Le hockeyeur Akim Aliu croit que des changements majeurs au sein de la culture du hockey sont nécessaires avant que le sport soit « pour tout le monde », comme le dit le slogan de la campagne de la LNH pour la promotion de la diversité et de l’intégration dans le hockey.

La Presse canadienne

Aliu s’est retrouvé à l’avant-scène en novembre, quand il a révélé que l’entraîneur Bill Peters avait utilisé un terme raciste lors d’une crise alors qu’il le dirigeait pendant la saison 2009-10 au sein des IceHogs de Rockford, le club-école des Blackhawks de Chicago.

Peters, qui était entraîneur-chef des Flames de Calgary au moment des révélations, a démissionné de son poste quelques jours plus tard. Il a depuis été embauché par l’Avtomobilist de Iekaterinbourg, dans la Ligue continentale de hockey (KHL).

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L’entraîneur Bill Peters le 23 avril 2018.

Dans un long texte publié sur le site The Players’ Tribune mardi, Aliu, aujourd’hui âgé de 31 ans, raconte les moments où il a ressenti que le hockey n’était pas pour tout le monde.

Natif d’un père nigérian et d’une mère ukrainienne, Aliu a immigré au Canada avec sa famille au milieu des années 1990 et est vite tombé en amour avec le hockey.

Il a cependant été victime de plusieurs incidents racistes au cours de son parcours qui l’a mené jusque dans la LNH.

Aliu raconte avoir été la cible d’une insulte raciste lors d’un tournoi de hockey à Québec quand il était âgé de 11 ans. Il a aussi été le souffre-douleur de Steve Downie à son arrivée chez les Spitfires de Windsor, dans la Ligue de hockey junior de l’Ontario, à l’âge de 16 ans.

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Steve Downie (23), des Penguins de Pittsburgh, se battant avec Brandon Dubinsky (17), des Blue Jackets de Columbus le 13 décembre 2014 à Columbus, en Ohio.

Downie a été un choix de première ronde des Flyers de Philadelphie en 2005 et a disputé plus de 400 matchs dans la LNH. Mais à l’automne 2005, Downie a fait vivre l’enfer à Aliu.

Ce dernier a refusé de participer à des rites d’initiation au cours desquels les recrues du club devaient notamment s’entasser complètement nus dans la toilette de l’autobus de l’équipe. Aliu raconte aussi avoir perdu sept dents et demie quand Downie lui a donné un coup de bâton au visage quelques jours plus tard, pendant un entraînement.

Aliu a jeté les gants et s’est battu avec Downie après cet incident, mais a critiqué l’inaction de ses coéquipiers et des entraîneurs, pour qui ce genre de comportements était la norme.

Il croit que le hockey a une culture de clan et que les minorités, qu’elles soient ethniques ou sexuelles, en sont exclues.

En ce qui concerne l’incident avec Peters, Aliu critique le pouvoir que les entraîneurs ont sur l’avenir des jeunes hockeyeurs dans le hockey mineur. Il rappelle qu’il avait été cédé dans l’ECHL peu de temps après l’incident, à la demande de Peters, même s’il était parmi les meilleurs pointeurs de son club.

Vers des changements ?

Aliu dit avoir raconté son histoire sur « The Players’Tribune » pour favoriser le changement et mettre fin « au racisme, à la misogynie, à l’intimidation et à l’homophobie qui sont imprégnés dans la culture du hockey ».

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Akim Aliu célébrant son but contre les Ducks d’Anaheim le 7 avril 2012.

À la suite des révélations de novembre au sujet de Peters, Aliu a eu l’occasion de rencontrer le commissaire de la LNH, Gary Bettman, et son adjoint Bill Daly. Il se dit optimiste concernant les intentions de la LNH d’améliorer la situation, même s’il a qualifié la campagne « Le hockey est pour tout le monde » de simple obligation, sans véritable fondement pour le circuit.

Aliu croit que l’évolution de la culture du hockey se fera seulement si Hockey Canada et USA Hockey participent au développement de meilleurs environnements pour les minorités dans le hockey mineur.

Il suggère notamment des enquêtes plus approfondies portant sur certains entraîneurs, des séances de sensibilisation sur la façon de traiter les joueurs et un suivi plus scrupuleux des plaintes formulées par des joueurs et des parents.