Retour sur le deuxième passage de Claude Julien derrière le banc du Canadien de Montréal

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

2016-2017 : le retour

Fiche : 16-7-1

Un peu moins de six ans après avoir soulevé la Coupe Stanley avec les Bruins de Boston, dont il est devenu l’entraîneur-chef le plus victorieux de l’histoire du club, Claude Julien est congédié le 7 février 2017. Son équipe a raté les séries éliminatoires au cours des deux saisons précédentes et, avec une fiche de 26-23-6, elle menace d’en être exclue une fois de plus.

Marc Bergevin ne perd pas de temps : le 14 février, soit une petite semaine plus tard, même si le Canadien trône au sommet de la division Atlantique, le directeur général montre la porte à l’entraîneur-chef Michel Therrien et annonce que c’est Julien qui le remplacera.

Pour Julien, il s’agit d’un deuxième passage derrière le banc du Tricolore, et d’un deuxième en remplacement de Therrien. Il avait été en poste de janvier 2003 à janvier 2006, à une époque où le Canadien portait encore les stigmates des années noires 1998 à 2001.

Max Pacioretty est alors le capitaine de l’équipe et en est le grand leader offensif. Il terminera la saison avec 67 points, dont 35 buts, suivi d’Alexander Radulov (54 points) et d’Alex Galchenyuk (44).

Devant le filet, Carey Price signe l’une des meilleures campagnes de sa carrière, avec 37 victoires.

Sous la gouverne de Julien, l’équipe présente une fiche de 16-7-1. Sa moyenne de ,688 est le 7e de la LNH. Son club remporte le titre de la division Atlantique et se mesure aux Rangers de New York au premier tour des séries éliminatoires, subissant la défaite en 6 matchs.

2017-2018 : les bas-fonds

Fiche : 29-40-13

L’été 2017 est mouvementé sur le plan du personnel. Pas moins de quatre défenseurs gauchers quittent l’organisation : Andrei Markov ne signe pas de nouveau contrat, Alexei Emelin est réclamé par les Golden Knights de Vegas au repêchage d’expansion, Nathan Beaulieu est échangé contre un choix au repêchage et l’espoir Mikhail Sergachev passe au Lightning de Tampa Bay en retour de Jonathan Drouin.

En défense, on voit apparaître les Karl Alzner, Joe Morrow et Jakub Jerabek. Comble de malheur, Shea Weber se blesse en décembre et ne jouera plus de la saison.

En attaque, on déplore la perte de Radulov, parti à Dallas. Pacioretty connaît la pire saison de sa carrière. Les blessures affligent des joueurs à toutes les positions, y compris devant le filet, où Price est limité à 49 matchs. Sur le plan statistique, celui-ci connaît les moments les plus difficiles de sa carrière.

La campagne s’amorce de la pire des façons imaginables, avec 8 défaites au cours des 10 premiers matchs, et la saison est finalement l’une des pires de l’histoire du club tout court. Sa récolte de 71 points est la plus faible en deux décennies. Seules deux saisons affichent de plus faibles récoltes en près de 70 ans.

Le Tricolore rate les séries éliminatoires pour la deuxième fois en trois ans. Il termine au 28e rang du classement général et obtient le troisième rang au terme de la loterie du repêchage 2018. L’équipe repêche alors Jesperi Kotkaniemi.

2018-2019 : trop peu, trop tard

Fiche : 44-30-8

Bergevin apporte deux changements majeurs dans son effectif avant le début de la saison. Max Domi arrive des Coyotes de l’Arizona contre Alex Galchenyuk, mais surtout, Max Pacioretty prend le chemin de Vegas. En retour, Tomas Tatar s’amène à Montréal sur-le-champ, tandis que Nick Suzuki demeure dans les rangs juniors pour une autre année.

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Tomas Tatar


Les deux nouveaux venus ont un impact immédiat. Domi et Tatar, avec 72 et 58 points, signent chacun la meilleure récolte de leur carrière. Price retrouve quant à lui ses moyens et le Tricolore est une équipe dominante à domicile.

Malgré une défense fragile et une profondeur déficiente en attaque, l’équipe de Julien se maintient dans la course aux séries éliminatoires pendant toute la saison.

C’est toutefois trop peu, trop tard : en dépit d’une poussée de 7-2-1 en fin de parcours, le Canadien rate les séries pour la deuxième année de suite, coiffé au fil d’arrivée par les Blue Jackets de Columbus, qui le devancent de deux petits points.

Pour les partisans, la situation est d’autant plus frustrante que les 96 points du Canadien constituent une performance supérieure à celle de trois équipes de l’Association de l’Ouest.

De l’aveu de Bergevin, cette conclusion est une déception, quoique « un pas dans la bonne direction ».

2019-2020 : la chute

Fiche : 31-31-9

L’opinion est quasi unanime : la saison 2019-2020 a été une catastrophe. Ça s’était pourtant bien amorcé : après 20 matchs, l’équipe totalisait 11 victoires et 26 points et était l’une des équipes les plus efficaces de la LNH.

L’effondrement qui a suivi a été total. Au cours de ses 51 matchs suivants, soit jusqu’à l’interruption des activités de la ligue en raison de la pandémie de COVID-19, le Tricolore a terminé 29e parmi les 31 équipes du circuit en ce qui a trait au pourcentage de points récoltés par match (44 %).

2019-2020, c’est la saison de l’embauche malheureuse du gardien auxiliaire Keith Kinkaid, celle du renvoi de Kotkaniemi dans les mineures, celle de blessures majeures de Paul Byron et de Jonathan Drouin, celle de Jordan Weal sur le jeu de puissance. Et, surtout, celle de deux séquences de huit défaites de suite qui ont saccagé le moral des troupes.

Au cours de ces deux séries d’insuccès, on sent Julien dans une position de plus en plus précaire. L’entraîneur semble à court de solutions. Malgré tout, la rumeur lui reste relativement favorable, puisqu’il doit composer avec des effectifs d’une rare faiblesse.

L’embauche d’Ilya Kovalchuk, au tout début de l’année 2020, a apporté un peu d’air frais, mais le Russe est parti pour Washington à la date limite des transactions. Nate Thompson, Nick Cousins et Marco Scandella ont aussi été échangés.

La saison écourtée à 71 matchs aura finalement épargné aux partisans une longue agonie en fin de parcours, alors que Dale Weise et Karl Alzner étaient devenus des joueurs réguliers.

L’entraîneur et son équipe ont toutefois pu se racheter lorsque la LNH a annoncé que, pour son tournoi éliminatoire, elle élargissait ses cadres à 24 équipes, ce qui donnait la toute dernière place disponible au Tricolore.

Les séries ont vu Kotkaniemi et Suzuki s’imposer et Price retrouver sa superbe, si bien que le Canadien a éliminé les Penguins de Pittsburgh au tour préliminaire. Le club a perdu au tour suivant contre les Flyers de Philadelphie, opposant toutefois une résistance laissant espérer des jours meilleurs.

PHOTO FRANK GUNN, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Artturi Lehkonen (62) célèbre un but contre les Penguins, en août dernier

2021 : fin de cycle

Fiche : 9-5-4

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Tyler Toffoli

Galvanisé par le succès de son club en séries et profitant d’une marge de manœuvre salariale favorable, Bergevin passe à l’attaque. Il comble la plupart des lacunes de son équipe en acquérant un gardien auxiliaire (Jake Allen), un défenseur robuste (Joel Edmundson) et deux ailiers axés sur l’attaque (Josh Anderson et Tyler Toffoli), en plus d’ajouter à son escouade de réserve Corey Perry et Michael Frolik, deux vétérans expérimentés qui ont gagné la Coupe Stanley. Le jeune défenseur Alex Romanov arrive enfin de Russie.

Au camp d’entraînement, la fébrilité est palpable. Et dès le début de la saison, la machine fonctionne à plein régime. Il faut attendre au huitième match de la saison pour que le Canadien subisse une première défaite en 60 minutes. L’attaque est dévastatrice, l’avantage numérique aussi. Les quatre trios donnent du leur, les trois duos de défenseurs aussi. Julien peine à trouver les mots pour vanter, jour après jour, la profondeur de sa formation. Et ça fonctionne tout autant chez les gardiens, dans un nouveau partage des tâches.

Mais graduellement, le vernis s’écaille. La magie des débuts n’y est plus. L’attaque ralentit indubitablement. La défense se désorganise. L’indiscipline, talon d’Achille du premier jour, semble ancrée pour de bon dans les mauvaises habitudes sur la glace. Carey Price ne fait plus les arrêts qu’il faisait.

À l’évidence, le « système » de Julien est cassé, alors que s’accumulent les erreurs. Suzuki déplore que ses coéquipiers et lui ne jouent plus « pour gagner », mais pour « ne pas perdre ». Weber s’inquiète de l’« énergie négative » qui entoure le club.

Deux défaites contre les Sénateurs d’Ottawa sonnent le glas pour Julien. Le mercredi 24 février, soit quatre ans et dix jours après son embauche, Bergevin annonce avoir congédié son entraîneur-chef ainsi que Kirk Muller, entraîneur associé. Dominique Ducharme, adjoint jusque-là, prend la relève sur une base intérimaire.

Sans désavouer Julien, Bergevin insiste sur l’importance d’une « nouvelle voix » et parle d’un « nouveau modèle » d’entraîneur.

Celui qui saura, souhaite-t-il, redresser la barre d’un bateau à la dérive. Afin que cette cuvée 2021 du Canadien ne soit pas la toute première de l’histoire de la franchise à rater les séries quatre fois de suite.