On les comprend. On comprenait Brendan Gallagher de se quereller avec l’arbitre Dean Morton après le but vainqueur des Stars de Dallas en prolongation. Comme tout le monde, on a lu sur les lèvres de Gallagher et ce n’était pas joli.

Guillaume Lefrançois Guillaume Lefrançois
La Presse

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Si ça se trouve, Gallagher évacuait du même coup sa frustration de mercredi dernier à Boston. Rappelez-vous quand Zdeno Chara s’en est tiré avec une amende de 5000 $ –un montant risible pour un type qui a beaucoup de sous – pour un double-échec dans la trachée de Gallagher.

On aurait bien aimé vous en dire plus sur l’état d’esprit de Gallagher, mais l’équipe a indiqué que le numéro 11 subissait des traitements et était indisponible. Une décision qui va à l’encontre de la politique médiatique de la LNH, mais une décision sage quand on imagine dans quel état d’esprit il se serait pointé. Toute équipe aurait agi ainsi.

On les comprend. Comment faire autrement avec Max Domi ? Lui n’avait pas besoin de répondre quoi que ce soit ; sa babine ensanglantée disait tout. Comme mise en scène, c’était réussi. Après tout, ne tente-t-on pas d’enlever le sang avant de se présenter devant les caméras, habituellement ?

Sa blessure était le résultat d’un bâton de Mattias Janmark porté trop haut, un geste qui n’a pas été puni. C’était un des deux bâtons élevés dont Domi dit avoir été victime samedi. Mais avec sa grosse lésion, il n’avait pas besoin de se mettre dans l’embarras en critiquant le travail des officiels. « Ça fait partie du jeu, les arbitres en ont beaucoup sur les épaules », a-t-il dit.

On les comprend. On comprend Joel Armia d’être un peu sans mot, que ce soit par timidité, ou parce qu’il ne comprenait réellement pas pourquoi Jason Dickinson n’a pas été chassé après l’avoir fait tomber. « L’arbitre m’a dit que j’étais tombé par moi-même. C’est peut-être le cas. Par contre, c’est un jeu identique à celui qui m’a valu une pénalité », a souligné le Finlandais.

On les comprend. Claude Julien, lui, ne pouvait pas dire qu’il subissait des traitements, et il n’avait pas de cicatrice à exhiber. Sa seule arme, ce sont ses mots, et il s’en est servi à souhait. La Ligue nationale y jettera assurément un coup d’œil. S’il est mis à l’amende, il en aura au moins eu pour son argent !

« Il y a des gens qui auraient des comptes à rendre après ce match-ci. Il aurait fallu battre deux équipes ce soir, a laissé tomber Julien. Il n’était pas question de parler à l’arbitre, il criait après nos joueurs. On n’était même pas capable de parler avec lui. Il envoyait promener les joueurs. Il a démontré de la frustration lui-même. Je n’ai pas discuté avec lui, je lui ai juste dit près du banc : “j’espère que vous regardez vos matchs vous aussi “, et il m’a envoyé promener. »

La dure réalité

Alors oui, on comprend toutes ces doléances. Et on comprend Julien d’être sorti aussi vigoureusement devant les caméras. Son équipe venait de disputer un match honnête, après être rentrée de Pittsburgh dans la nuit, pendant que les Stars attendaient à Montréal depuis jeudi soir. La défaite de 4-3 en prolongation est dure à avaler.

Mais d’un autre côté, le travail des arbitres est l’arbre qui cache la forêt. Pendant qu’on parle des officiels, on ne parle pas du Tricolore qui a fait ce qu’il fait de mieux cette saison : se tirer dans le pied.

PHOTO JEAN-YVES AHERN, USA TODAY SPORTS

Roope Hintz (24) et Jeff Petry (26)

Pour une deuxième fois cette année, ce club a perdu après avoir laissé filer une avance de trois buts à domicile. C’est sans oublier la défaite de lundi dernier, quand Montréal menait 2-0 contre les Coyotes de l’Arizona, qui ne sont pas exactement les Oilers des années 1980. Voilà six points à l’eau.

Se tirer dans le pied, c’est aussi d’afficher une récolte de zéro point en trois matchs contre les Red Wings de Detroit, une équipe qui établit cette saison des records modernes de médiocrité. Pensez-y : contre les 29 autres équipes de la LNH, les Wings présentent une fiche de 11-42-4. Soyons raisonnables et parlons de quatre points à l’eau.

Alors oui, les arbitres ont raté quelques décisions qui auraient pu donner un coup de pouce au CH. Mais on vous parlait plus tôt de la défaite de lundi contre les Coyotes. L’avantage numérique ce soir-là : 0 en 6.

Quand Armia a été chassé pour son geste, le Tricolore menait 3-1. Il avait encore son sort entre les mains.

Samedi, c’était le travail des arbitres. D’autres soirs, ce sont les blessures. Encore samedi, Jonathan Drouin est retourné à l’infirmerie. Selon Julien, il a subi une entorse à une cheville mercredi, et a joué malgré sa blessure vendredi à Pittsburgh. Déjà que l’équipe est privée de son défenseur numéro 1 et capitaine…

Le travail des arbitres est peut-être devenu l’histoire de la soirée samedi. Mais ça ne changera guère l’histoire de la saison.

En hausse

Jordan Weal

Pour un gars qui jouait seulement un deuxième match en un mois, à quelques minutes d’avis, il s’en est plutôt bien tiré. Un but, trois tirs, quelques menaces.

En baisse

Marco Scandella

Un des sept revirements à sa fiche a mené au premier but des Stars, au moment où le Tricolore contrôlait le match avec une avance de 3-0.

Le chiffre du match 

4

C’est le nombre de matchs qu’a joués Carey Price cette semaine, en six jours. Au point où en est le Tricolore au classement, on peut se demander pourquoi il est autant utilisé.

Dans le détail

Encore Nick Suzuki !

PHOTO GRAHAM HUGHES, LA PRESSE CANADIENNE

Nick Suzuki et Jordan Weal

En cette saison grise du Canadien, Nick Suzuki brille depuis les Fêtes. La majorité des recrues frappent un mur en deuxième moitié de saison, Suzuki, au contraire, gagne en puissance et en productivité. Il a obtenu un autre point samedi soir. Le jeune homme a effectué un autre jeu intelligent : une petite feinte devant le distingué Esa Lindell pour se donner une fraction de seconde supplémentaire, et un tir en apparence inoffensif au filet, au moment au Weal s’y amenait. Il s’agissait pour Suzuki d’un onzième point à ses onze derniers matchs, séquence au cours de laquelle il a été blanchi seulement deux fois. Suzuki a amassé 23 points à ses 27 dernières rencontres, un rythme de 70 points sur une saison complète. Seul Tomas Tatar a amassé plus de points (24) au cours des 27 derniers matchs.

De la circulation devant Bishop

Du haut de ses 6 pieds 7 pouces, Ben Bishop n’accorde pas beaucoup de buts. Sa moyenne de 2,37 est la deuxième de la LNH chez les gardiens ayant disputé au moins 30 matchs. Pour le battre, il faut le déranger. Le Canadien l’a fait en première moitié de match. Sur le premier but, Joel Armia se trouvait à l’orée demi-cercle pour saisir le retour de tir de Max Domi. Sur le second, Jordan Weal a foncé en direction de Bishop sur la montée de Nick Suzuki. La rondelle a dévié sur Weal alors qu’il se trouvait dans les jambes de Bishop. Sur le troisième, Jake Evans a accéléré vers le but en voyant Nick Cousins s’amener avec le disque. Il se trouvait devant Bishop lorsque le tir de Cousins a battu le gardien des Stars entre les jambières. Mais la CH n’a pas su conserver cette avance de 3-0.

Soirée plus difficile pour Klingberg et Lindell

Les Stars de Dallas possèdent l’un des meilleurs trios de défenseurs de la LNH, sûrement le plus sous-estimé, avec John Klingberg, Esa Lindell et la jeune sensation Miro Heiskanen. Malgré la victoire, le duo composé de Klingberg et Lindell a connu une soirée plus difficile. Ils étaient sur la glace pour les trois buts du Canadien. Ils n’étaient pas nécessairement coupables à chaque occasion, mais sur le premier but, on a omis de surveiller Armia devant le filet ; Klingberg aurait aussi pu resserrer sa défense sur Cousins sur le troisième. L’entraîneur Rick Bowness y a vu clair et Klingberg a joué seulement 16 : 33, son plus bas total de la saison (hormis le match du 5 novembre où il a quitté plus tôt sur blessure). Lindell a joué 20 : 24, alors qu’on ne se gêne pas pour l’employer 25 minutes et plus lorsque la situation le commande. Heiskanen a pris la plus grande part du gâteau à 25 : 09 et son partenaire Stephen Johns a lui aussi joué plus que les deux autres à 22 : 06. On peut se le permettre quand on a de la profondeur…

Ils ont dit

On mène 3-0, on joue bien, on fait une mauvaise erreur sur le premier but, on leur donne la rondelle, mais par la suite, on aurait pu avoir des supériorités numériques. Le match a été tellement mal géré.

Claude Julien

On a perdu une avance de 3-0, on est responsables. Sur le premier but, j’ai commis une erreur, je n’ai pas vu le gars sortir du banc. On doit être meilleurs et moi aussi. Tu ne peux pas contrôler les arbitres. C’est dans ce vestiaire-ci (qu’on contrôle les choses).

Marco Scandella

J’ai vu le tir venir, je l’ai perdu pendant une fraction de seconde et c’était au bon endroit. Je ne suis pas sûr si ça a touché à [Andrew] Cogliano.

Carey Price, au sujet du troisième but des Stars

C’est une bonne équipe, ce sont des vétérans, ils n’ont pas lâché. Ils ont eu quelques bonds favorables, des avantages numériques, et ils en ont profité. On doit minimiser nos erreurs.

Max Domi

C’est beaucoup notre responsabilité. En début de match, une partie de la deuxième période, on avait vraiment du bon rythme. On s’est un peu assis en troisième période, on les a laissés dicter le jeu. On a eu nos chances de gagner, on n’a juste pas marqué. C’était à nous de marquer.

Nick Suzuki