enclave.

Leivo, dont c’était le cinquième but, est membre du quatrième trio des Flames, avec Derek Ryan, deux buts, et Brett Ritchie, deux buts.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Josh Leivo (27) célèbre avec ses coéquipiers après avoir marqué le troisième but des Flames en troisième période, mercredi soir.

Ça n’est pas la seule gaffe de Weber récemment. Sans compter son manque de vitesse. On le voit régulièrement battu par des attaquants adverses.

Au point où Dominique Ducharme doit diminuer ses responsabilités. Contre Toronto lundi, on a tenté toute la soirée de le soustraire au trio d’Auston Matthews. Celui-ci a marqué son seul but lors d’une rare présence contre Weber.

Le capitaine a joué 24 minutes ou plus 38 fois l’an dernier, dont sept fois en dix matchs de séries éliminatoires.

Il a atteint cette marque seulement 8 fois en 40 matchs cette année, mais une seule fois à ses 24 dernières rencontres. Il a joué moins de 22 minutes neuf fois lors des 11 derniers matchs.

Non seulement est-il vulnérable défensivement, mais il génère désormais très peu offensivement. Il a 10 points à ses 30 derniers matchs. Seulement 8 de ses 18 derniers points ont été obtenus à égalité numérique.

Marc Bergevin a toujours espéré voir Shea Weber vieillir comme Zdeno Chara à Boston.

Chara était toujours un élément important des Bruins en finale de la Coupe Stanley à 42 ans. Mais il comptait à ses côtés un jeune défenseur de premier plan, Charlie McAvoy. Weber, 36 ans en août, n’a pas ce luxe.

Arrive un moment dans une carrière où cette précieuse fraction de seconde d’exécution n’existe plus. On perd de la mobilité. De la confiance aussi. Weber en est-il arrivé à ce point ?

Pour les plus optimistes, le capitaine du Canadien a déjà vécu de tels types de passages à vide. Ce fut le cas l’an dernier, avant qu’il ne retrouve sa superbe en séries éliminatoires. Mais sa période d’insuccès semble se prolonger cette année.

Que faire alors ? Pas grand-chose. Sinon prier et continuer à diminuer ses responsabilités, espérer aussi que le retour de Ben Chiarot puisse l’aider un peu, quoique les deux en arrachaient au moment où celui-ci s’est blessé. Pour l’instant, personne n’est en mesure de prendre sa relève au sein du top 4 à droite.

Faudrait aussi que le reste des troupes jouent avec un sentiment d’urgence, comme lundi contre les Leafs, et que Carey Price nous revienne en pleine forme, sinon le printemps risque d’être amer…