La perte du jeune défenseur Noah Juulsen, réclamé au ballottage lundi par les Panthers de la Floride, a rappelé de douloureux souvenirs à certains fans du Canadien.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le 15 septembre 2004, François Beauchemin quittait l’organisation montréalaise pour se joindre aux Blue Jackets de Columbus. Beauchemin avait été lui aussi perdu au ballottage.

Mais il n’y a aucun autre point en commun entre les deux dossiers. Le départ de Beauchemin avait été provoqué par une erreur de jugement du directeur général de l’époque, Bob Gainey.

Le lock-out avait été décrété. Les organisations envoyaient leurs plus jeunes joueurs dans la Ligue américaine pendant l’arrêt de travail pour leur permettre de poursuivre leur développement.

Il aurait suffi à Gainey d’offrir à Beauchemin un contrat de la Ligue américaine pour lui éviter le ballottage. Une tâche administrative de routine. Gainey n’avait pas jugé nécessaire de le faire; il sous-estimait l’attrait du jeune homme auprès des autres équipes.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le défenseur François Beauchemin (au centre) avec le Canadien en 2003.

Je couvrais le camp d’entraînement des Bulldogs de Hamilton cette année-là. André Savard, dégommé au profit de Gainey un an plus tôt, et rétrogradé dans le rôle de DG du club de la Ligue américaine, avait réagi avec fureur à la nouvelle. Je le revois faire les 100 pas sur la tribune de presse, le visage rouge de colère.

Beauchemin allait jouer 902 matchs dans la Ligue nationale de hockey par la suite, former un formidable « Big Three » chez les Ducks d’Anaheim avec Chris Pronger et Scott Niedermayer, remporter une Coupe Stanley et amasser presque 38 millions en salaire au cours de sa carrière.

Le cas de Juulsen, un choix de première ronde, 26e au total, en 2015, est différent. Le jeune homme était parvenu à mériter un poste dans la formation régulière à Montréal, en octobre 2018, lorsque la malchance l’a frappé. Dans un match contre les Capitals de Washington le 19 novembre, Juulsen, alors âgé de 21 ans, a reçu pas une, mais deux fois la rondelle en plein visage. Il a subi de multiples fractures faciales et une sévère commotion cérébrale.

Sa carrière semblait prendre son envol. Lors de la rencontre précédente, il avait joué plus de 20:27 au sein du top 4 défensif.

Juulsen a eu la mauvaise idée de revenir au jeu trois semaines plus tard. Son cas s’est aggravé. Il allait devoir s’absenter 10 mois. Puis jouer sporadiquement dans la Ligue américaine, lorsque ses migraines s’atténuaient. En 18 mois, il a disputé 16 matchs avec le Rocket, dont seulement deux en 2020.

Plafond ou pas, surplus d’effectifs ou pas en défense, Marc Bergevin voulait le renvoyer dans la Ligue américaine pour lui permettre de retrouver son aplomb. « Juulsen a besoin de jouer au hockey, m’avait confié Bergevin lors d’une interview en septembre. Il n’a pas joué depuis un an et demi. Il y a tellement d’incertitude dans son cas. Il pourrait recommencer à jouer et avoir mal à la tête. On ne peut pas vraiment le compter. »

Juulsen n’était donc pas en compétition avec Victor Mete pour le poste de septième défenseur. L’arrivée de Joel Edmundson ne l’a pas chassé de Montréal non plus.

Marc Bergevin veut gagner cette année et il voulait des certitudes. L’avenir nous dira s’il a pris la bonne décision. Mais la perte d’un actif comme Juulsen, fragile ou pas, fait toujours grincer des dents.

Par contre, le Canadien possède désormais une belle relève en défense. Alexander Romanov entamera la saison à droite au sein de la troisième paire.

Cale Fleury, 22 ans, un robuste défenseur droitier au profil semblable à celui de Juulsen, progresse bien et semble avoir mérité un poste au sein de l’escouade de réserve devant Xavier Ouellet. Sans oublier Victor Mete.

Deux autres jeunes défenseurs gauchers, Jordan Harris et Mattias Norlinder, peuvent aussi jouer à droite au besoin. La cour est donc quand même pleine.

Débat sur les choix de première ronde

Curieusement, le départ de Juulsen a relancé le débat sur les choix de première ronde du Canadien. Pour certains, il s’agissait d’un autre mauvais choix du CH. Pourtant, Juulsen a été le seul joueur réclamé avec Luca Sbisa parmi les dizaines disponibles, dont les 10 autres anciens choix de première ronde Samuel Morin, Derrick Pouliot, Thomas Hickey, Dylan McIlrath, Evgeny Svechnikov, John Quenneville, Zach Senyshyn, Frédérik Gauthier, Sven Baertschi et Luke Schenn.

À l’heure où la relève est plus florissante que jamais.

Juulsen n’aurait jamais été soumis au ballottage s’il n’avait pas subi cette affreuse blessure. Et il n’aurait pas été réclamé par les Panthers de la Floride s’il n’avait pas encore un certain potentiel.

Le Canadien pourrait cependant récupérer Noah Juulsen s’il ne demeure pas dans la formation régulière des Panthers cette saison. Ceux-ci ne peuvent le placer au sein de leur escouade de réserve ou le renvoyer dans les mineures sans le soumettre au ballottage, auquel cas le CH aurait le loisir de le réclamer à nouveau et de le renvoyer dans les mineures sans le soumettre au ballottage à nouveau. Pour précision, le CH pourrait envoyer Juulsen directement avec le Rocket seulement si 1- Juulsen a passé moins de 10 matchs ou 30 jours dans la LNH avant d’être soumis à nouveau au ballottage et 2- si le CH est la seule équipe qui le réclame.

Voyons si Juulsen parvient à s’accrocher au poste de septième défenseur durant la saison. Le Canadien avait récupéré Francis Bouillon des Predators de Nashville de cette façon il y a quelques années. Tout n’est pas complètement perdu.

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