Il est assez courant d’entendre un entraîneur adjoint dire qu’il rêve de devenir entraîneur-chef dans la LNH. « C’est le but ultime », « c’est le but de tous les entraîneurs ». Choisissez votre formule, elles sont toutes bonnes.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Rares sont ceux qui le disent avec autant de franchise que Ian Laperrière. L’adjoint d’Alain Vigneault chez les Flyers de Philadelphie l’avait fait une première fois à la mi-avril à la balado On jase de Martin Lemay, et n’a pas tergiversé quand on a ramené le sujet avec lui.

« Peut-être que je serai bon comme entraîneur-chef, peut-être que je ne serai pas bon. Mais la meilleure façon de le savoir, c’est de sauter les deux pieds dedans, lance Laperrière, en entrevue téléphonique avec La Presse de son domicile du New Jersey.

« J’ai dit à l’organisation des Flyers que si un poste est ouvert dans nos filiales, je suis prêt. Mon but est d’aller dans la Ligue américaine, coacher là-bas, gérer ça à ma façon et voir si j’ai du succès. »

Et si un poste d’entraîneur-chef dans la Ligue américaine s’ouvrait dans une autre organisation ?

« Chuck [Fletcher] ne me bloquerait pas, assure-t-il. Et ce n’est pas que je ne suis pas heureux ici. Je suis bien avec Chuck, avec Alain. Mais j’ai de la drive et je suis prêt à relever le défi. Si ça prend deux ans avant qu’il y ait une ouverture, ça prendra deux ans. »

Avec son côté accessible, profondément sympathique, Laperrière cadre à la perfection dans le rôle d’adjoint, qu’il occupe sans interruption chez les Flyers depuis 2013. Preuve que son travail est apprécié : il a survécu aux congédiements de Craig Berube et de Dave Hakstol. Chaque fois qu’il y avait changement d’entraîneur, le nouveau pilote le retenait dans son groupe.

Laperrière incarne donc le typique « bon cop », celui qui peut passer la vadrouille quand le « bad cop » est dur avec un joueur. Alors, devrait-il ajuster ses méthodes s’il devenait entraîneur-chef ?

« Non, je ne commencerai pas à changer, assure l’homme de 46 ans. J’ai eu Tony Granato comme coéquipier, assistant et entraîneur-chef. Et il n’a pas changé. Tu ne peux pas changer. Si tu le fais, c’est trop fake.

« Je ne dis pas que je serai exactement pareil. Je ne suis pas tout le temps le bon cop non plus ! Je dis quand même aux joueurs ce que je pense. Quand on fait de la vidéo, je leur souligne le positif, mais je dois quand même leur expliquer pourquoi on leur montre ces extraits-là ! Mais si je change ma personnalité, ça va prendre deux jours et les gars vont le sentir et ils ne m’écouteront plus. »

La course comme remède

En attendant, Laperrière fait comme tout le monde : il tente de se tenir occupé. Au début de la pause des activités, il a donc demandé aux Flyers de lui envoyer de la vidéo sur les espoirs de l’organisation qui s’apprêtent à passer chez les pros, de même que des clips de joueurs que l’équipe cible en vue du repêchage.

Ça fait drôle de voir des gars que je connais de nom, parce que j’ai joué avec les pères ! Il y a Jacob Perreault, j’ai joué avec Yanic, et Brendan Brisson, le fils de Pat.

Ian Laperrière

L’ancien attaquant admet toutefois ne pas s’être lancé dans un nouveau passe-temps. « Mais j’aimerais ça ! Je regarde ma tendre moitié qui fait des casse-têtes de 3000, 4000 morceaux. Mon plus jeune joue à la crosse, donc je lui prépare des entraînements extérieurs sur notre terrain en arrière. Ça me tient occupé. »

Laperrière s’en tient donc à la course à pied, sa façon de « rester sain d’esprit ».

« Je me suis fait remplacer l’extérieur du genou, c’était une grosse opération. Je recommence à courir, mais je cours plus que ce que je devrais. Hier, j’ai couru 10 milles [16 km], à 7,5 minutes du mille. C’est plus rapide que dans le temps où je me préparais pour mon Ironman ! Mais j’aime mieux risquer mes genoux et avoir la tête à la bonne place que virer fou. »

Parlant d’Ironman, il souhaitait bien participer au demi (70,3) à Tremblant cet été, mais l’évènement a été annulé en raison de la pandémie de COVID-19. Dans les circonstances, il comprend très bien où sont les priorités de la société.

Il l’a d’ailleurs réalisé lui-même au début de la crise…

« Par ici, il fait assez beau pour que je sorte mon vélo. J’en ai fait il y a cinq semaines, mais en revenant, je me suis dit : si je me plante, je vais avoir l’air d’un beau jambon à l’hôpital. Et s’ils acceptent de me soigner, je prendrai peut-être le lit de quelqu’un qui en aurait besoin pour le virus. »