La majorité des joueurs de la LNH ont pu goûter momentanément au retour au jeu et ils attendent maintenant de savoir à quoi leur saison 2020-2021 ressemblera.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Ceux d’âge junior reprennent tranquillement le collier, dans une formule restreinte qui leur permettra tout de même de poursuivre leur développement.

Les joueurs de la Ligue américaine (LAH), eux, sont dans le noir le plus complet. Le Québécois Mathieu Olivier constate, sans détour, que les équipes « ne savent pas plus » que les joueurs ce qui va se passer.

La raison en est bien simple : le sort du circuit est directement lié aux décisions de la LNH. Et quand bien même l’action recommencerait « en haut », rien ne garantirait que les clubs-écoles suivent.

Pratiquement aucune équipe de la LAH ne peut se permettre d’éponger les pertes abyssales que subirait un retour au jeu devant des gradins vides. La situation serait carrément intenable pour la dizaine d’équipes qui, même si elles sont affiliées à un club de la LNH, sont gérées indépendamment. Pas de spectateurs, pas de revenus, pas de match.

Sur le site web de la LAH, cette note : la saison 2020-2021 ne commencera pas avant le 4 décembre prochain. « Pas avant » étant ici la clé : aucune des personnes interviewées par La Presse dans le cadre de ce reportage n’a dit avoir bon espoir de voir cet échéancier respecté.

Un joueur affirme même s’être fait indiquer par les dirigeants d’une équipe de la LNH que le mois de janvier, voire février, serait une cible plus réaliste. Le commissaire Gary Bettman, la semaine dernière, a lui-même évoqué le mois de janvier. Plus que jamais, la patience est le mot d’ordre.

Vers l’Europe

Nombreux sont donc les joueurs de la LAH qui se sont activés au cours des dernières semaines pour trouver un emploi. Plus d’une centaine d’entre eux ont été prêtés par leur équipe de la LNH à un club européen. Or, sur le Vieux Continent, le nombre de places n’est pas infini, et les formations commencent à se préciser. Le temps file.

Je reçois beaucoup d’appels, ça commence à paniquer. Les joueurs veulent partir en Europe, mais il n’y a plus de jobs disponibles !

Allain Roy, agent de joueurs

Le Lavallois Giovanni Fiore l’apprend à la dure. Sans contrat en vue de la saison 2020-2021, il se cherche ardemment un poste en Europe. Pour l’aider, Allain Roy a uni ses efforts à ceux du père de Giovanni, Tony, lui-même agent, qui a joué 10 ans en Italie dans les années 80 et 90.

Après trois saisons dans la LAH, le jeune homme 24 ans est « prêt à partir n’importe quand » et demeure optimiste qu’une place s’ouvrira pour lui. « Ce n’est pas facile, concède-t-il. Mais ça va finir par marcher. »

L’agent Philippe Lecavalier rappelle que l’exil n’est pas une panacée, surtout pas en ce moment. Le marché européen, estime-t-il, « a baissé d’au moins 30 % ». Partout, la COVID-19 a fait mal : les arénas seront vides ou presque, et les commanditaires ont déserté.

Non seulement fallait-il dénicher des offres, mais encore, celles-ci devaient en valoir la peine, autant pour le potentiel de développement des joueurs plus jeunes que sur le plan financier pour les vétérans.

« Il y avait des offres avec très peu d’argent, raconte Lecavalier. J’ai eu vent de gars qui ont accepté des offres à 20 000 euros ou même sans salaire. Ce n’est pas acceptable pour nous. »

Attente

La résultante, c’est tout de même une écrasante majorité de joueurs dans l’attente.

« C’est comme un été prolongé », explique Mathieu Olivier, qui a disputé huit matchs avec les Predators de Nashville en 2019-2020, mais qui a passé l’essentiel des deux dernières saisons dans leur club-école à Milwaukee.

À la différence notoire qu’au cours d’un été habituel, l’entraînement et la préparation physique sont censés pointer vers une forme optimale au mois de septembre, juste à temps pour les camps d’entraînement. « Le défi est donc de maintenir [cette forme], ajoute le Québécois. Il ne faut pas que ça chute. »

Fraîchement sorti des rangs juniors, Rafaël Harvey-Pinard devait commencer cet automne sa carrière professionnelle avec le Rocket de Laval. Comme tout le monde, ses plans ont radicalement changé. Parti de son Saguenay natal, il vient de déménager afin de se joindre à un groupe de joueurs, à Boisbriand, pour un stage d’entraînement d’une dizaine de semaines.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Rafaël Harvey-Pinard

Même scénario pour Félix Bibeau, qui a signé il y a quelques semaines son premier contrat avec les Islanders de New York. Originaire de la Rive-Sud, il s’entraîne sur glace à Châteauguay avec des joueurs professionnels du coin, en plus de travailler avec son entraîneur personnel. Les Islanders lui ont même conseillé de lever le pied !

En Estrie, Jérémy Grégoire, des Roadrunners de Tucson, club-école des Coyotes de l’Arizona, est exposé à deux autres types de difficultés : la faible disponibilité des glaces et le faible bassin de joueurs de son niveau pour organiser des matchs.

Avec un groupe d’amis hockeyeurs professionnels, il a donc rejoint la nouvelle ligue lancée à Laval par son vieil ami Zachary Fucale (voir le texte suivant). Il n’exclut pas, par ailleurs, de rouler jusqu’à Baie-Comeau, où son père, Jean-François, est l’entraîneur-chef du Drakkar. Après une quarantaine, il pourrait potentiellement rejoindre la « bulle » de l’équipe de la LHJMQ et s’entraîner avec elle.

« C’est chacun pour soi », résume-t-il.

S’occuper

La clé, estime Jérémy Grégoire, c’est avant tout de rester occupé.

Au mois d’août, le joueur de centre de 25 ans a lancé un appel sur les réseaux sociaux. Cherchant à se rendre utile, il a offert ses services pour des conseils auprès des jeunes hockeyeurs. Sa proposition a été entendue et il a décroché quelques contrats. En parallèle, il suit des cours en ligne et donne un coup de main à un ami entrepreneur.

Quelqu’un qui ne fait rien, qui s’appuie seulement sur le hockey, je pense qu’il perdrait la carte un peu.

Jérémy Grégoire

Mathieu Olivier, lui, n’a pas eu à chercher loin pour s’occuper : au début de la pandémie, sa copine a donné naissance à leur premier enfant. Le confinement, il l’a donc vécu comme papa à temps plein.

Pour des joueurs qui traînent de vieilles blessures, cet arrêt forcé est une « bénédiction », souligne Philippe Lecavalier. Après deux saisons à haute intensité dans la LHJMQ, ce qui inclut une conquête de la Coupe Memorial, Félix Bibeau abonde : la pause du hockey fait du bien.

Du reste, le jeune homme travaille au club de golf où il a l’habitude de jouer. Un emploi qui est toutefois loin de couvrir les dépenses engendrées par son entraînement, qu’il assume entièrement, à l’image de ses collègues. La récente prime d’engagement des Islanders lui a par contre donné de l’air.

Car l’enjeu est bien réel pour les joueurs de la Ligue américaine, dont le revenu moyen de quelque 90 000 $ US ne permet pas de vivre sans revenu indéfiniment. Comme dans la LNH, les joueurs ne seront pas payés tant que la saison n’aura pas recommencé. Et si la saison 2020-2021 est tronquée, ils seront rémunérés au prorata des matchs disputés, signale Allain Roy.

Tous ceux avec qui nous avons discuté disaient toutefois garder la tête hors de l’eau. Les vétérans Jérémy Grégoire et Mathieu Olivier, surtout, se félicitent d’avoir été « responsables » et d’avoir fait des réserves au bon moment. Ils constatent toutefois que de ne pas jouer du tout en 2021 pourrait compliquer les choses.

Il n’empêche qu’en fin de compte, tous ont la même conclusion.

Ils veulent jouer. Point.