Julien BriseBois vient d’entrer dans l’histoire.

Mathias Brunet Mathias Brunet
La Presse

Très peu de directeurs généraux dont la langue maternelle est le français ont remporté la Coupe Stanley. Le DG du Lightning de Tampa Bay est devenu lundi soir le troisième de l’ère moderne à réaliser l’exploit, après Serge Savard, du Canadien, et Pierre Lacroix, de l’Avalanche du Colorado. Il y a bien eu Léo Dandurand, du Canadien, mais c’était en 1931.

Certains ont tenté, au cours des dernières semaines, de diminuer ses mérites parce qu’il a hérité d’un club déjà puissant lors de sa promotion, en octobre 2018. Or, il a été au cœur de la construction de ce club.

BriseBois s’est joint au Lightning en 2010, après neuf ans de travail auprès des directeurs généraux du Canadien André Savard et Bob Gainey.

La tentation de travailler pour Steve Yzerman était trop forte, et BriseBois voulait apprendre de nouvelles méthodes et développer davantage son réseau de contacts.

À son arrivée, Vincent Lecavalier, Martin St-Louis, Simon Gagné, Ted Purcell, Pavel Kubina et Dwayne Roloson constituaient le cœur de l’équipe. Steven Stamkos et Victor Hedman venaient d’arriver dans la LNH.

Marc-Antoine Pouliot et Blair Jones étaient les meilleurs compteurs du club-école, à Norfolk. Cette équipe avait raté les séries éliminatoires six fois lors des sept dernières saisons et produit très peu de joueurs pour le Lightning.

Le premier mandat de BriseBois consistait à relancer le club-école. En juillet, il n’avait toujours pas trouvé d’entraîneur. BriseBois est sorti des sentiers battus et a embauché un coach obscur de l’USHL, sans l’expérience requise pour un poste aussi important dans la Ligue américaine.

Mais le Québécois s’est fié à son flair. Il avait aimé l’entrevue avec son candidat, et Yzerman a donné son aval. Cet entraîneur, Jon Cooper, a soulevé la Coupe Stanley lundi soir.

PHOTO PERRY NELSON, USA TODAY SPORTS

L’entraîneur-chef Jon Cooper soulève la Coupe Stanley après la victoire du Lightning de Tampa Bay, lundi soir.

Ensemble, Yzerman et BriseBois ont reconstruit les fondations complètement à Tampa Bay. Al Murray a été nommé responsable du recrutement amateur. On a embauché le dépisteur québécois de l’organisation du Canadien, Michel Boucher. BriseBois le connaissait évidemment très bien puisque les deux avaient travaillé ensemble pour le CH.

L’année suivante, Norfolk commençait à accueillir des espoirs de talent : Tyler Johnson, Ondrej Palat, Alex Killorn…

Le travail de Murray et de ses recruteurs a été essentiel dans les succès du Lightning. Dès son premier repêchage, Murray a déniché Nikita Kucherov au deuxième tour et Palat au septième tour, deux membres du premier trio actuel de l’équipe.

Vladislav Namestnikov, choix de premier tour, a servi d’appât dans l’échange pour obtenir Ryan McDonagh. Comme tous les recruteurs, Murray a fait ses erreurs. Slater Koekkoek n’était pas le meilleur candidat au dixième rang en 2012. Mais il s’est repris au 16e rang avec le gardien Andrei Vasilevskiy, peut-être le meilleur gardien de la LNH.

Le meilleur centre de l’équipe, Brayden Point, a été repêché au troisième tour. Plusieurs recruteurs le trouvaient trop lent. On lui a fourni une spécialiste du patinage artistique, Barb Underhill. La progression de Point a été phénoménale. Le deuxième centre du club, Anthony Cirelli, est aussi un choix de troisième tour.

Plus que du talent

Mais le talent seul ne suffit pas. Le Lightning a été exclu des séries éliminatoires en 2017. Après avoir atteint le carré d’as en 2018, l’équipe a été balayée en quatre matchs par les Blue Jackets de Columbus le printemps dernier.

Victor Hedman était amoché lors de la série contre les Blue Jackets, certes, mais pour BriseBois, il manquait d’expérience et de robustesse à sa formation.

Il en a ajouté. Le colosse Patrick Maroon s’est joint au Lightning après avoir remporté la Coupe Stanley à St. Louis. Les défenseurs Luke Schenn et Zach Bogosian ont été embauchés dans la dernière année.

BriseBois a aussi réalisé l’embauche de l’année sur le marché des joueurs autonomes : le défenseur Kevin Shattenkirk, 1 an, 1,75 million. Shattenkirk a obtenu 34 points en 70 matchs en saison, 13 points en 22 matchs de séries, au sein du top 4 de l’équipe.

À la date limite des échanges, BriseBois a pris le pari osé de céder deux choix de premier tour pour obtenir deux joueurs de troisième trio, un peu plus limités offensivement, mais très fougueux, Blake Coleman et Barclay Goodrow.

Le troisième trio du Lightning, complété par Yanni Gourde, une trouvaille de BriseBois, a été essentiel en séries. Coleman et Goodrow ont encore un contrat pour un an.

Dans sa grande modestie, BriseBois serait le premier à affirmer que la Coupe Stanley n’est pas l’affaire d’un seul homme. Il y a eu lui, Yzerman, Murray, Boucher, Cooper, les joueurs et le reste du staff, évidemment.

Mais pour ce Montréalais dont l’expérience au hockey à son arrivée dans la LNH se limitait à des matchs de niveau atome ou pee-wee quand il était jeune, il y a de quoi être fier. Très fier.

> Relisez l’entretien de Julien BriseBois avec Mathias Brunet en janvier 2015

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Cole Caufield restera donc à Wisconsin, nous a appris lundi Marc-Antoine Godin, du site The Athletic. Guillaume Lefrançois nous donne les détails dans son texte.