Pour la première fois depuis très longtemps, Joël Teasdale fait parler de lui parce qu’il joue au hockey.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Ça peut sembler anodin. Mais pour l’attaquant de 21 ans, ce ne l’est pas. Pas du tout, même.

Depuis deux ans, il a été question de sa blessure à un genou, une grave déchirure ligamentaire subie en août 2019. Il a encore davantage été question de sa longue convalescence qui, combinée à la pandémie, l’a obligé à passer 20 mois sans disputer un match ; une séquence qui, si tout se passe comme prévu, devrait se terminer au début du mois de février avec la reprise des activités de la Ligue américaine.

Il a aussi été question, sur une note plus légère, de son entraînement effectué dans sa cour arrière, avec les moyens du bord, en compagnie de Rafaël Harvey-Pinard, ami et coéquipier.

Le Québécois ne s’est donc pas fait prier, mercredi, pour parler de son expérience au camp d’entraînement du Rocket de Laval depuis quelques jours ainsi que de son passage au camp du Canadien en janvier.

Bientôt, il fera enfin ses débuts dans les rangs professionnels, lui qui a disputé son dernier match junior le 26 mai 2019 avec les Huskies de Rouyn-Noranda, en finale de la Coupe Memorial.

« J’étais un peu rouillé, mais là, ça revient ! », a-t-il dit en visioconférence après l’entraînement matinal du Rocket au Centre Bell.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Joël Teasdale et Rafaël Harvey-Pinard à l’entraînement en novembre dernier… avec les moyens du bord !

Cela n’empêche pas qu’au cours des premiers jours avec les joueurs du Canadien, il a trouvé « difficile » le retour à la réalité. « Je me trouvais loin, dit-il. Mais plus le camp avançait, plus je m’entraînais et mieux je me sentais. »

Au sein du groupe B, entièrement constitué de joueurs destinés à la Ligue américaine, il se « sentait bien ». À sa place. Et c’est tant mieux, car il se voit passer un bon bout de temps à Laval sous les ordres de Joël Bouchard, son entraîneur pendant trois saisons et demie avec l’Armada de Blainville-Boisbriand.

Le jeune joueur estime que son ardeur au travail est celle des pros. Mais sur le plan technique, il devra faire ses classes dans la Ligue américaine pendant « une, deux, peut-être trois saisons ». « J’ai amélioré mon patin, notamment mon explosion, mais il y a encore du travail à faire, illustre-t-il. Je ne suis pas où je voudrais être. Mais je suis moins loin que je pensais. »

Questionné sur l’état de son genou blessé, il estime être « revenu à 100 %, même mieux qu’avant ».

Mais encore ? « J’ai un genou vieux d’un an et un autre, de 21 ans. C’est sûr que ça fait du bien ! »

Transition

À court terme, il sait déjà que son rôle ne sera pas celui qu’il occupait chez les juniors.

En 2018-2019, sa dernière saison dans la LHJMQ, divisée entre Blainville et Rouyn, il a inscrit 41 buts et totalisé 80 points avant d’ajouter 34 points en 20 matchs éliminatoires.

À Laval, il sait déjà que les missions défensives dicteront son succès, et ce, bien qu’il croie en ses moyens et qu’il souhaite « transférer » sa touche offensive avec lui à l’échelon supérieur.

« Je sais que je serai davantage un joueur d’énergie, un gars fiable en défense, a-t-il expliqué. N’importe quel joueur aime multiplier les buts et les passes. Mais à court terme, c’est ma saison recrue, je veux me concentrer sur les petits détails. »

Si je suis bon en défense, ça va me donner plus de temps à l’attaque.

Joël Teasdale

À ce sujet, Bouchard a parlé d’un attaquant qui a connu du succès chez les juniors grâce à du hockey « réaliste ».

« Ce n’est pas un joueur offensif pur, mais il peut générer de l’attaque, car il est toujours près du but, il a des mains rapides et sait se placer dans la circulation lourde pour marquer, a énuméré l’entraîneur. S’il fait ça chez les professionnels, il connaîtra du succès. »

Par contre, il n’aura certainement pas de « passe-droit », a renchéri Bouchard.

« Je le connais depuis qu’il a 16 ans et je ne lui ai jamais donné un pouce : je ne commencerai pas aujourd’hui, a-t-il assuré. Je vais être après lui, sur lui, à travers, sur les côtés… Il n’aura pas de break !

« Mais je suis aussi conscient qu’il a manqué beaucoup de hockey, et je suis content de la progression que j’observe déjà au camp et de la manière dont il s’est accroché au rythme des vétérans. »

Un rêve en vie

On reconnaît d’ailleurs un élève de Bouchard lorsque Teasdale évoque à plusieurs reprises la qualité de son « éthique de travail ». Une carte de visite dont il s’enorgueillit et qui garde vivant son rêve d’accéder à la LNH.

Son contrat avec le Canadien est valide jusqu’à la fin de la saison 2021-2022. À l’heure actuelle, le club regorge d’ailiers, avec les ajouts récents de Corey Perry et de Michael Frolik, et avec la présence dans le portrait de Jordan Weal, de Laurent Dauphin, d’Alex Belzile et de Ryan Poehling, entre autres. Mais hormis Poehling, aucun d’entre eux n’a un contrat valide en vue de la saison prochaine.

En fait, à l’exception de Lukas Vejdemo, il n’est pas clair quels attaquants du Rocket sont encore dans les projets d’avenir du Tricolore. Si bien qu’aux yeux de Teasdale, rien n’est encore joué.

« Mon plan est de jouer dans la LNH, assure-t-il. Je ne sais pas quand, mais c’est mon plan. Tous les gars pensent à ça, c’est évident. C’est la raison pour laquelle on joue au hockey, on veut être le meilleur possible. Mais je ne veux pas me concentrer là-dessus à ma première année. Je dois penser à ce qui est devant moi. »

Et devant lui, pour l’heure, c’est la Ligue américaine. Et surtout, du hockey. Enfin.

En bref

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Le Rocket de Laval s’est entraîné au Centre Bell, mercredi.

Beaucoup de monde à Laval

Il ne manquera pas de joueurs chez le Rocket de Laval cet hiver. Comme l’équipe n’a pas de club affilié dans l’ECHL pour l’instant – la formation de Trois-Rivières arrivera la saison prochaine seulement –, il n’y aura pas de coupes parmi la trentaine de joueurs qui participent au camp. Seuls les joueurs toujours d’âge junior – comme Kaiden Guhle et Jan Mysak – pourraient retourner à leur club d’appartenance dans les ligues de l’Ouest et de l’Ontario si celles-ci renouent avec l’action. « Chaque joueur de l’organisation a besoin d’encadrement et d’une charge de travail, a expliqué Joël Bouchard. Ce n’est pas la normale, mais rien n’est normal en ce moment. » C’est peu dire.

Hillis sermonné

Le ton a monté pendant l’entraînement de mercredi. Au milieu d’un exercice, Bouchard a vertement ramené à l’ordre Cam Hillis, joueur de centre repêché au troisième tour en 2018 (66e au total). En point de presse, l’entraîneur-chef du Rocket a expliqué avoir exposé à ses ouailles l’importance de « suivre les directives » et d’être « du bord du coach ». « Ce n’est pas qu’ils ne veulent pas, c’est qu’ils n’écoutent pas », a-t-il dit, rappelant que des entraîneurs de la LNH seraient « moins patients » que lui et que les hardiesses de Hillis auraient pu lui coûter « quelques présences ou quelques matchs » dans la grande ligue. Il a précisé avoir « ramené à l’ordre » le jeune homme, et non l’avoir « chicané ».