Le Canadien de Montréal a retiré le numéro de 18 joueurs au cours de sa glorieuse histoire. Nous vous proposons neuf autres joueurs qui méritent considération pour que leur numéro soit hissé dans les hauteurs du Centre Bell. Après Newsy Lalonde, Aurèle Joliat et Georges Vézina samedi, puis Toe Blake, Jack Laviolette et Jacques Lemaire dimanche, voici les trois derniers. Mardi, c’est à vous de voter pour vos favoris !

Alexandre Pratt Alexandre Pratt
La Presse

Richard Labbé Richard Labbé
La Presse

Jean-François Tremblay Jean-François Tremblay
La Presse

Guy Carbonneau: le parrain

À la fin des années 70, le Forum de Montréal s’enflamme pour chaque montée de Guy Lafleur. De la première rangée jusqu’aux hauteurs, les partisans s’époumonent.

« Guy ! Guy ! Guy ! »

Dix ans plus tard, même après le départ du « Démon blond », les fans ont continué leur chant. Mais cette fois, il était dédié à un autre Guy. Carbonneau. Tout le contraire de Lafleur. Un centre réputé pour sa couverture des meilleurs joueurs des équipes adverses.

Ce que l’histoire oublie, c’est qu’avant de devenir l’attaquant défensif par excellence de la LNH, Guy Carbonneau était considéré comme un centre offensif. C’est d’ailleurs ce qui a attiré l’attention du Canadien, qui l’a repêché au troisième tour, en 1979.

« À Sept-Îles, dans les années 60-70, on n’avait pas Sportsnet [rires]. Si tu voulais regarder du hockey, c’était le samedi soir. Et c’était le Canadien. Être repêché par le Canadien, c’était le rêve de tous les joueurs de hockey au Québec. Il fallait vraiment que tu les haïsses pour ne pas souhaiter ça. Ce n’était pas mon cas. »

Au cours de sa dernière saison junior, à Chicoutimi, il réussit 182 points. Les deux hivers suivants, dans la Ligue américaine, il maintient une moyenne supérieure à un point par match. Ses débuts dans la LNH, à 22 ans, sont impressionnants : 47 points au centre du quatrième trio. « On jouait 3, 4, 5 minutes par match. Des fois, un peu plus. Ce n’était pas la mer à boire. »

La saison suivante, le Canadien congédie son entraîneur-chef, Bob Berry. Jacques Lemaire le remplace dans la course aux séries. Une nomination déterminante dans le parcours de Carbonneau.

« J’ai toujours cherché des joueurs capables de réussir contre n’importe qui, m’a expliqué Lemaire l’été dernier. Lorsque j’ai vu Guy, j’ai su que c’était le gars idéal. Sa façon de comprendre le hockey, sa manière de jouer… C’était évident que sa production offensive allait diminuer. Mais il allait devenir un joueur plus complet. »

Carbonneau hérite alors d’un rôle très précis : affronter le meilleur attaquant adverse. Comme Wayne Gretzky ou Peter Stastny.

« Guy arrêtait les tirs, poursuit Lemaire. Il tuait les punitions. C’est un talent, ça. Pas n’importe qui peut faire ça. On parle souvent des buts. Des points. Mais lorsque tu as un talent comme le sien, tu apportes beaucoup plus à ton équipe que juste des buts. »

Pendant que le trio de Carbonneau embête les vedettes adverses, Mats Näslund et Bobby Smith enfilent les buts. Le Canadien prend son envol. En 1986, il devient l’une des puissances de la LNH et remporte la Coupe Stanley.

Au sein d’une équipe qui compte plusieurs recrues, Carbonneau – qui n’a que 26 ans – est déjà un vétéran. En 1989, le Canadien retourne en finale contre les Flames de Calgary. Cette fois, le Tricolore s’incline. Une défaite douloureuse qui marque la fin d’un cycle. Larry Robinson part pour Los Angeles. Bob Gainey, lui, quitte l’équipe pour la France. Son poste de capitaine est vacant.

Plutôt que d’imposer son candidat, le DG Serge Savard laisse les joueurs choisir leur représentant. Guy Carbonneau et Chris Chelios sont élus.

PHOTO MICHEL GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

L’entraîneur-chef Pat Burns pose en compagnie de Guy Carbonneau et de Chris Chelios, les deux nouveaux cocapitaines du Canadien.

« Carbo était un leader silencieux, se souvient Savard. À la manière de Bob Gainey ou de Jean Béliveau. Ce ne sont pas des cheerleaders. Ce sont des gars qui prêchent par l’exemple. »

En 1993, Carbonneau remporte sa deuxième Coupe Stanley. Au Forum de Montréal, en plus. Il reste, 27 ans plus tard, le dernier capitaine à avoir soulevé la Coupe Stanley dans l’uniforme du Canadien.

Il prend sa retraite en 2000, avec 260 buts et 663 points en 1318 matchs. Ainsi que trois victoires de la Coupe Stanley et autant de trophées Frank Selke, remis au meilleur attaquant défensif de la LNH. Il fut intronisé au Temple de la renommée du hockey à l’automne 2019.

Ses faits d’armes

Une vedette dans le junior
Capitaine des Saguenéens de Chicoutimi, Guy Carbonneau a inscrit 435 points en 274 matchs au niveau junior majeur.

Échangé aux Blues
En août 1994, Carbonneau est échangé du Canadien aux Blues de St. Louis contre Jim Montgomery. Celui-ci sera soumis au ballottage quelques mois plus tard. Carbonneau, lui, disputera six saisons supplémentaires.

Une troisième Coupe à Dallas
En juin 1999, Carbonneau remporte une troisième Coupe Stanley. Cette fois, c’est avec les Stars de Dallas. Son fidèle ailier gauche de la première conquête, Bob Gainey, occupe les fonctions de DG de l’équipe.

Entraîneur du Tricolore
Guy Carbonneau sera l’entraîneur-chef du Canadien de 2006 à 2009, connaissant un certain succès, avec une fiche de 124-82-23. Mais son équipe n’a pas réussi à se rendre en demi-finale lors des séries éliminatoires.

Saku Koivu: l’oublié

PHOTO BRAULT, BERNARD, ARCHIVES LA PRESSE

Saku Koivu

Le plus grand problème de Saku Koivu, si on s’en tient strictement au hockey, c’est qu’il a joué pour le Canadien de Montréal.

Voilà, c’est dit. Parce que si Saku Koivu avait joué pendant 13 saisons avec les Ducks d’Anaheim, l’équipe avec laquelle il a conclu sa carrière dans la LNH, la question ne se poserait même pas, et à l’heure qu’il est, son numéro 11 (avec nos excuses à Brendan Gallagher) serait déjà accroché dans les hauteurs de l’aréna, avec interdiction formelle de l’emprunter pour le donner à quelqu’un d’autre.

Mais ça, ce n’est pas la réalité. La réalité, c’est que Saku Koivu est arrivé avec le Canadien lors de la saison 1995-1996. Faites le calcul : c’est seulement deux ans après la dernière conquête de la Coupe Stanley par cette équipe. C’est dur à comprendre aujourd’hui tellement le Canadien a perdu de son lustre, mais en 1995, les attentes par rapport au CH étaient encore très élevées. On ne visait pas les séries, on visait la Coupe, et c’est dans cette réalité que Koivu, choix de premier tour en 1993, est arrivé. Il allait devoir être le prochain, le joueur d’impact, celui qui allait permettre à ce club de demeurer pertinent, de rester au sommet pendant de longues années.

Eh bien, ce n’est pas ce qui est arrivé.

En fait, le Canadien de l’ère Koivu est devenu un club mauvais, terne, à part peut-être quelques soubresauts, mais surtout, le Canadien de cette époque n’a jamais pu redevenir le Canadien d’auparavant. Le Canadien de l’ère Koivu n’a jamais pu s’approcher du gros trophée, et rapidement, on a désigné un coupable pour expliquer cette médiocrité : Koivu lui-même.

Cela est injuste, bien sûr, et il faut se rappeler un peu à quel point le petit Finlandais a très souvent été mal entouré ; à un certain moment, il a eu pour ailier gauche Chad Kilger, ne l’oublions pas. Mais au fil des échecs, c’est lui qui a été montré du doigt, et avec lui, le Canadien n’est jamais passé proche d’un autre championnat. Dans une ville qui carbure aux triomphes du passé, c’est souvent ce qu’on lui reproche : oui, il a été un bon joueur, mais où est sa bague ?

Koivu a été le capitaine de ce club pendant 10 saisons, et à part Jean Béliveau, aucun autre membre du CH n’a porté le C aussi longtemps que lui. Il a fait preuve d’un courage exemplaire en vainquant un cancer et en revenant au jeu. Ses 641 points en 792 matchs avec le CH le placent au 10rang des meilleurs marqueurs de l’équipe.

Il y a des chandails qui ont été retirés pour moins que ça. Le 11 de Koivu mérite de se retrouver dans les hauteurs lui aussi.

Ses faits d’armes

Deux saisons de plus de 70 points
Koivu a connu deux saisons de plus de 70 points dans la LNH, les deux avec le Canadien, incluant la meilleure saison de sa carrière, en 2006-2007, où il avait récolté 75 points en 81 matchs.

Suite et fin à Anaheim
Après avoir promis de gros changements, le DG Bob Gainey décide de ne pas ramener Koivu à Montréal en 2009, et le Finlandais prend alors la direction d’Anaheim, où il portera le maillot des Ducks pendant cinq saisons, jusqu’à sa retraite en 2014.

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Saku Koivu de retour à Montréal dans l’uniforme des Ducks

Du succès à l’international
Il a été membre du club finlandais qui a remporté l’argent aux Jeux olympiques de Turin en 2006, et aussi membre de l’équipe qui a gagné le premier Championnat du monde de hockey pour ce pays, en 1995.

Un immortel
En 2017, la Fédération internationale de hockey sur glace a admis Koivu à son Temple de la renommée.

Andrei Markov: le plus grand depuis Roy

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Andrei Markov

La candidature d’Andrei Markov s’inscrit dans les chiffres, mais surtout, dans l’époque. Le dernier joueur actif du Canadien dont le numéro a été retiré est Patrick Roy, échangé avec fracas le 6 décembre 1995. Donc, la question qui se pose : depuis 1995, qui a été le meilleur joueur du Canadien sur la longévité (et qui est retraité, il va sans dire) ?

Ils sont trois à se partager le titre : Saku Koivu, Tomas Plekanec et Andrei Markov. Peut-être aussi José Théodore dans une certaine mesure. Mais du groupe, personne n’a eu un impact aussi frappant sur la glace que Markov. Sa vision du jeu, sa témérité, son brio défensif, son calme. Tout paraissait simple. Il faisait surtout bien paraître ses coéquipiers, et on l’a d’autant plus vu quand certains ont quitté le Canadien (Mike Komisarek vient en tête de liste).

Markov mérite considération pour la simple raison qu’il a été le meilleur joueur du Canadien depuis le départ de Patrick Roy. Et le Canadien ne peut pas tourner le dos à 25 ans de sa riche histoire, malgré les saisons de vaches maigres, sans en retirer au moins un grand nom. Ce grand nom, c’est Markov.

Statistiquement maintenant, Markov fait partie des grands. Avec ses 572 points dans l’uniforme du Canadien, il vient au deuxième rang des défenseurs de l’histoire de l’équipe, à égalité avec Guy Lapointe et derrière Larry Robinson. Les numéros de Lapointe et Robinson sont dans les hauteurs du Centre Bell, tout comme ceux des défenseurs qui suivent Markov au palmarès, Doug Harvey et Serge Savard.

Il en restera pour souligner qu’il n’était pas le plus extraverti, ce qui est vrai. Presque chaque journaliste a son anecdote avec Markov. Sa légendaire réponse « You should know, you’re the expert » a traversé les époques. Toutefois, on se rappellera quelques-uns de ses moments de cœur, souvent sous la plume de Jonathan Bernier, du Journal de Montréal.

Comme quand il a raconté le processus pour rapatrier ses jumeaux de la Russie au Canada après la mort de son ex-conjointe. Ou quand il a admis qu’il avait senti que Marc Bergevin lui avait manqué de respect lors des négociations ratées qui l’ont envoyé en KHL, où il a gagné la Coupe Gagarine avec l’Ak-Bars de Kazan. Markov avait ses moments.

Ce fiasco contractuel (Markov voulait deux ans, Bergevin offrait un an, grosso modo) pourrait d’ailleurs faire croire que la relation est amère entre le Canadien et l’ancien défenseur étoile. Or, il semble qu’il n’en soit rien.

D’un, Markov avait fait grand cas l’été dernier de son envie de revenir avec le Canadien disputer son 1000e match. De deux, il a admis à sa retraite qu’il raccrochait ses patins sans regret pour sa carrière. Dès l’annonce de la retraite officielle, le propriétaire du Canadien Geoff Molson a d’ailleurs immédiatement invité Markov à une cérémonie au Centre Bell, par l’entremise de son compte Twitter. Le principal intéressé a répondu dans nos écrans qu’il serait honoré d’une telle invitation.

Il reste à voir de quoi sera faite cette cérémonie. Anneau d’honneur ou retrait du 79 ?

Ses faits d’armes

Les chiffres parlent
Andrei Markov est 3e de l’histoire du Canadien parmi les défenseurs pour les buts (avec 119, derrière les 166 de Guy Lapointe et les 197 de Larry Robinson). Il est 2e pour les aides (à 453, derrière les 686 de Robinson) et le nombre de matchs (à 990, derrière les 1202 de Robinson).

Des négos difficiles
À l’été 2017, Andrei Markov et Marc Bergevin n’ont pas réussi à s’entendre sur un nouveau contrat. « Nous étions assez loin, a dit le DG. Moi, je trouvais qu’on était loin. Et Andrei pensait probablement la même chose ». Au Journal de Montréal, Markov avait expliqué : « Ils m’ont dit : “Ou tu signes, ou tu ne signes pas.” Personne ne m’a écouté et personne n’a voulu m’entendre. »

L’hommage à Saku Koivu
Dans une entrevue en Russie, Markov a admis que le retour au jeu de Saku Koivu après avoir combattu un cancer reste l’un de ses plus beaux moments avec le Canadien. « Toute la foule s’est levée et a applaudi pendant 10, 15 minutes. Je n’oublierai jamais le respect que les partisans ont eu pour lui. »

P. K.
Tout semblait les séparer. L’un extraverti, l’autre taciturne. Pourtant, P.K. Subban et Andrei Markov ont développé une belle chimie. Qui a oublié cette remise du flambeau de Markov à Subban, au centre de la glace, suivie d’un tour d’honneur ? Puis ce bisou sur le casque ? Subban a d’ailleurs dit ceci à la retraite de Markov : « Je ne peux pas parler de ceux que je n’ai pas vus, mais à mes yeux, Andrei Markov est l’un des meilleurs défenseurs de l’histoire. Il était un homme de peu de mots devant les médias, mais j’ai appris à connaître quelqu’un de drôle, qui voulait gagner à tout prix et qui pensait à l’équipe d’abord. »

Les titres
Markov a participé trois fois aux Jeux olympiques, sans y gagner de médaille. Il a aussi gagné l’or au Championnat du monde en 2008, ainsi que la Coupe Gagarine, emblème de la suprématie en KHL, en 2018. Il a été invité deux fois au match des Étoiles (2008 et 2009) et a terminé sixième au classement du trophée Norris en 2008 et en 2009.