L’attaquant québécois a renoncé au hockey pour poursuivre ses études

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Alexandre Alain n’était pas différent des autres joueurs de hockey. Lui aussi, son but était d’atteindre la Ligue nationale. Comme bien des Québécois, il rêvait de le faire avec le Canadien.

Il a partiellement réalisé son rêve en jouant deux matchs préparatoires avec le Tricolore. « Quand j’étais petit, j’étais fan du Canadien, ma chambre était décorée en Canadien ! Le fait de porter le chandail, de jouer avec les joueurs que je regardais, c’était spécial. »

Alain avait encore un pied dans la porte, remarquez. Après deux saisons avec le Rocket de Laval, il lui restait une année de contrat avec l’organisation. Les Kevin Lynch, Jake Lucchini et Brandon Baddock qui participent au camp du Canadien à Brossard cette semaine, ç’aurait pu être lui !

Mais il a pris une décision que bien peu de jeunes de 23 ans sont prêts à prendre : renoncer au hockey, renoncer à sa dernière année de contrat, à la chance d’en signer un autre ensuite, pour se lancer à temps plein dans les études.

« J’ai eu deux bonnes saisons à Laval. Mais la maladie que j’ai eue m’a fait réaliser que dans la vie, tu ne peux pas attendre pour prendre les bonnes décisions, a-t-il expliqué à La Presse au bout du fil. Mais je n’ai aucun regret. Le contrat, je le resignerais demain matin. C’est juste que j’étais rendu là dans ma vie. J’assume l’entière responsabilité de ma décision. »

Revenir de loin

La maladie, c’est une tumeur à la moelle épinière qu’il a eue à l’âge de 15 ans, en 2012. Il a été opéré, a subi des traitements préventifs de radiothérapie et a raté cinq mois de hockey.

Ça n’a pas empêché Alain de progresser au hockey, au point de devenir capitaine de l’Armada de Blainville-Boisbriand, avec qui il a atteint la finale de la Coupe du Président en 2017 et en 2018. Il n’a jamais été repêché dans la LNH, mais ses succès lui ont valu un contrat avec le Canadien, et depuis deux ans, il évoluait surtout au sein du troisième trio du Rocket. La saison dernière, en 60 matchs, il a inscrit 11 buts et 13 mentions d’aide.

Bref, il ne brûlait pas la Ligue américaine, mais il était tout de même un joueur permanent dans le circuit, ce qui est mieux que bien des joueurs de profondeur qui se font « barouetter » entre l’ECHL et la Ligue américaine.

Rien ne l’empêchait non plus de rêver à un rappel, après quelques blessures. Son coéquipier Lukas Vejdemo, qui présentait des statistiques offensives comparables, y a d’ailleurs eu droit la saison dernière et a disputé sept matchs avec le Canadien.

« Quand t’es dans la Ligue américaine, ce n’est pas bon si tu commences à faire ce calcul-là, de te dire que tel ou tel joueur est devant toi. J’essayais de ne pas trop me comparer aux autres », fait-il valoir.

Quand j’ai signé mon contrat, je savais que si j’allais me rendre à la LNH, ça me prendrait du temps.

Alexandre Alain

Puis est arrivée la pandémie, qui paralyse la Ligue américaine depuis mars dernier.

« Je savais qu’il allait y avoir un gros laps de temps entre la fin et le début de la nouvelle saison. Ça m’a donné du temps pour penser à mon avenir. Ça m’a permis de rentrer à temps plein à l’université. Je n’aime pas ça, ne rien faire. Je me disais : qu’est-ce que je vais faire de septembre à décembre, s’il n’y a pas de hockey ?

« Je me suis aussi rendu compte que le mode de vie du hockey… Vu de l’extérieur, c’est une belle vie, tu es payé pour jouer, pour vivre de ta passion. Mais il y a aussi beaucoup de sacrifices à faire.

« Tu es parti huit mois par année, tu dois t’entraîner l’été. Ça restreint beaucoup ton temps pour autre chose, et j’ai beaucoup d’autres intérêts dans la vie. J’aime voyager, je suis un gars d’aventures et au niveau scolaire, je veux faire des études et avoir un diplôme. Plusieurs éléments m’ont fait réaliser que c’était le moment de prendre ma décision. »

Futur physiothérapeute ?

L’automne dernier, il était donc inscrit à temps plein au baccalauréat en physiothérapie à l’Université Laval. Session qui lui a confirmé qu’il était dans la bonne voie.

Son agente, Émilie Castonguay, a donc prévenu le Canadien. L’équipe a annoncé la résiliation du contrat le 31 décembre, tout juste avant le début du camp d’entraînement.

On a toujours su qu’il avait beaucoup d’intérêts hors glace. Quand il a signé son contrat d’entrée, on savait qu’il allait être correct dans la vie si ça ne marchait pas au hockey !

Émilie Castonguay, agente d’Alexandre Alain

La direction de l’équipe, à commencer par Geoff Molson lui-même, a entièrement soutenu la décision du jeune homme. Alain s’est aussi longuement entretenu avec Joël Bouchard, son entraîneur à Boisbriand, puis à Laval.

Alain espère maintenant que son nouveau choix de carrière lui permettra de combiner ses passions que sont la santé et le sport.

« Je tripe là-dedans. C’est du sport. Et comme j’ai été un athlète professionnel, j’ai une idée de ce que c’est comme travail. En physio, tu peux travailler dans le sport, en clinique privée, dans les hôpitaux, tu peux développer une entreprise… »

C’est ainsi qu’il amorce un nouveau chapitre de sa vie, en gardant de bons souvenirs de celui qu’il vient de clore. De bons souvenirs comme les deux finales avec l’Armada. « Notre victoire dans le septième match contre Charlottetown, pour se rendre en finale contre Bathurst, c’est un de mes bons souvenirs », dit-il.

Et puis, il y a les deux matchs préparatoires évoqués plus haut, dont un qui a été plus marquant. « J’ai joué le match hors-concours au Centre Vidéotron contre Washington, et [Alexander] Ovechkin jouait ! Je l’affrontais, mais ce n’était pas juste un match pour amasser de l’argent… Il se forçait ! C’était spécial. Et comme c’était à Québec, j’ai pu faire ça devant ma famille et mes amis. »