Avant de nous pencher sur la situation des Blackhawks de Chicago, permettez une distinction sur deux thèmes à la mode dans la LNH : réinitialisation et reconstruction.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Une reconstruction consiste à liquider la grande majorité de ses vedettes et de ses vétérans en retour de choix au repêchage et d’espoirs, terminer dans la cave de la ligue pendant quelques années pour repêcher parmi les premiers, et ensuite faire grandir ensemble tous les jeunes.

Le Sénateurs d’Ottawa, par exemple, ont reconstruit. De l’équipe demi-finaliste de 2017, il ne reste personne. Erik Karlsson, Mike Hoffman, Kyle Turris, Mark Stone, Derick Brassard, Jean-Gabriel Pageau, Craig Anderson, Bobby Ryan, Zack Smith, Dion Phaneuf, Marc Methot, Tom Pyatt, Ryan Dzingel et compagnie ont tous été échangés, rachetés ou largués.

Les Sénateurs ont repêché trois fois parmi les cinq premiers depuis 2018, et en auraient eu un quatrième s’ils n’avaient pas cédé leur premier choix pour obtenir Matt Duchene. Ils ont obtenu 12 choix parmi les deux premiers tours lors des trois derniers repêchages.

Le Canadien a choisi de réinitialiser. C’est-à-dire conserver les membres de son noyau – Carey Price, Shea Weber, Brendan Gallagher, Phillip Danault, Jeff Petry –, mais ne pas hésiter à se départir d’éléments un peu moins désirables contre des jeunes ou des choix, faire une plus grande place à des jeunes, tout en tentant de rester compétitif.

Après la saison difficile de 2017-2018, le Canadien a obtenu le troisième choix au total. Il a opté pour Jesperi Kotkaniemi et lui a fait une place dans la formation à 18 ans.

Deux des anciens premiers centres de l’équipe étaient partis : David Desharnais a été échangé aux Oilers d’Edmonton en février 2017 et Tomas Plekanec a pris sa retraite de la LNH en novembre 2018. On a échangé le capitaine Max Pacioretty contre Nick Suzuki, Tomas Tatar et un choix de deuxième tour (devenu Mattias Norlinder, repêché par la suite au troisième tour).

Le directeur général Marc Bergevin a aussi été vendeur aux dates limites des échanges et amassé une pléthore de choix. Le Tricolore a repêché 18 fois parmi les trois premiers tours lors des quatre derniers repêchages.

Deux ans plus tard, avec Suzuki et Kotkaniemi pour premiers centres, les acquisitions depuis deux ans de Josh Anderson, Tyler Toffoli, Ben Chiarot, Jake Allen et Joel Edmundson, et l’arrivée d’Alexander Romanov, le Canadien est prêt à redevenir une formation redoutable.

« On ne part pas de zéro »

Le directeur général des Blackhawks de Chicago, Stan Bowman, a fait publier une lettre aux partisans de l’équipe mardi, dans laquelle il évoque une reconstruction. Il aurait mieux fait d’utiliser le terme réinitialisation.

Bowman n’a pas l’intention de faire exploser son noyau constitué de Jonathan Toews, Patrick Kane, Duncan Keith et Brent Seabrook.

Et même s’il le voulait, il aurait bien du mal à le faire. Seabrook, 35 ans, s’est fait opérer à une épaule et deux fois à une hanche en janvier et en février. Son salaire occupe 6,8 millions dans la masse salariale de l’équipe jusqu’en 2024 et il détient une clause de non-mouvement. La structure de son contrat ne rend pas un rachat intéressant.

Kane, qui aura 32 ans dans deux semaines, et Toews, 32 ans, demeurent de brillants joueurs. Mais leur salaire occupera 10,5 millions chacun pour les trois prochaines saisons. À leur âge, ils ne s’amélioreront pas. Dans un contexte où une majorité de clubs tentent de composer avec leur propre plafond, les échanger apparaît difficile.

Keith a 37 ans. Il touchera en moyenne 5,5 millions pour les trois prochaines années. Il vient de connaître une saison intéressante, mais il n’a plus l’élan des beaux jours. Une si longue inactivité pourrait lui nuire.

Si la réinitialisation dure deux ans, Seabrook en aura 37, Keith 39, Toews et Kane presque 35. Au moment de celle du Canadien, en 2018, Price avait 31 ans, Weber 33 ans, Petry 30 ans, Gallagher 26 ans et Danault 25 ans.

Bowman aura donc la délicate tâche de rajeunir encore son club tout en gardant ses vétérans heureux, sachant bien qu’ils seront probablement trop vieux ou usés pour tirer ce club une fois le processus terminé, du moins dans le cas de ses deux défenseurs.

Toews a mal réagi au départ du gardien Corey Crawford il y a quelques semaines. Il a reproché à la direction de le tenir dans l’ignorance sur les projets de l’équipe. Bowman s’est chargé de communiquer avec ses leaders pour leur expliquer les nuances de son plan.

« J’ai parlé à ces joueurs depuis les commentaires de Jonathan, a expliqué le DG mardi au site theathletic.com. J’ai tenté de leur expliquer qu’il n’y avait aucun changement de stratégie. Nous sommes seulement plus transparents. Nous voulons obtenir plus de profondeur pour mieux entourer nos meilleurs et diminuer leur fardeau. On ne part pas de zéro. »

On a déjà de bons jeunes au sein de l’équipe et leurs responsabilités augmenteront.

Stan Bowman, directeur général des Blackhawks de Chicago

Le DG des Hawks ne serait pas dans cette position délicate s’il avait mieux évalué ses effectifs. Se départir de son premier choix de 2012, Teuvo Teravainen, pour alléger sa masse salariale en juin 2016 constituait une erreur. Teravainen a amassé 76 points en Caroline il y a deux ans et s’acheminait vers une production semblable cette saison (63 points en 68 rencontres).

Il a perdu Danault quelques mois plus tôt (et son choix de deuxième tour, devenu Alexander Romanov) pour deux joueurs de location, Dale Weise et Tomas Fleischmann. Andew Ladd lui a coûté un choix de premier tour cette même année.

Il n’aurait peut-être pas été en mesure de réembaucher Artemi Panarin l’an dernier, mais l’échanger aux Blue Jackets de Columbus contre Brandon Saad a coûté à Chicago deux excellentes saisons productives.

Pas que des erreurs…

Mais Bowman a aussi fait de bons coups. Dominik Kubalik, 25 ans, a été obtenu pour une bouchée de pain. Il a marqué 30 buts l’hiver dernier.

Dylan Strome s’est imposé au centre à Chicago après avoir été obtenu des Coyotes de l’Arizona pour Nick Schmaltz. Il a amassé 89 points en 116 matchs depuis l’échange.

Troisième choix au total en 2019, le grand centre droitier de 6 pi 4 po Kirby Dach a accédé à la LNH à 18 ans l’an dernier. Il a obtenu 23 points en 64 rencontres. Alex DeBrincat, 23 ans, demeure un joueur de qualité même si sa production est passée de 41 à 18 buts l’an dernier.

En défense, le premier choix de 2018, huitième au total, Adam Boqvist, promet, même si on l’a utilisé avec parcimonie lors de la ronde préliminaire. S’amènera cette saison le choix de deuxième tour de l’équipe en 2017, Ian Mitchell, 22 ans, fort d’une saison de 32 points en 36 matchs à l’Université de Denver.

La situation est plus problématique devant le filet, avec le départ de Crawford. Malcom Subban et Colin Delia sont les deux titulaires pour l’instant. Il faudra trouver mieux.

La pression est sur Bowman. Il n’aura pas droit à l’erreur.

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