Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Trois défaites consécutives ?

Ça arrive. Même aux meilleures équipes.

Trois défaites consécutives, dont deux contre le pire club de la Ligue nationale ?

C’est plus inquiétant. C’est un signe que la machine est déréglée. Les boulons sont lousses. Le moteur tousse.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

L’entraîneur du Canadien de Montréal, Claude Julien, entouré de Corey Perry et Jesperi Kotkaniemi lors de la rencontre contre les Sénateurs d’Ottawa, mardi soir

Naguère fiable, Carey Price est désormais instable. Spectaculaire pour contrer Brady Tkachuk, Colin White ou Nick Paul. Faible sur un but de la pointe d’Erik Brännström. Sur la planète Mars lors du but égalisateur de Tkachuk. Chaque tir dirigé vers lui est une aventure. « Il a fait de gros arrêts, mais c’est sûr qu’il y a des buts qu’il voudrait revoir », a convenu l’entraîneur-chef Claude Julien après la rencontre.

Le problème, c’est que Price traverse des zones de turbulence soir après soir.

Selon le site de statistiques Evolving Hockey, le gardien du Canadien a maintenant accordé sept buts de plus qu’anticipé, en fonction de la qualité des tirs reçus. Ce sont sept buts de trop, en seulement 11 matchs.

Un des pires résultats de la ligue. Pour la quatrième fois cette saison avec Price devant le filet, l’adversaire termine la soirée avec 5 buts ou plus.

Évidemment, Carey Price n’est pas le seul responsable des insuccès de l’équipe. Les Sénateurs ont quand même cadré 39 tirs, mardi. Soit autant que dimanche soir, lors de l’affrontement précédent entre les deux équipes.

Là encore, c’est trop. Beaucoup trop.

Trop de couvertures ratées des défenseurs.

Trop de replis mous des attaquants.

PHOTO MARC DESROSIERS, USA TODAY SPORTS

Josh Norris, des Sénateurs d’Ottawa, a trouvé le fond du filet du gardien du Canadien de Montréal, Carey Price, lors de la rencontre entre les deux équipes mardi soir

Trop d’adversaires laissés seuls dans l’enclave. Surtout Brady Tkachuk, qui a vissé son bureau à quelques pieds de Carey Price, sans être trop dérangé. Sauf une fois. Par Ben Chiarot, qu’il a envoyé à l’infirmerie après un solide coup de poing sur le nez. Tkachuk a terminé la série de deux matchs contre le Canadien avec 3 buts, 1 aide, 12 tirs et autant de mises en échec. Un pied de nez au Tricolore, qui lui a préféré Jesperi Kotkaniemi, au repêchage de 2018.

Autre source d’inquiétude chez le Canadien : les unités spéciales, qui n’ont rien de spécial. Toutes en panne sèche. En infériorité numérique, c’est carrément épouvantable. Pendant un surnombre de quatre minutes, en début de deuxième période, les Sénateurs ont réussi à cadrer neuf tirs.

Oui.

Neuf tirs.

C’est plus que n’importe quel joueur de centre du Canadien depuis cinq matchs.

C’est inacceptable.

À l’opposé, plusieurs vétérans ont relevé leur jeu d’un cran, mardi. Notamment le capitaine Shea Weber (2 buts, + 3, 3 tirs cadrés, 4 tirs bloqués), son assistant Brendan Gallagher (+ 2, 5 tirs, fougueux), Phillip Danault (2 aides, + 2), Josh Anderson (7 tirs) et Jonathan Drouin (1 but). Ça me laisse croire, contrairement à ce que d’autres avancent, que les joueurs ne souhaitent pas le départ de Claude Julien. L’effort est là. C’est plutôt l’exécution qui laisse à désirer.

N’empêche, Claude Julien devra réparer sa machine. Et vite.

L’année dernière, il avait l’excuse – valable – de ne pas posséder tous les outils nécessaires pour gagner. Mais cette saison, son coffre est plein. Il a de la profondeur au centre, sur les ailes, à la défense et devant le filet. Sa formation doit gagner plus souvent. Les partisans ont des attentes élevées. Ses patrons aussi.

Claude Julien devra trouver des solutions pour sortir l’équipe de la gadoue dans laquelle elle est empêtrée. Il doit relancer le jeu de puissance, anémique. Dynamiser l’infériorité numérique, passive. Dépêtrer le trois contre trois, affligeant.

Parce qu’en cette saison écourtée, avec tous les renforts ajoutés l’été dernier, je ne crois pas que le directeur général Marc Bergevin tolérera une autre séquence de huit défaites consécutives, comme l’année dernière.