Stéphane Leroux est un collègue estimé et respecté dans le milieu. Peu d’observateurs du hockey junior connaissent autant leurs dossiers. Il possède aussi un flair indéniable.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Le journaliste de RDS a fait une observation étonnante mercredi, à la conclusion du repêchage : le Canadien demeure la seule équipe de la LNH à n’avoir repêché aucun joueur de la Ligue de hockey junior majeur du Québec dans les quatre premières rondes depuis 2014.

Son affirmation a frappé l’imaginaire. De nombreux fans reprochent au CH d’ignorer le talent local.

Dans un monde idéal, le Canadien repêcherait davantage de francophones québécois, de façon à créer un sentiment d’appartenance plus fort avec sa clientèle à majorité francophone.

Sans excuser complètement le Canadien, une précision s’impose cependant. Si l’on exclut les Européens et les joueurs des Maritimes de la LHJMQ du portrait – Nikolaj Ehlers, Timo Meier, Jakub Zboril, Daniel Sprong et plusieurs autres –, l’équation change un peu.

Avec ces nouvelles données, huit équipes, dont le Canadien, n’ont pas repêché de francophones québécois dans les quatre premières rondes depuis 2014. Dix-huit clubs en ont repêché un ou moins. Les Sénateurs d’Ottawa n’en ont pas choisi un seul depuis Thomas Chabot et Gabriel Gagné en 2015.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Thomas Chabot

Les Rangers ont choisi leur premier francophone québécois depuis 2014 cette année, avec Alexis Lafrenière. Idem dans le cas des Capitals de Washington au 22e rang avec Hendrix Lapierre.

Le Canadien aurait repêché un francophone, Pierre-Luc Dubois, en 2016, si les Blue Jackets n’avaient pas été si clairvoyants au troisième rang. Un échange était sur le point de se conclure avec les Oilers d’Edmonton pour permettre au Canadien d’obtenir le quatrième choix au total. Affirmer que Marc Bergevin ne trépignait pas à l’idée de mettre la main sur Dubois serait mentir.

Ce même Bergevin qui a donné Mikhail Sergachev pour Jonathan Drouin et acquis Phillip Danault, pour en faire l’attaquant le plus utilisé de l’équipe, serait donc complice avec Trevor Timmins pour bouder les francophones ? On s’approche des théories du complot ici.

Avez-vous vu Bergevin saliver en commentant le choix du défenseur Kaiden Guhle ? Pas qu’il détestait Hendrix Lapierre et Mavrik Bourque, mais il semble adorer ce Guhle. L’avenir nous dira si ce choix était le bon.

Seuls quatre Québécois ont été repêchés parmi les quatre premières rondes en 2014. Nicolas Aubé-Kubel a connu de bonnes séries avec Philadelphie dans un rôle de soutien. Les trois autres n’ont pas disputé de matchs dans la LNH.

Il y en a eu 15 en l’année suivante. Thomas Chabot, repêché au 18e rang, est devenu une vedette à Ottawa. En fin de première ronde, le CH a préféré Noah Juulsen à Anthony Beauvillier. Montréal regorgeait de petits attaquants, mais la relève était faible en défense. Juulsen était en voie de s’établir à Montréal lors de son accident. Il a mis presque deux ans à se remettre de cette rondelle en plein visage.

Après Chabot et Beauvillier, seul Mathieu Joseph a disputé plus de 40 matchs dans la LNH. Nicolas Roy a connu de bonnes séries à Vegas, après avoir partagé son temps entre la Ligue américaine et la Ligue nationale cet hiver. Mathieu Joseph a lui aussi fait la navette entre la LNH et la Ligue américaine cette année.

Il y en a eu sept en 2016. Dubois et Samuel Girard, repêché en deuxième ronde, sont bien établis dans la Ligue. Le Canadien a déclaré avoir eu un intérêt certain pour Girard, mais ne détenait pas de choix de deuxième ronde. Ils ont repêché Mikhail Sergachev au 9e rang. On ne pourra jamais vérifier leurs prétentions. Les cinq autres francophones québécois repêchés dans les quatre premières rondes n’ont pas joué 20 matchs dans la LNH.

Il est trop tôt pour évaluer les repêchages de 2017, 2018 et 2019. Seul Maxime Comtois, repêché en deuxième ronde en 2017, a disputé des matchs dans la Ligue nationale. Nicolas Beaudin, un choix de 2018, en a joué un.

Parmi les 26 Québécois francophones repêchés dans les quatre premières rondes entre 2014 et 2016, seuls Thomas Chabot, Pierre-Luc Dubois, Samuel Girard et Anthony Beauvillier sont devenus des joueurs d’impact. Seul Beauvillier était accessible au Canadien.

Parmi les 50 premiers compteurs de la LNH cette année, on en compte seulement deux, Jonathan Huberdeau et Patrice Bergeron. On en dénombre un seul parmi les 25 premiers compteurs en défense, Thomas Chabot, au 22e rang.

Le Québec a longtemps produit de grands gardiens de but. Marc-André Fleury, Corey Crawford et Jonathan Bernier étaient les seuls gardiens numéro un de leurs équipes respectives cet hiver. Fleury et Crawford ont tous deux 35 ans, Bernier en a 32.

Affirmer que le Canadien boude systématiquement les joueurs francophones québécois et a raté de grands talents relève de la mauvaise foi. Il faudrait peut-être aussi se regarder le nombril.

En 2007, les fans et plusieurs médias avaient crié au scandale parce que le Canadien avait osé repêcher deux Américains et un Canadien anglophone, Ryan McDonagh, Max Pacioretty et P. K. Subban, avant plusieurs francophones disponibles.

On comprend l’attachement de Gaston Therrien pour les joueurs québécois puisqu’il a été entraîneur en chef dans la LHJMQ pendant plusieurs années. Sa croisade est louable.

« Il faudra patienter jusqu’au camp des recrues, dans quelques semaines, pour juger des sélections de Bob Gainey au repêchage 2007 de la LNH, parce que la plupart des joueurs choisis sont Américains, et je ne les connais pas, écrivait-il sur le site de RDS après ce repêchage. Mais je dois avouer que le Tricolore m’a déçu en ignorant, en général, le talent québécois.

« Le Canadien a plus vanté le défenseur P. K. Subban des Bulls de Belleville, repêché au 43e rang, que ses deux choix de première ronde, Ryan McDonagh et Max Pacioretty. À écouter le Canadien, il vient de découvrir la perle rare. Je souhaite pour le jeune homme que ce soit vrai. Si le Canadien a raison, ça voudra aussi dire que tout le monde dormait au cours des 42 tours de sélection précédents. Si c’est vrai, je lève mon chapeau aux recruteurs du Canadien, mais je trouve étrange que ce concert d’éloges soit plus fort pour lui que pour les deux premiers choix. »

En 2010, des analystes télé ont hurlé à l’écran parce que le Canadien avait préféré Brendan Gallagher en cinquième ronde au Québécois Jonathan Brunelle, des Voltigeurs de Drummondville. Avec un choix de cinquième ronde, pourquoi ne pas « donner la chance à un ti-gars de chez nous » ? clamaient-ils. Brunelle n’a pas été repêché. Il a néanmoins été invité au camp de développement du Canadien. Il n’a pas été retenu.

Rendu en septième ronde en 2017, on repêche Cayden Primeau ou un francophone pour plaire aux fans ?

Malgré tout, Trevor Timmins a repêché 18 francophones québécois lors de ses 11 premiers repêchages, entre 2003 et 2013, dont 7 dans les quatre premières rondes. On pourrait y ajouter 2 francophones, Tim Bozon et Yannick Weber. Guillaume Latendresse et Maxim Lapierre ont percé. Mathieu Carle (2e ronde), Olivier Fortier (3e ronde), Louis Leblanc (1re ronde), Olivier Archambault (4e ronde) et Zachary Fucale (2e ronde) n’ont pas réussi à s’établir dans la Ligue nationale.

On n’a pas abordé la question amour-haine entre les partisans du Canadien et leurs vedettes francophones. Parlez-en à Jonathan Drouin, Mike Ribeiro, José Théodore, Patrice Brisebois et même Stéphane Richer, malgré deux saisons de 50 buts ou plus.

Même Scott Gomez, au pire de sa léthargie, n’a pas été couvert d’opprobre comme certains francophones de l’équipe.

On scandait bien fort des « Gui ! Gui ! Gui ! » lors des premiers matchs préparatoires de Guillaume Latendresse au Centre Bell. Déjà, à sa deuxième année seulement, à 20 ans, on lui reprochait de ne pas produire suffisamment. Il avait 16 buts en 73 matchs au sein d’un troisième trio sans jamais participer aux supériorités numériques. Personne n’a déchiré sa chemise quand il a été échangé au Wild du Minnesota.

À LIRE

Guillaume Lefrançois nous dresse un portrait de quelques joueurs autonomes intéressants pour le Canadien s’il veut compléter son quatrième trio. On pourrait ajouter à cette liste un invité de dernière minute, Nick Cousins, libéré par Vegas. À moins qu’on ne frappe un grand coup avec Taylor Hall ? Montréal serait l’une de ses destinations avec Nashville et Columbus selon Darren Dreger.