(Edmonton) Jonathan Drouin n’est pas exactement sorti de nulle part avec sa récolte de trois passes mercredi. Tout au long du court camp d’entraînement, il était évident que ça cliquait avec Nick Suzuki et Josh Anderson. Ne restait qu’à voir si l’unité continuerait à exceller contre de « vrais » adversaires.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Il faudra attendre quelques semaines pour se prononcer sur la réelle qualité de cette unité. Mais le premier des 56 tests a été un succès, et les éléments sont réunis pour que ça fonctionne.

Le Canadien avait congé, jeudi. La journée de travail consistait simplement en un vol entre Toronto et une capitale albertaine au climat plus tempéré qu’attendu pour la mi-janvier. Congé de glace, congé des médias.

On décroche donc le téléphone pour s’informer auprès de Paul Gagné, préparateur physique de Drouin depuis maintenant 10 ans. C’est lui qui s’est assuré que Drouin garde la forme pendant son conflit avec le Lightning en 2016. C’est aussi lui qui a aidé le numéro 92 à retrouver son niveau optimal le printemps dernier, pendant la première vague de la pandémie, en attendant la reprise des activités.

Et à l’automne ? Gagné est honnête. « Joe, ce n’est pas tellement un gars de Zoom ! lance-t-il en riant. Mes clientes sont meilleures pour les entraînements à distance, sur Zoom. Les gars, un peu moins ! Mais il a pu s’entraîner beaucoup avec Paul Byron à Brossard. »

Cela dit, Gagné a connu Drouin quand ce dernier avait 15 ans. Il connaît ses qualités comme ses travers. Et ce qu’il a vu de son client mercredi, et avant cela au camp, ou même dans la bulle lors des séries de l’été 2020, ça ne l’étonne pas du tout.

« Quand tu l’encadres bien, il est correct. Même dans le junior, ce n’était pas lui qui allait aller chercher la rondelle dans le coin. C’est pour ça qu’Anderson est bon avec lui », estime Gagné.

Joe est excellent quand un autre crée l’ouverture. C’est pour ça aussi que ça marchait aussi bien avec Nathan MacKinnon et Martin Frk à Halifax. C’était un bon mélange.

Paul Gagné, préparateur physique de Jonathan Drouin

La saison dernière, ses partenaires les plus fréquents ont été Max Domi et Joel Armia, qui ont cruellement manqué de constance. Avec en plus ses propres problèmes de santé, Drouin a connu une saison décevante.

Moins de pression

L’entourage mieux adapté à ses besoins est une chose. Mais il y a un autre bénéfice aux nombreuses acquisitions que Marc Bergevin a faites pendant la saison morte.

Une des sources des reproches à l’endroit de Drouin, par exemple, était le fait qu’il était l’attaquant le mieux payé de l’équipe. Anderson gagne maintenant le même salaire annuel (5,5 millions), et à plus long terme. Brendan Gallagher les dépassera l’an prochain. Le potentiel de Nick Suzuki fait tourner les têtes, tout comme celui d’Alexander Romanov. Même le nouveau venu Tyler Toffoli attire l’attention.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Depuis le début du camp d’entraînement du Canadien, Josh Anderson et Jonathan Drouin ont formé un trio avec Nick Suzuki.

Depuis l’élimination du Tricolore en août, Drouin n’a fait que deux visioconférences avec les médias : les 10 et 13 janvier. L’information peut paraître anodine, mais elle ne l’est pas, car les médias sont souvent consultés quant à l’identité des joueurs invités à la caméra. Et si un joueur est au centre des discussions des journalistes et des partisans, il sera forcément demandé en entrevue.

Bref, on est loin du Drouin de 2017, attendu un peu en sauveur, toujours scruté à la loupe.

Chapeau à Bergevin. J’ai souvent été critique envers lui. Mais là, la situation de Joe ressemble beaucoup à ce qu’il vivait à Tampa, quand il y avait aussi Stamkos, Kucherov, Hedman…

Paul Gagné

« Joe s’en met beaucoup sur les épaules. Si tu peux lui en enlever, il va t’en donner plus. Joe aime jouer au hockey. La business, la petite game, il n’aime pas ça. Il veut jouer, comme quand il était ti-cul. »

Les critiques

Ça ne veut pas dire que tout est parfait. Certains avaient sur le cœur le but égalisateur des Maple Leafs, marqué après qu’une tentative de dégagement de Drouin eut dévié sur l’arbitre. Pour les uns, c’était un simple bond malchanceux ; pour d’autres, Drouin ne s’est pas appliqué sur son dégagement, ce qui a provoqué le coup de malchance. Le plus sévère d’entre eux nous a même envoyé un courriel pour suggérer de l’échanger contre Pierre-Luc Dubois…

https://twitter.com/HeresYourReplay/status/1349543928207446017

Allan Walsh est bien au fait de ces critiques. Personne ne défend autant ses clients que ne le fait cet agent d’origine montréalaise, qui représente Drouin. Walsh n’hésite pas à le faire sur les réseaux sociaux quand la tension monte, le plus récent exemple étant un montage de Marc-André Fleury avec une épée plantée dans le dos, à un moment où les Golden Knights laissaient Fleury en plan.

« J’ai toujours dit la même chose : tu es là pour ton client dans les moments difficiles, et tu te tiens loin quand ça va bien », résume Walsh.

Et même si c’est bien parti pour Drouin, Walsh sait que les critiques envers son client ne sont jamais loin, et il reste aux aguets.

Ce que les gens ne comprennent pas, c’est son désir de gagner.

Allan Walsh, agent de Jonathan Drouin

« Il a gagné à tous les niveaux. Bantam, il était dans la meilleure équipe du Québec. Midget, il a gagné la médaille de bronze à la Coupe Telus. Dans le junior, il a gagné la Coupe du Président et la Coupe Memorial. Il a un grand désir de gagner. Mais quand tu joues dans une équipe qui ne gagne pas et qui rate les séries, tu es misérable. En ce moment, il y a beaucoup d’enthousiasme autour de l’équipe. »

« Je pense que Joe sent qu’il n’a pas autant besoin de transporter seul l’équipe, poursuit l’agent. Il peut donc se concentrer sur son trio. Il ADORE jouer avec Suzuki et Anderson, ils ont une très bonne cohésion, ils ont la même approche. C’est devenu beaucoup plus plaisant pour lui de se rendre à l’aréna. »

En bref

Evans rétrogradé… sur papier

Marc Bergevin avait prévenu qu’il y aurait plusieurs transactions quotidiennes cette saison pour gagner de l’espace sous le plafond salarial et il est allé de l’avant jeudi. Le Canadien a annoncé avoir cédé Jake Evans à son équipe de réserve. Sur la patinoire, la décision ne changera rien ; les membres de l’équipe de réserve accompagnent le Tricolore sur la route et s’entraînent avec le reste du groupe, et le CH a indiqué qu’Evans serait rappelé pour le duel de samedi. Mais pour chaque journée qu’il passe avec l’équipe de réserve, son salaire ne compte pas sous le plafond salarial, pour une économie quotidienne de 6465 $. Rappelons qu’avec sa formation actuelle (en comptant Evans), Bergevin arrive à quelque 700 000 $ sous le plafond de 81,5 millions de dollars. Le Canadien s’entraîne ce vendredi matin à Edmonton.