La scène n’avait rien de banal.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Tard mardi soir, au terme de leur défaite de 2-0 contre les Américains en finale du Mondial junior, les joueurs de l’équipe canadienne étaient plongés dans un état de profonde consternation. Ils ne croyaient toujours pas à ce qui leur arrivait, après avoir outrageusement dominé leurs adversaires tout au long du tournoi.

La caméra s’est toutefois concentrée sur Jakob Pelletier, qui faisait le tour de tous ses coéquipiers, la plupart en larmes, afin de leur faire, un à un, une accolade.

Le réseau TSN a immortalisé le moment sur son compte Twitter.

L’attaquant québécois n’avait pas de lettre cousue sur son uniforme unifolié. Mais chez les Foreurs de Val-d’Or, il porte fièrement le C, comme il l’a fait la saison précédente avec les Wildcats de Moncton.

« Cette scène-là, c’est exactement Jakob Pelletier », confirme Daniel Renaud, son entraîneur à Val-d’Or, parlant du joueur originaire de Québec comme du « plus grand leader avec lequel [il a] eu l’occasion de travailler ».

C’est un joueur de 19 ans qui affiche la maturité d’un gars de 30 ans, une boule d’énergie, un gars adoré de tous.

Daniel Renaud

« Tous les propos que vous avez lus sur lui sont 100 % véridiques », renchérit-il, en écho aux commentaires dithyrambiques formulés par André Tourigny, entraîneur-chef de l’équipe canadienne, à l’endroit de celui qu’il a promu sur le premier trio d’une équipe débordant de talent.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Pelletier sait faire une forte impression, car depuis que les Foreurs l’ont acquis en juin dernier, il n’a disputé qu’un total de neuf matchs en Abitibi. Daniel Renaud parle pourtant du « genre de joueur qui change complètement la culture d’une organisation ».

« Faire les petits détails, apprécier le moment, se défoncer chaque jour, travailler en ayant du plaisir…, énumère-t-il encore. C’est contagieux. »

En entrevue avec La Presse, Pelletier est un peu gêné quand on lui rapporte les compliments de son entraîneur, mais convient que de consoler ses coéquipiers était la chose la plus naturelle à faire pour lui.

« Même si j’avais mal moi aussi, je voulais être là pour eux, dit-il. Ils étaient à terre, ils pleuraient, mais ils pouvaient être fiers du tournoi qu’on venait d’avoir. Je voulais qu’ils le sachent. »

Une fois les portes du vestiaire fermées, « tous les gars étaient là l’un pour l’autre », raconte-t-il. Les longues accolades se sont poursuivies. Il a notamment en mémoire Dylan Cozens qui est venu le voir pour qu’il ne soit pas le seul à consoler les autres.

Il se rappelle aussi le silence.

« On est restés habillés quasiment une heure, raconte-t-il. Il était presque minuit et demi quand on est sortis de l’aréna. Il n’y avait pas grand-chose à dire. On était sous le choc, on réalisait ce qui venait d’arriver. Tout le monde était déçu que ça finisse de cette manière. »

« Un grand geste »

Quelques minutes plus tôt, il avait par contre assisté à ce qu’il décrit comme « un grand geste venant d’un leader incroyable ».

Capitaine intérimaire en alternance avec Cozens, c’est Bowen Byram qui a eu l’ingrate tâche de distribuer les médailles d’argent à ses coéquipiers après la douloureuse défaite.

Les yeux pleins d’eau, le défenseur appartenant à l’Avalanche du Colorado a tenu le coup le temps de terminer la distribution, avant de craquer en chemin vers le vestiaire.

De voir Bo nous remettre ça en pleurant, c’était l’une des choses les plus dures à regarder. Ce n’est pas la médaille qu’on voulait gagner, mais il nous l’a quand même remise en nous félicitant. Ça en dit long sur la personne qu’il est.

Jakob Pelletier

Le Québécois s’explique encore mal le dénouement de la finale, surtout après que le Canada eut malmené la Russie au tour précédent. « En première période, ils nous ont dominés, on ne s’attendait pas à ça, analyse-t-il quelques jours après les faits. Ça nous a surpris. On a rebondi en deuxième et en troisième, mais on n’a pas été chanceux. Et ils ont joué un bon match, aussi. »

À Calgary

La page sera difficile à tourner, avoue-t-il, surtout sachant que c’était sa dernière chance de participer au Mondial. Mais il n’a pas eu beaucoup de temps pour broyer du noir.

Au lendemain de la finale, Pelletier a parcouru les quelque 300 kilomètres séparant Edmonton, lieu du tournoi, de Calgary, où se déroule le camp d’entraînement des Flames, équipe qui l’a repêché au premier tour (26e au total) en 2019.

Son camp sera toutefois de courte durée, puisque ce n’est que ce dimanche qu’il sautera sur la patinoire. Il s’est soumis à un entraînement hors glace samedi, après deux jours de repos suggérés par l’équipe pour récupérer d’un tournoi exigeant.

Il prendra part à un match intraéquipe lundi. Il devrait ensuite être fixé rapidement sur son sort, puisque les Flames amorcent leur saison jeudi à Winnipeg.

« Je n’ai pas vraiment de pression pour rester ici, mais je vais faire tout mon possible, assure-t-il. À mon premier camp, l’an dernier, on s’était parlé et le plan était que j’arrive deux ans plus tard, donc pas cette année. Mais je veux connaître un bon camp. Peut-être qu’ils n’auront pas le choix de me garder ! »

S’il devait tout de même être renvoyé à Val-d’Or, il ne serait pas plus mal pris. Les Foreurs ont en effet acquis l’attaquant Nathan Légaré et le défenseur Jordan Spence au cours des derniers jours, ce qui en fait illico l’une des équipes les plus puissantes du circuit.

« On est all in, on ne niaise pas ! s’emballe Jakob Pelletier. Ce sont deux grands joueurs qui vont nous apporter beaucoup sur la glace et hors de la glace. De bonnes personnes, de grands leaders. »

Venant d’un joueur qui est unanimement décrit de la même manière, le compliment ne doit pas être pris à la légère.