Cette défaite d’Équipe Canada en finale du Championnat du monde junior pince. Car jusque-là, sa domination était totale. Quarante et un buts pour. Quatre buts contre. Une des meilleures performances de l’histoire du tournoi.

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Cette formation semblait invincible. Tellement que le légendaire Vyacheslav Fetisov, lui-même double médaillé d’or olympique et triple champion du monde junior, a déclaré quelques heures avant la finale avoir été « bouleversé » par la prestation d’Équipe Canada.

« Aucun de nos joueurs ne ferait partie de l’équipe nationale canadienne », constatait-il.

Et il ne parlait pas de l’Autriche, mais de la Russie. Terre de marqueurs d’élite. Patrie d’Evgeni Malkin, Alex Ovechkin, Nikita Kucherov et Artemi Panarin.

PHOTO JASON FRANSON, LA PRESSE CANADIENNE

Devon Levi

Aucun, ça signifiait même pas le grand gardien Yaroslav Askarov, premier choix des Predators de Nashville, éclipsé dans ce tournoi par une nouvelle étoile, le Québécois Devon Levi, choix de septième tour des Panthers de la Floride.

Levi fut mon coup de cœur dans ce tournoi. Encore mardi, lors de la finale face aux Américains, il a été brillant. Il s’est distingué contre Cole Caufield. Deux fois plutôt qu’une. Il parvenait à trouver la rondelle malgré une circulation plus dense que sur l’autoroute 40 à l’heure de pointe.

Les deux buts qu’il a accordés – ses deux seuls à forces égales en sept matchs – ont été le résultat d’actions sur lesquelles il n’avait aucun contrôle. Lors du premier but, Alex Turcotte s’est faufilé derrière Kaiden Guhle et a dévié la rondelle à 50 centimètres de Levi. Et lors du second but, la rondelle a fait un mauvais bond le long de la rampe. Malheureusement, ses coéquipiers ont été incapables de déjouer le gardien américain, Spencer Knight, lui aussi remarquable. Résultat : victoire des États-Unis, 2-0.

Devon Levi a terminé le tournoi avec une moyenne inférieure à un but par match et un pourcentage d’arrêts irréel de 96,4 %. Cette performance phénoménale lui a valu le titre de gardien du tournoi. Un honneur hautement mérité.

Petite anecdote à son sujet. Il y a deux ans presque jour pour jour, je m’étais rendu à Lévis pour faire un reportage sur l’équipe locale de midget AAA, les Chevaliers, qui venaient de remporter 40 parties consécutives. Une superbe machine de hockey. Pour vous dire, les joueurs ne se souvenaient même plus de leur dernière défaite (c’était huit mois plus tôt).

Une fois le calepin refermé, j’avais demandé à l’entraîneur-chef Mathieu Turcotte s’il craignait un club en vue des séries. Il m’avait répondu les Lions du Lac-St-Louis.

« Pourquoi ?

— Ils ont un gardien incroyable. Devon Levi. Il est capable de battre une équipe à lui seul. »

Comme de fait, trois mois plus tard, les Chevaliers et les Lions se sont retrouvés en demi-finale. J’étais allé voir un match à l’aréna de Dollard-des-Ormeaux. C’était plein à craquer. Tellement que je me suis retrouvé assis près de la ligne des buts. À quelques pieds du gardien des Lions.

J’avais finalement le meilleur siège dans l’aréna. Ce soir-là, Levi s’était fait bombarder. Soixante-cinq tirs. Dont une quinzaine de Joshua Roy, meilleur compteur de la ligue. Levi avait été sensationnel. La meilleure performance de gardien à laquelle j’ai assisté.

Les Lions avaient gagné 2-1, puis éliminé les Chevaliers en cinq matchs.

Devon Levi a été tout aussi solide ces deux dernières semaines. Ça ne garantit évidemment pas des succès futurs dans les rangs professionnels. D’ailleurs, les meilleurs gardiens des six dernières éditions du tournoi n’ont toujours pas disputé un seul match dans la LNH. Ceci dit, je ne comprends toujours pas pourquoi le Canadien a préféré échanger son choix de septième tour au dernier repêchage plutôt que lui donner une chance. D’autant que le jeune homme – qui a grandi dans la cour de l’équipe – a choisi la voie universitaire, ce qui aurait permis au Canadien de lui laisser plus de temps pour se développer.

Quelques mots sur mes autres coups de cœur du tournoi.

TIM STÜTZLE, centre, Allemagne

Vous avez un pool à long terme et hésitez entre Quinton Byfield et Tim Stützle ? Prenez l’Allemand. Dans ce tournoi, il a participé à 10 des 14 buts de son pays. Imaginez sa production avec une formation dominante comme le Canada ou les États-Unis. Sa créativité offensive en supériorité numérique est phénoménale.

TREVOR ZEGRAS, centre, États-Unis

Le meilleur joueur de la finale. Il est aussi devenu le meilleur marqueur des États-Unis dans l’histoire du tournoi. Sa compréhension du jeu est remarquable. Il s’imposera rapidement comme le joueur le plus talentueux des Ducks d’Anaheim.

DYLAN COZENS, centre, Canada

Dommage qu’il ait connu une finale couci-couça. Précédemment, il était dominant. C’est lui qui a assumé le leadership offensif après le forfait d’Alexis Lafrenière et la blessure subie par Kirby Dach. Il bouge très bien ses pieds, réussit des passes de grande qualité et possède un tir du poignet au-dessus de la moyenne. Je ne serais pas surpris qu’il amorce la saison de la LNH avec les Sabres de Buffalo la semaine prochaine.

DAWSON MERCER, ailier droit, Canada

Confiné à un rôle de soutien, l’attaquant des Saguenéens de Chicoutimi a quand même profité de chaque présence pour faire une différence. Il est très dynamique. À son meilleur dans les espaces restreints. Il excelle en échec avant.