Tôt ou tard, le Canadien allait en perdre une en 60 minutes. Tôt ou tard, la cadence infernale de l’attaque allait ralentir. Tôt ou tard, le Tricolore allait affronter un gardien d’élite.

Mis à jour le 30 janv. 2021
Guillaume Lefrançois
Guillaume Lefrançois La Presse

Tout ça s’est passé samedi soir. Jacob Markstrom n’est pas David Rittich, il est encore moins Mikko Koskinen. Markstrom a donné au Tricolore sa meilleure opposition de la saison, et le gardien des Flames a quitté le Centre Bell avec son deuxième jeu blanc en six matchs, un triomphe de 2-0 sur le CH.

Pour une première défaite, elle n’était pas gênante, remarquez. Après plusieurs triomphes à sens unique, on aurait pu s’attendre à ce que les hommes de Claude Julien soient victimes d’une « correction boursière », mais ils se sont battus dignement. C’est un match qu’ils ont essentiellement perdu sur une bête erreur en désavantage numérique – jamais une bonne idée de donner tout ce temps et tout cet espace à Johnny Gaudreau – pendant qu’à l’autre bout, Markstrom a fait son travail. L’autre but a été marqué dans un filet désert.

« C’est un bon gardien, mais il y a toujours moyen de marquer, a rappelé Brendan Gallagher. On n’a pas profité de nos chances et il a fait de bons arrêts. Mais parfois, les défenseurs tiraient et on ne lui bloquait pas assez la vue. »

Un apprentissage

S’il y a une idée qui revient souvent dans les entrevues depuis le début de la saison, c’est que le Canadien peut pratiquer « tous les styles de jeu ». Marc Bergevin a donné le ton en l’énonçant au jour 1 du camp d’entraînement. Ses joueurs l’ont répétée, et vendredi, c’était au tour de Geoff Ward, l’entraîneur-chef des Flames, de la lancer.

Entendons-nous : Ward le disait sans doute en partie pour faire bien paraître son vieil allié Claude Julien, mais il y avait un fond de vérité.

Il est tout de même intrigant de noter que les Montréalais ont perdu le premier match de la saison à avoir des allures de match des séries. C’est précisément pour ce type de match que l’équipe est prétendument mieux outillée, avec l’ajout de joueurs robustes qui arrivaient presque tous avec une bague de la Coupe Stanley au doigt.

Un match robuste, ponctué de plusieurs querelles entre les joueurs (on y reviendra), où les jeux qui donnaient des buts en apparence si faciles, jusqu’ici, n’étaient plus présents. D’ailleurs, c’est probablement le premier match de la saison où le Tricolore n’a pas obtenu d’échappée.

Cela dit, il y a une différence entre perdre un match de ce style et ne pas être capable de pratiquer ce style. À ce sujet, Ben Chiarot avait une explication.

« On a des jeunes comme Nick Suzuki, Jake Evans, même Alexander Romanov, qui n’a pas peur du jeu rude. En gagnant de l’expérience, on devient plus à l’aise dans ces matchs un peu plus chauds. Plus ça avancera, plus ils seront à l’aise et on les verra jouer de façon plus robuste, a expliqué Chiarot.

Une autre bonne mise en échec

Parce que oui, de la robustesse, il y en a eu. Jesperi Kotkaniemi en a fait les frais, plaqué solidement par Dillon Dubé. Ça a particulièrement chauffé entre Gallagher et Mikael Backlund, les deux numéros 11, qui se picossaient comme Kevin et Buzz pendant les préparatifs de voyage des McCallister.

PHOTO BERNARD BRAULT, LA PRESSE

Mikael Backlund et Brendan Gallagher

En sous-carte, Josh Leivo contre Alexander Romanov, Corey Perry contre Rasmus Andersson, Gallagher contre Andersson. Sans grande surprise, les deux clans semblaient se crier des insultes en rentrant au vestiaire au son de la sirène finale. L’effet des matchs consécutifs contre les mêmes équipes commence à se faire sentir…

« On savait que le niveau d’animosité allait grimper, a reconnu Gallagher. Notre équipe aime de genre de match. Je pense que la robustesse nous a aidés dans notre jeu. On n’a juste pas été capables de la mettre dedans. Il faut travailler plus que leur gardien. »

Après deux semaines d’action, nombreux étaient ceux qui craignaient un trop faible calibre dans la division Nord. On a vu des Flames mieux reposés que jeudi, qui jouaient devant un meilleur gardien. Voici des Canucks revigorés, avec un Elias Pettersson qui s’est retrouvé, qui débarquent au Centre Bell lundi et mardi.

Les victoires de 5-1 et de 7-3 ne seront peut-être plus aussi nombreuses. On verra comment s’ajustera le Canadien dans d’autres styles de matchs.

Dans le détail

Tkachuk doux comme un agneau

Jeudi, on a vu Matthew Tkachuk jeter les gants contre Ben Chiarot. L’avant-veille, contre les Maple Leafs de Toronto, il avait pété les plombs après que Jake Muzzin eut faiblement envoyé une rondelle vers lui après la sirène finale. Il était donc légitime de se demander quel joueur du Canadien goûterait à sa médecine samedi. Or, le fils de Keith a été doux comme un agneau. Ç’a été moins fructueux offensivement – son trio a été complètement dominé en possession de rondelle à 5 contre 5 –, mais il s’est contenu toute la soirée, au grand plaisir de son entraîneur. « C’est un gars qui joue avec émotion, a analysé Geoff Ward. Mais on le veut sur la glace. On s’attend de lui qu’il soit impliqué émotionnellement dans le match, mais qu’il demeure en contrôle. C’est ce qu’il a fait. »

Le courage de Valimaki

Le défenseur Juuso Valimaki avait connu un match pitoyable dans la défaite des siens, jeudi. Et samedi, il n’avait pas l’air d’un futur gagnant du trophée Norris non plus. Mais il mérite indéniablement la médaille du courage pour s’être jeté devant un lancer de Shea Weber, tôt en deuxième période, alors que le Canadien évoluait en avantage numérique. « On a vu tout le monde au banc frapper avec son bâton pour l’encourager ; ce sont de petits détails comme ceux-là qui peuvent changer le momentum dans un match », a salué le gardien Jacob Markstrom. Sur ce dernier point, on se gardera une réserve, puisque les Flames n’ont obtenu aucune chance de marquer au deuxième vingt, selon le site NaturalStatTrick. Cela n’empêche pas que Markstrom, malgré une performance étincelante, a profité d’un effort concerté de ses coéquipiers, qui ont bloqué 22 lancers. À lui seul, Rasmus Andersson en a stoppé cinq.

Toffoli à toutes les sauces

Tyler Toffoli a dûment gagné son salaire, samedi soir. Après que Josh Anderson eut retraité au vestiaire en début de deuxième période, Claude Julien s’est tourné vers lui afin de jouer à la droite de Nick Suzuki et Jonathan Drouin. Au demeurant, Toffoli a été l’un des attaquants les plus utilisés en infériorité numérique et a été le joueur du Canadien qui a le plus joué à 5 contre 4. On en arrive à un grand total de 22 min 8 s, tout près de son sommet personnel de 22 min 47 s établi en octobre 2016. Sans ruiner son quart de travail, les trois revirements ajoutés à sa fiche représentent toutefois une ombre au tableau. Il a commis sa bourde la plus spectaculaire juste avant le mi-match lorsque, au cours d’un avantage numérique, il a dégagé avec le patin une rondelle qui s’est retrouvée directement sur le bâton de Mark Giordano. Quelques secondes plus tard, il écopait lui-même d’une punition qui annulait l’attaque massive des siens.

Mete dans la tourmente

Victor Mete n’a disputé aucun des huit matchs de son équipe cette saison, et pour tout dire, personne ne parlait de lui. Ç’a changé drastiquement pendant le deuxième entracte samedi soir, lorsque le journaliste Salim Nadim Valji, de TSN, a écrit sur Twitter que le défenseur avait exigé une transaction. Il n’en fallait pas plus pour enflammer les réseaux sociaux. Un peu plus tard, Pierre LeBrun, lui aussi de TSN, indiquait plutôt que le directeur général du Canadien, Marc Bergevin, avait nié la rumeur et affirmé qu’il n’allait pas échanger le joueur de 22 ans. Tard en soirée, l’agent de Mete, Darren Ferris, a écrit à La Presse qu’il était devenu « clair que [Mete] ne jouerait pas ». « Dans un monde idéal, il aimerait rester à Montréal, mais dans les circonstances actuelles, c’est impossible », a-t-il poursuivi, ajoutant qu’une transaction serait le meilleur scénario « pour le joueur et pour l’équipe ». – Simon-Olivier Lorange

Ils ont dit

Ça ressemblait à un coup directement à la tête. Je ne suis pas sûr de ce qu’ils [les arbitres] ont vu, mais de mon angle, c’était à la tête.

Ben Chiarot, sur le coup d’épaule de Dillon Dubé à la tête Jesperi Kotkaniemi

Je ne l’ai pas vu, il est arrivé assez vite. Je n’ai pas beaucoup de commentaires à faire.

Jesperi Kotkaniemi, sur le même sujet

J’ai aimé la réponse de Webby. C’est ce qui va arriver chaque fois [qu’on s’en prend à un joueur du CH].

Brendan Gallagher, à propos de la même séquence

Je n’ai pas besoin d’en dire beaucoup, c’est assez évident.

Claude Julien, toujours à propos de ce contact

Quand on a acquis Jake [Allen], on était emballés. On sait que quand Price n’est pas là, on a un gars tout aussi fiable. On ne perd rien. Il a connu un excellent match.

Brendan Gallagher

On a eu beaucoup d’occasions, ça n’a juste pas été en notre faveur. Il faudra profiter de nos chances.

Jesperi Kotkaniemi

[En avantage numérique] on cherchait peut-être plus de beaux jeux au lieu de tirer. On a parfois forcé des jeux. On aurait pu se créer des retours.

Claude Julien

Quand ton gardien joue de cette manière, tu ne peux pas perdre. Les gars ont bloqué des tirs, se sont investis, mais c’est [Jacob Markstrom] qui a été notre pilier.

Mark Giordano

On n’a pas joué beaucoup avec l’avance récemment, alors ç’a fait du bien de marquer le premier but. […] On a joué intelligemment en troisième période en gardant les attaquants [du Canadien] devant nous et en limitant les surnombres. On ne s’est pas fait prendre.

Matthew Tkachuk

J’ai bien aimé notre travail défensif en première et en troisième période, mais en deuxième, on leur a donné une tonne de chances. Il y a des éléments sur lesquels bâtir et d’autres dont on doit apprendre.

Geoff Ward, entraîneur-chef des Flames

– Propos recueillis par Guillaume Lefrançois et Simon-Olivier Lorange

En bref

Des symptômes grippaux pour Anderson

La nouvelle a semé la confusion sur la galerie de la presse en deuxième période lorsqu’on a appris que Josh Anderson ne reviendrait pas au jeu dans ce match. On a eu beau chercher, personne n’arrivait à trouver la séquence suspecte au cours de laquelle le gros ailier droit aurait pu se blesser. Après la rencontre, Claude Julien a révélé qu’Anderson affichait plutôt des symptômes grippaux et que le personnel médical du club l’avait renvoyé chez lui. Il a passé un test de dépistage de COVID-19, qui s’est révélé négatif, et sera de nouveau testé dimanche, alors que l’équipe profitera d’un congé complet. « Avec tout ce qui se passe en ce moment, notre personnel a agi de prudence », a fait valoir Julien.

– Simon-Olivier Lorange

En hausse 

Jake Allen

Il n’a rien à se reprocher pour sa première défaite de la saison. Il a gardé son équipe dans le match et a livré une meilleure prestation qu’à son dernier départ.

En baisse 

Corey Perry

Un seul tir malgré plus de 16 minutes de jeu. Il a eu ses bons moments en avantage numérique, il s’est impliqué devant le filet, mais a été plutôt tranquille à forces égales.

Le chiffre du match 

7

Encore ce chiffre… Cette fois, c’est Johnny Gaudreau, qui prolonge à sept sa série de matchs avec au moins un point. Et, tant qu’à y être, Nick Suzuki voit la sienne s’arrêter à sept !